Une étoile de plus, dans le ciel breton : un hommage à Louise Ebrel

Le ciel brille plus fort depuis le 30 mars 2020. Nos corps sont confinés, mais nos cœurs sont libres. A l’annonce du décès de Louise Ebrel, une chanteuse emblématique bretonne, ils ont sans doute battu à l’unisson l’espace de quelque instants.

Louise Ebrel nous a quittés. Elle s’en est allée, et nous laisse ainsi plus de responsabilités quant au renouveau de la culture bretonne. Un renouveau qui se fait chaque jour un peu plus pressant. Fille d’une des sœurs Goadec, elle a vécu une immersion et a pu apprendre un grand répertoire sans forcer. Sa voix, son timbre ont fait danser plusieurs générations, et ému tant de cœurs.

TANIE, TANON, TASIE

Elle chantait en breton. Elle chantait en français. Elle chantait en gallo. Elle fait partie de ces enfants qui furent puni·e·s car on les avait surpris à parler breton sur la cour de l’école. Elle a subi cette discrimination et cet exode parisien que la Bretagne a subi dans les années 1950. Pourtant, elle ne resta que six mois dans la capitale.

Ce n’est pas encore le début de sa carrière, hélas. Trop intimidée par la carrière de sa mère, et de ses tantes – surnommées Tanie, Tanon, et Tasie – pour chanter en breton, elle anime des mariages et des repas en reprenant Piaf, entres autres. Elle finira par participer à un stage de kan-ha-diskan animé par Yann-Fañch Kemener. Aux côtés de Denez Prigent, d’Ar re Yaouank, de sa mère, Eugénie Goadec, et même des Ramoneurs de Menhirs – alors qu’elle avait déclaré à son petit fils qu’elle ne chanterait jamais à leurs côtés – elle vivra une carrière faste de près de quarante ans, pour notre plus grand plaisir.

DÉFENDRE SA CULTURE, MAIS AUSSI L’EXPORTER

Pour survivre, la culture et la langue bretonne seront sans doutes dépendantes de la bonne réputation dont elles jouissent à échelle nationale, et internationale. C’est entre autres grâce à des artistes qui se font le porte parole d’une culture qui refuse de mourir. Avec Denez Prigent, Louise Ebrel ira en Corse, en Allemagne, en Belgique, en Suisse et même à New-York.

A travers nos chants, nos danses, nous transmettons. Chanter en breton, ce n’est jamais que de la culture. C’est aussi, et ce sera toujours de la politique.Nous refusons. Nous refusons l’extinction, et l’amère uniformisation de nos cultures pour le bien d’une république qui divise pour mieux régner. Nous ne sommes pas chauvins pour le plaisirs de l’être. Nous ne sommes pas conservateurs par mépris. Nous ne sommes pas conservateurs du tout, à vrai dire. Mais à l’image des Soeurs Goadec, qui influencèrent Louise Ebrel, qui elle même influença les étoiles montantes de la scène du kan ha diskan, notre culture évolue. Et en même temps, elle reste la même.

Les sonorités changent, et la musique se modernise, à l’image de Plantec ou DJ Miss Blue. Comme partout, ça provoque des débats, des tensions, des querelles même parfois. Quoi qu’il en soit, on oublie pas. On oublie pas que l’on aplatissait la terre avec des danses. On oublie pas que les chansons que nous chantons ne sont pas fictives, elles sont notre histoire.

Voir une mamie de 84 ans chanter avec un groupe de punk-rock breton dans lequel figure un ancien membre des Bérurier Noirs, il n’y a qu’en Bretagne que l’on peut voir ça. Un rappel, éternel, que la Bretagne sait préserver sa culture, et la mélanger.

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