Éloge des fil·le·s de putes

Salop·e, con·ne, enculé, mal baisée, frigide : quand on veut s’insulter en français, cela touche très facilement à la sexualité. Que ce soit directement ou indirectement, les insultes adressées à des gens dégradent également des pratiques. En effet, traiter quelqu’un d’enculé·e, c’est faire de la sodomie une pratique dégradante. Des femmes se font quotidiennement insulter vis à vis de leur sexualité ; on utilisera le terme de salope pour dégrader une femme ayant une sexualité active, et qui ose en parler, de même qu’on utilisera le terme de mal-baisée qui serait la cause d’une attitude énervée, alors qu’elle est plus souvent due aux inégalités subies.

Nous sommes extrêmement prompts à juger la sexualité des femmes, et c’est bien pire pour les prostituées ; sale pute, fils de pute, coup de pute. L’association est instinctivement mauvaise, et la pute devient l’emblème de la perfidie, le symbole d’un comportement vénal et intéressé. Pourtant ce n’est pas un secret : personne ne se fait racketter après avoir couché avec un·e professionnelle du sexe, ou après s’être masturbé devant son ordinateur.

LA HAINE DES PUTES

Pourtant, le plus vieux métier du monde continue de souffrir d’une mauvaise réputation, notamment en France, où l’on recense environ 50.000 prostituées. Ce sont dans l’immense majorité des femmes, qui se retrouvent bien souvent dans une impasse. Le caractère illégal de l’activité renforce la dépendance et l’emprise qu’on peut avoir sur une femme, notamment si elle travaille dans la rue.

Et travailler dans la rue pour une prostituée, c’est synonyme d’insécurité, et le mot est faible. Tout le monde déteste les putes, que ce soit les maquereaux qui les font travailler, ou les clients qui pensent qu’en payant ils louent un corps dont ils peuvent faire ce qu’ils veulent. Une prostituée a cinq a six fois plus de chances de subir un viol qu’une autre femme en France.

Les profits de l’exploitation sexuelle dans le monde sont estimés à 100.000.000.000$. C’est l’une des formes de criminalité les plus lucratives, mais en France on refuse bien souvent d’en parler. Quand on en parle, c’est pour proposer de pénaliser les client·e·s de la prostitution. C’est bien évidemment une posture : les personnalités politiques n’envisagent pas pour l’instant de faire de la prostitution un travail à part entière.

Tout le monde déteste les prostituées en France, même parmi ceux qui affirment prendre leur défense. Le Mouvement du Nid qui travaillait avec le gouvernement affirme soutenir les prostituées, seulement si les prostituées souhaitent quitter l’activité. Une attitude légèrement hypocrite qui complète bien l’attitude de la vie politique française dont la seule action de la décennie fut de vouloir pénaliser les clients de la prostitution.

LES PUTES DE L’ÉDUCATION

Ne serait on pas en train de reléguer dans les recoins les plus sombres de notre pays, des personnes dont nous avons cruellement besoin ? Le clitoris vient à peine d’être ajouté aux manuels de cours et les premières expositions des jeunes au porno est de plus en plus précoce. Il n’est pas sain de laisser cette tendance se développer, dans un monde ou la pornographie la plus accessible reflète les problèmes de la société.

Ces problèmes, nous ne parvenons pas à les résoudre : l’absence d’éducation sexuelle des programmes est quasiment systématique et des codes virilistes viennent se calquer sur une sexualité par défaut, chopée à la va-vite aux détours d’une vidéo porno ou d’une conversation de vestiaires. Aujourd’hui le rôle de l’école est de préparer les élèves à la quête d’un travail, et non de les préparer aux diverses difficultés de la vie ; quête d’un logement, déclaration d’impôts, et donc, avoir une vie sexuelle épanouie. Cette dernière option, qui peut paraître risible, ne l’est pas vraiment au vu du nombre d’étudiant·e·s n’étant que peu au clair sur la notion de consentement éclairé.

