Féminisme 2.0 ?

La fête des mères est une occasion de plus de nous rappeler pourquoi nous avons besoin du féminisme. Nous sommes en 2017, mais lorsque les magasins mettent sur les étalages des suggestions de cadeaux pour nos mamans, il n’y a que de la vaisselle, des appareils électro-ménagers, ou des accessoires de beauté.

Les grandes enseignes de distribution avaient deux choix : elles pouvaient véhiculer les clichés sexistes datant du siècle précédent, comme on le voit fréquemment ; promotions sur les fers à repasser, ou autres produits ménagers que l’on destine bien volontiers aux femmes. Elles auraient pu, d’un autre côté, faire preuve de lucidité et de respect envers les femmes. C’est de surcroît un meilleur coup marketing, car à moins d’avoir une maman passionnée par le repassage (qui peut être un hobby comme un autre après tout), qui irait acheter un fer à repasser pour la fête des mères ?

 

Chercher sur internet « idées cadeaux fête des mères » aurait suffi aux graphistes des entreprises en cause : des coffrets massage, coffrets gastronomie, une bouteille de champagne, un parfum, un bijou… Bref, n’importe quoi parmi la tonne de biens et services qui ne représentent pas la soumission de la femme à l’homme.

On peut chercher des excuses à ces marques, et faire l’avocat du diable : peut-être que dans leurs écoles de commerce on leur apprend que respecter la tradition c’est la meilleure stratégie commerciale. Peut-être qu’ils avaient juste comme par hasard cette semaine-là besoin de liquider leur stocks de fer à lisser, qui sait…

 

La liberté par Internet ?

Il y a bien un domaine où la femme a carte blanche, où elle peut exposer ses vrais centres d’intérêts, ses vraies passions, et où pourtant elle continue de se coller à ces clichés. Ce lieu est : internet !

Sur les réseaux sociaux les femmes, loin d’être libérées, sont enfermées dans un culte de l’image. Thigh gap* , peau bronzée, cheveux lisses, dent droites et blanches, visage symétrique s’imposent. Seules celles qui correspondent aux normes de beauté peuvent prétendre à assez d’audience pour faire passer un message. Malheureusement, peu semblent en profiter. Parmi les 10 comptes les plus suivis sur Instagram on retrouve Kim Kardashian, Kylie Jenner, Niki Minaj, qui servent de modèle à des millions d’adolescentes et qui véhiculent toutes une image hyper sexualisée de la femme. On retient heureusement aussi Beyoncé, Ariana Grande, Taylor Swift et Selena Gomez (en numéro 2!) qui apportent parfois un discours féministe à côté de ça; même si elles ne s’aventurent pas à franchir les limites du physiquement-acceptable-sur-instagram.

Face à cette dictature quant au corps des femmes, nombres d’entre elles se rebellent. Le mouvement Body Positive par exemple, lancé en 1996 aux Etats Unis, s’installe sur Instagram grâce au hashtag éponyme. Il permet de montrer que tous les corps sont beaux, et qu’il n’y a pas besoin d’une norme ayant pour but de définir objectivement la beauté.

 

Internet peut-il contribuer à briser les tabous ?

Plus ouvert que le hashtag #FatPositive, qui vise en priorité les femmes rondes, celui-ci s’incline pour toutes et tous. De plus il ne renvoie pas qu’au poids mais aussi à toutes les morphologies, toutes les couleurs de peaux, de cheveux etc… De nombreuses femmes ont pris la parole pour parler de leur rapport à leurs corps, et légion sont celles qui racontent avoir commencé à complexer dès l’âge de 12-13 ans.

La chaîne Youtube de Léa Bordier par exemple propose une série de vidéos intitulée « cher corps« , où des femmes racontent comment elles vivent leur relation avec leurs corps. C’est étonnant de voir à quel point des femmes magnifiques peuvent trouver chez elles tous les défauts du monde. C’est là que l’on comprend à quel point la société fait peser des exigences sur la gente féminine.

