Rencontre – Garance, aider par delà les frontières

Garance, étudiante à l’université de Bristol, partage sa vie entre la France et l’Angleterre. Depuis l’été 2015, elle est engagée pour la défense des droits des réfugié.e.s, à Bristol comme à Calais. Le sourire aux lèvres et le cœur sur la main, son but est d’apporter un peu de couleur et de joie dans le quotidien brumeux des migrant.e.s à l’heure de la loi asile et immigration.

 

Garance lors d’une réunion avec Utopia 56 à Calais

Premiers pas dans la jungle

C’est en juillet 2015, dans un bar du quartier où Garance habite à Bristol, qu’est né son engagement pour les droits des réfugié.e.s. Une réunion avait été organisée par l’organisation “Help refugees” afin de venir en aide aux migrant.e.s.

« C’est à partir de cette année que l’on a commencé à aborder le problème de la migration. La photo du corps d’un enfant syrien échoué sur la plage avait fait beaucoup de bruit sur les réseaux sociaux, et l’on entendait beaucoup parler de la crise des migrants dans les médias. La plupart des associations d’aide aux réfugiés comme “Help refugees”, L’auberge des migrants ou Utopia 56 ont été créées cette même année », nous explique Garance.

À cette période, on entend également beaucoup parler de la “jungle de Calais”, un camp sauvage composé de tentes, de bidonvilles, et d’un grand hangar situé sur le terrain de la ville de Calais, non loin de la frontière entre la France et le Royaume-Uni. Garance y passe deux semaines en août 2015. D’abord dans le hangar pour aider à diverses tâches, puis en tant que professeure de français à l’École des Dunes, la seule de ce que l’on appelle aujourd’hui “l’ancienne jungle”, depuis le démantèlement de celle-ci par gouvernement français en octobre 2016.

Là-bas, elle fait la rencontre d’un certain nombre de réfugié.e.s, afghans ou soudanais pour la plupart. Des personnes dans l’attente constante de pouvoir passer de l’autre côté de la Manche, pour rejoindre leur famille ou se construire un avenir meilleur que celui proposé dans leur pays d’origine. Garance y rencontre également des bénévoles suivant un programme d’aide aux réfugié.e.s proposé par l’université d’Amsterdam, ce qui lui donne la motivation d’en faire de même dans sa propre université, à Bristol.

STAR – Action étudiante pour les réfugié.e.s  

Une fois de retour en Grande-Bretagne, Garance se met à la recherche d’une association venant en aide aux réfugié.e.s dans la région. Elle rencontre rapidement les membres de STAR Bristol (Student Action for Refugees) une organisation créée en 1996 divisée en 56 groupes différents à travers le Royaume-Uni. STAR propose trois activités principales sur l’année : la première est un homework club, un atelier pour aider les enfants immigrés dans leur devoirs ; la deuxième est un atelier de lecture pour les enfants, et la troisième un accompagnement d’un.e adolescent.e réfugié.e par un.e étudiant.e.

« Cela fait plus d’un an que je prends part à l’atelier de lecture. Chaque semaine, je lis avec des enfants en bas âge pour les habituer à prononcer et à comprendre l’anglais. C’est important pour eux parce que souvent leurs parents ne leur parlent pas anglais. »

Garance vient tout juste de terminer son mandat de co-présidente du groupe STAR de Bristol, durant lequel elle a mené plusieurs actions pour développer le groupe. STAR organise des évènements pour sensibiliser les personnes aux problèmes que rencontrent les réfugié.e.s et présenter des solutions, sous la forme de cours ou de conférences. Ils organisent également des soirées de soutien avec des concerts, de la nourriture et de la boisson, leur permettant de récolter des sommes aux alentours de £1000.

La fin d’une conférence organisée par STAR Bristol

 

Sur le plan politique, ils travaillent main dans la main avec la mairie de Bristol qui a créé un statut spécial pour les réfugié.e.s afin de pouvoir mieux les accueillir.

« Les démarches administratives sont complexes. À l’université de Bristol, nous avons un étudiant irakien qui a obtenu des bourses d’études mais qui n’a pas eu le droit d’avoir des papiers pour rester dans le pays. Il doit cependant se rendre régulièrement à l’autre bout de la ville pour aller signer un papier prouvant qu’il réside toujours en Angleterre, seulement cette fois le rendez-vous tombe pendant un examen, ce qui met son diplôme en péril. C’est ce genre de problèmes que nous tentons de résoudre », nous explique Garance.

STAR va même jusqu’aux portes du Parlement rencontrer les lords et les ministres pour qu’ils écoutent des témoignages de certain.e.s réfugié.e.s et les solutions qu’ils proposent pour améliorer l’état des choses.

“Les frontières tuent.”

Depuis l’été 2017, Garance revient fréquemment à Calais qui, malgré le démantèlement de la jungle, reste une ville frontalière par où les réfugié.e.s tentent toujours de rejoindre la Grande-Bretagne. Les choses ont cependant changé depuis octobre 2016 : maintenant les gens que l’on trouve là-bas sont souvent des jeunes hommes seuls, dispersés un peu partout autour du hangar, car les autorités ne veulent pas que se reconstitue un nouveau camp.

 « On a pas mal entendu parler de violences policières dans les médias au début de l’année. Ce n’est pas une légende, ça continue. Puisque les autorités en veulent pas que des gens s’installent ils prennent leurs tentes, quand ils ne les détruisent pas. Ils leur prennent leur couverture, leur sac à dos et parfois même leur veste », raconte Garance, entre révolte et dépit. Ce genre de violence se remarque assez tôt, lorsque les réfugié.e.s viennent manger au hangar, et les bénévoles sont frustré.e.s en voyant leur travail défait par les autorités.

Lors de ses derniers séjours à Calais Garance a travaillé avec l’association Utopia 56, qui aide également les réfugié.e.s à obtenir des papiers pour la France ou l’Angleterre, ce qui est plus difficile depuis que la préfecture a été déplacée à Arras. A cela s’ajoute les nouvelles mesures de la loi asile et immigration votée le 22 avril dernier : facilitation des expulsions, réduction des délais de demande de séjour, augmentation de la durée de détention administrative… la liste est longue.

« Les frontières tuent, on le comprend vite quand on travaille dans un camp. À la fin de l’année 2017 il y a eu plus de morts que d’habitude. Les frontières n’empêchent pas les gens de tenter de passer, il y aura plus de morts, c’est tout. »

Voilà pourquoi Garance continue de prendre part à diverses actions pour venir en aide aux migrant.e.s en dépit des tentatives d’intimidation des autorités, pour faire en sorte que l’on préfère le slogan de Help refugees – “Choose love”, choisissez l’amour – à la violence et à la mort.

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