La pression sociale autour de la sexualité doit être déconstruite dès le plus jeune âge. C’est nécessaire pour éviter à la fois la persuasion de devoir taper dans le fond pour donner du plaisir lors d’un rapport avec pénétration, et en même cela devrait permettre de décomplexer les individus non seulement sur leurs corps, mais aussi sur le culte de la performance que nous avons tendance à instaurer. Aux États-Unis, le nombre de chirurgie des lèvres a explosé, et ce même chez des adolescentes de 14 ans. Il est vital de démolir ces pré-requis imaginaires avant que ces types de chirurgie ne soient trop accessibles par chez nous.

PROSTITUTION 2.0

La périphrase qui désigne la prostitution est bien connue. On appelle ça pour adoucir la réalité le plus vieux métier du monde. Ce dicton s’il ne constitue pas un argument d’autorité pour justifier un encadrement légal de la prostitution, renvoie notamment au fait que des centaines, si ce n’est des milliers de sociétés ont connu ce phénomène. Tantôt acceptée, tantôt décriée et réprimée, ce que cette phrase toute faite a le mérite de nous apprendre c’est que depuis la nuit des temps, il existe une industrie du sexe.

En trois clics et une recherche, toute personne avec une connexion peut consulter des contenus pornographiques, voire faire appel à des services sexuels.

Cette industrie du sexe évolue aujourd’hui entre la nécessité d’un anonymat, et une multitude de nouvelles possibilités : escort, hote·sse·s à la cam, strip-teaseuse·eur·s, vente de nudes, téléphone rose, réalisation et/ou participation à des vidéos pornographiques. N’importe qui peut se lancer désormais, et profiter des zones de flou de la loi, et de la demande extrêmement forte.

Tant de plate-formes témoignent de l’impossibilité de bannir la prostitution aujourd’hui. Si l’on pénalise aujourd’hui les client·e·s des travailleuses et travailleurs du sexe, l’activité n’est pas en baisse. Plutôt que de bannir la prostitution et la pornographie, d’en avoir peur et donc de laisser chacun·e avoir sa propre expérience, il est vital de rappeler – ce que font régulièrement les pornstars – que l’industrie pornographique propose une performance, et non un modèle de sexualité à atteindre coûte que coûte.

Ce n’est pas parce que cela fait plaisir à quelqu’un d’autre que cela vous fera plaisir également : une éducation sexuelle au lycée – si ce n’est au collège ou une partie non négligeable des élèves commencent à être sexuellement actifs – pourrait peut-être permettre à notre société de voir émerger une génération décomplexée vis à vis de leur sexualité. Cela ne veut pas dire qu’il faut voir des corps nus à tout bout de champ, ou qu’on doit parler de sa vie sexuelle à haute voix dans le bus. Cela veut dire que chacun·e fait ce qu’iel veut, tant que le désir est présent et réciproque.

Nous avons d’un côté des professionnel·le·s du sexe, de l’autre un cruel manquement d’éducation. Si nous étions à la hauteur, nous délaisserions notre puritanisme franco-français, et renoncerions à notre caricature hypersexualisée des métiers de la prostitution. Pourquoi ne parvenons-nous pas à considérer tout un corps de métier – dont l’activité économique est florissante mais redirigée vers l’évasion fiscale – sous prétexte de pudeur. Peut-être que s’il y avait plus de fil·le·s de putes parmi nous, nous serions mieux éduqué·e·s.

[1] LE PARISIEN – Les chiffres chocs de la prostitution

http://www.leparisien.fr/archives/les-chiffres-chocs-de-la-prostitution-28-05-2015-4808641.php

[2] MADAME LE FIGARO – Labiaplastie : un phénomène inquiétant

http://madame.lefigaro.fr/societe/labiaplastie-la-chirurgie-esthetique-inquietante-chez-les-ados-americaines-260416-114001

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