Dans un documentaire réalisé par Léa Bordier et Lisa Micquet, de l’association les Internettes, intitulé : Youtube : Elles prennent la parole, des youtubeuses racontent ce rapport au physique omniprésent sur internet. Leur physique est systématiquement commenté, que ce soit positivement ou négativement. Alors qu’en regardant la vidéo d’un homme les internautes ne se sentent pas obligés de commenter son apparence, ils vont plutôt réagir au contenu. Ce n’est pas la cas pour les contenus produits par des femmes.

 

Une réplique des stéréotypes sexistes

En plus d’êtres prises au piège dans la dictature des critères physique d’internet, les femmes perpétuent leur isolement dans les sujets scientifiques. Comme en littérature où la gente féminine est très sous-représentée (dans les programmes scolaires par exemple), sur internet elle souffre d’un réel manque de visibilité. Pourtant, les femmes utilisent en moyenne plus les réseaux sociaux que les hommes, elles ne sont pas du tout absentes de la toile ; en témoigne le succès du salon de youtubeuses beauté Get Beauty Paris.

Les femmes qui tiennent des chaînes, des blogs sur des thèmes autre que la beauté et la mode sont facilement décrédibilisées. Les internautes vont beaucoup plus facilement contredire les informations, et chercher à vérifier les sources… À tel point que celles-ci ne se sentent pas toujours légitimes de parler de science(s), d’histoire ou de bien d’autres sujets. En fin de compte les youtubeuses les plus célèbres restent cantonnées dans des sujets dits très « féminins ». Ce qui d’une part confine les filles dans le rôle typique que la société a voulu leur donner, et qui d’autre part fait cataloguer ces filles-là de « superficielles » ou « futiles ». Cela montre qu’il reste du progrès à faire en matière de féminisme et surtout de définition des rôles attribués à chaque genre.

Charlie Danger est une youtubeuse qui réalise les Revues du Monde. Elle la présente comme une émission culturelle sur l’archéologie, l’histoire, l’anthropologie et les découvertes. On peut y découvrir plusieurs théories sur des mystères tels que l’Atlantide, la Terre creuse, les crânes de cristal, mais aussi la véritable histoire des gladiateurs, des pilleurs de tombeaux…

Archéologue de formation, elle a commencé sa chaîne il y a quatre ans afin de partager sa passion. Dans le documentaire des Internettes, elle explique qu’elle a «l’impression que certaines personnes pensent que je présente juste l’émission », alors qu’elle la réalise intégralement, en plus de faire le montage, et les recherches. Une femme qui parle d’histoire, ça ne rentre pas dans les stéréotypes : « le fait que je sois une femme n’a pas forcément aidé, parce que c’est un peu moins crédible ». Elle compte 256 217 abonnés, soit environ deux fois moins que les chaînes de Nota Bene ou Axolot, des youtubeurs qui parlent d’histoire aussi et qui ont débuté au même moment. Certes, cela n’est pas forcément dû au fait que c’est une femme, mais on ne peut s’empêcher de se demander quel aurait été son nombre de vues si elle était du sexe opposé. Cela montre bien qu’il y a toujours des sortes de barrières invisibles dès qu’une femme veut s’imposer dans un milieu qui a été considéré comme masculin pendant des siècles.

C’est pourquoi il peut être intéressant de jeter un coup d’oeil à ces chaînes qui brisent un peu les clichés, comme celles Florence Porcel, The Brain Scoop, Physics Girl dans le domaine scientifique ; la ou celle de Manon Bril « C’est une autre Histoire » pour les arts.

 

* Thigh gap : « écart entre les cuisses » qu’ont certaines femmes lorsqu’elles se tiennent debout. Signe d’une minceur poussée à l’extrême parfois, il représente un idéal physique sur certains réseaux sociaux comme Instagram.

 

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