Les ex sont-ils des fruits ?

Après avoir repris contact avec deux ex copains – deux ex constituant tout à leur honneur respectif mes premiers émois amoureux et mes premières douleurs – je me suis questionnée sur le sujet. Engageant la conversation avec une amie sur nos relations passées, et sans aucun doute ratées, nous avons construit une théorie relative à tout ex compagnon de route affective ou intime : sont-ils finalement comme des fruits ? Explications.

Pour commencer il y a tout simplement les ex défectueux à la racine : on comprend tout de suite que le goût sera aussi désagréable que l’odeur, pourtant, on a envie d’y croire. Ils sont un peu comme des fruits d’étalage : sélectionnés par quelqu’un d’autre. On les choisit quasi désespérément parmi une multitude d’autres fruits blafards. Seul critère de sélection : un aspect un peu moins douteux que les autres. On aperçoit généralement peu de matière appréciable mais on tente toutefois de trouver un côté un peu moins avarié que l’ensemble.

Puis, à la manière d’un pamplemousse, ils nous laissent un goût amer et on se demande pourquoi on s’est aventuré à la dégustation. Il était évident que le pamplemousse est infect et qu’il reste trop longtemps en bouche pour trop peu de plaisir. C’est un peu comme le coing, on le goûte – ou le regoûte – en pensant qu’on a fait une erreur de jugement hâtif, que c’est peut-être pas si mal, voire plutôt bon et il s’avère illusoire. Mauvais, sans intérêt, inconsistant. En plus il est inconservable, impossible de le rappeler pour une confiture de secours : soit quelqu’un l’apprécie à notre place, soit il pourrit quelque part, soit on en a juste pas envie parce que de toutes façons ses apports énergétiques sont inutiles, tout comme lui. 

Ensuite il y a ceux que l’on pourrait catégoriser de fruits à noyaux et pépins. Pour les fruits à noyau, bien que l’on jette l’intérieur, l’extérieur est satisfaisant. Pêche, abricot c’est l’ex attractif, qui nous a longtemps attiré. On raffole de son enveloppe séduisante, visuellement satisfaisante que l’on aimerait croquer instantanément. Asséner une grande bouchée avant de se rendre compte, une nouvelle fois, que le noyau sans intérêt est quand même conséquent.

La bouchée est certes rafraîchissante, en particulier lors d’une chaude journée d’été, mais elle est éphémère. Une fois le fruit consommé la vision du noyau futile et superflu se révèle dérangeante. On a simplement pas envie de l’apprécier, de s’en préoccuper, on en est incapable, ne serait-ce qu’à cause de son manque d’intérêt. Ici, c’est peut-être le fruit sportif dans un sens ; enveloppe parfaite, noyau insignifiant. Le ratio plaisir-satisfaction est déficitaire alors on arrête d’en acheter, même chez le primeur. 

Dans les fruits à pépins figure le raisin. C’est un peu celui qui pose problème, on ne sait pas trop comment l’appréhender. Un raisin blanc c’est d’abord un goût fabuleux mais aussi beaucoup de pépins pour pas grand chose. La peau s’avère même parfois compliquée à avaler pour les plus sensibles. – Ou bien ce n’est que moi ? – Le raisin est-il indispensable dans la corbeille de fruit ? On en achète pour se faire plaisir, parfois il devient une obsession. On adore ça, il a un goût de reviens-y, encore, souvent, toujours.

En résumé il est formidable mais le pépin qui reste en travers de la gorge c’est désagréable. Trop, beaucoup trop de pépins pour un si petit fruit, une si petite taille. Alors on évite le raisin, on se l’autorise en cas d’urgence, de gourmandise imminente, d’envie incontrôlable. À l’instar de la pomme, fruit méprisable dont la multitude de variété est un piège tendu aux plus naïfs d’entre nous. Il en existe de toutes sortes mais à l’arrivée c’est sans surprise, ça coupe simplement la faim. On s’emmerde avec la pomme, qu’elle soit en tarte ou en compote on finit toujours par s’emmerder. Un bon point : c’est si peu exaltant et stimulant, ça provoque si peu de stress que ça aide à arrêter de fumer. Et puis on finit toujours par la jeter pour manger du raisin. On préfère quand même prendre des risques que de s’emmerder. 

Peut-être que les fruits à coque et à enveloppe sont les fruits les plus simples à déguster. Sûrement ceux avec qui on est le plus à l’aise. Par exemple, la banane mène l’utile à l’agréable : elle est déjà protégée de son enveloppe donc ça fait des économies de plastique, elle se transporte partout et dégustée le matin elle assure une bonne journée. Finalement il n’y a pas trop de surprise avec la banane, on sait à quoi s’attendre mais on est quand même jamais déçus, c’est toujours plaisant. Puis son apparence ne nous laisse pas indifférents, on s’éprend vite de sa forme et de sa couleur originales. Vous êtes chanceux si vous avez une banane, rappelez à l’occasion, prenez des nouvelles, elles se dégustent en toutes saison. 

Puis il y a les fruits complexes comme le litchi ou la figue sur qui les avis et les impressions divergent. Le litchi c’est délicieux, une fois qu’on arrive à défaire sa coquille piquante et complexe le goût apparaît incroyablement doux. Il y a plus de gens qui ne savent pas l’apprécier que de gens qui le déteste ; il faut être amateur pour le déguster sans arrière goût de gêne ou de peur. Ceux qui se donnent corps et âmes au litchi ont la garantie de passer du bon temps, longtemps. Enfin, je crois que la figue est le vilain petit canard du panier, bien souvent rejetée et délaissée. Physiquement attractive, peu l’aiment à sa juste valeur. En définitive elle est jugée à ce qu’elle représente : l’engagement et la patience.

Puisqu’il faut se faire violence avec la figue, il faut du temps avant de reconnaître sa saveur. C’est un peu l’ex trop gentil que l’on garde sous le coude. Il ne convient pas à tout le monde mais ça se conserve bien, c’est sucré et doux. Tout le monde n’est pas digne de la figue, elle est réservée aux généreux, aux sensibles, aux véritables amoureux. Peut-être que certains n’apprécieront jamais une bonne figue. Peut-être que certains s’efforceront même de la détester pour ne pas admettre qu’elle est incroyable ? Tout le monde n’aime pas naturellement la figue, elle n’est pas accessible à tous. Personnellement je ne crois pas aimer la figue, au fond je la déteste probablement.

Tout ce que je peux dire c’est qu’une salade de fruit c’est rien d’autre qu’un club échangiste. Un club échangiste bourré d’ex que l’on aimerait ne jamais revoir. Mais un club dans lequel on peut apprivoiser différents goûts, manger à sa faim et ça c’est quand même mieux qu’une pomme ou un coing. Bien qu’ils vous rendront peut-être toute chose. En définitive, la dégustation du fruit, c’est propre à chacun.

Boys will be bugs. Or fruits. 


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