Equateur – Violences sous silence

Une épaisse fumée âcre s’étend dans le ciel de Quito samedi 12 octobre. Les bombes lacrymogènes détonent. Depuis le 3 octobre, des protestations contre le régime du Président Équatorien, Lenín Moreno, ont investi la capitale et le pays. La répression a été sans pareil, mais n’a pas explosé à nos yeux. Pour Noctambule, Maria Andrea Malo Carrasco, Équatorienne, nous raconte les violences qui ont asséné son peuple.

Ébullition et rébellion

Le 3 octobre, début de la rébellion. L’Equateur tremble. Les rues de plusieurs villes du pays se noircissent dont celles de Quito, la capitale. Le Président Lenín Moreno, au pouvoir depuis 2017, a annoncé deux jours plus tôt la fin des subventions publiques aux carburants (entraînant une hausse du prix à la pompe de 124%). Un décret, sous le joug d’un ensemble de réformes économiques en échange d’un prêt du Fond Monétaire International (FMI), nommé décret 883. Il met en ébullition la population.

Des manifestant·es dans les rues de Cuenca. Photo prise par Santiago, ami de Maria Andrea.
Maria Andrea vit près de Cuenca, commune où les manifestations s’accompagnent d’une répression à l’instar de Quito.

Dès la journée du 3 octobre, des affrontements entre manifestant·es et policier·ères ont lieu dans la capitale. Dans les rangs des manifestant·es, les routier·ères sont rejoint·es par les peuples autochtones venus de tout l’Equateur. Nous ne pouvons déjà plus compter les blessé·es sur les dix doigts de nos mains. Le 4 octobre, Lenín Moreno déclare l’état d’urgence dans le pays. Cet état suspend le droit à la libre circulation, permet de recourir à l’armée pour le maintien de l’ordre et autorise la censure médiatique. Depuis cette date, la répression, ancrée au cœur du mouvement, n’a cessé de croître. Jusqu’à hier.

En effet, après les pourparlers entre le gouvernement et les dirigeants autochtones, cette crise qui a mis à feu à sang l’Equateur prend fin dimanche 13 octobre. Le décret 883 est abrogé et un nouvel accord sera créé sous l’égide de l’ONU.

Ainsi, les manifestations se sont arrêtées et la paix est rétablie dans le peuple équatorien. Pourtant, ce dernier tente encore par tous les moyens de faire entendre sa voix afin de mettre en lumière la réelle violence des actions prises par Lenín Moreno, à l’encontre des manifestant·es de Quito.

Même si tout se termine aujourd’hui, il est important que les Français·es comprennent que, en Equateur, le gouvernement a violé les droits des Équatoriennes et Équatoriens.

Maria Andrea

L’ombre des violences

Sept heures nous séparent et pourtant, la détresse de Maria Andrea me submerge. Grâce à une amie bruxelloise commune je découvre, dimanche, ce message avec stupeur : « […] Les forces armées ont reçu l’ordre de réprimer le mouvement. Ils tuent et blessent délibérément les manifestant·es, avec des tireurs d’élite ou en les écrasant avec leurs voitures, leurs motos, réprimant de manière brutale les personnes qui se trouvent dans la rue. […] S’il vous plaît, aidez-nous à diffuser cette information pour la rendre publique et à la portée de toustes. » Ses mots ne sont pas ceux de Maria mais ceux d’une de ses connaissances. Dans nos échanges, la douleur que dépeint son témoignage est toute aussi poignante.

Psychologue dans un centre culturel à Sigsig, Maria Andrea se présente comme une citoyenne en colère contre un gouvernement qui entrave les droits du peuple équatorien. Elle m’envoie alors des vidéos. Sanglantes. Terrifiantes. En France, les médias relayent des informations sur la situation en Equateur. Pas celles-ci. Sous mon regard embué, des hommes tombent, raides. Morts. Des femmes se font tabasser à sang, à terre. Sans défense. Les bombes lacrymogènes lancées par la répression militaire obstruent la vue, brisent les tympans. « Les violences sont réellement atroces, des vidéos le prouvent. Le gouvernement tente de les cacher. », m’écrit et s’écrie Maria Andrea.

« Même si le mouvement se veut pacifique et pour la défense de nos droits, il y a des violences de la part des deux partis. Mais, personne ne précise que les Équatorien·nes se défendent avec des boucliers en carton, des bâtons et des pierres contre des bombes lacrymogènes périmées, des balles (oui des balles !) et des militaires hautement qualifié·es … » Dans les médias nationaux, les manifestant·es sont pointé·es du doigt, jugé·es de meurtrier·es. Les agressions et tueries du gouvernement sont omises par une presse qui se bande les yeux.

Rue vide de Cuenca. Enfin, pas tant avec la fumée des gaz lacrymogènes. Photo prise par Santiago.

La ténacité d’un peuple lésé

La pauvreté traverse le pays de Maria Andrea « Ici, on vide les poches des personnes pauvres mais pas celles des riches. Pourtant, en Equateur, 80% de la population est de classe moyenne, pauvre ou extrêmement pauvre. » Une séparation entre le peuple et le pouvoir est nettement visible en Equateur. Pour Maria Andrea, elle est accentuée par la position des groupes oligarchiques contre le mouvement autochtone.

Maria Andrea conclut notre échange sur ces paroles : « Je pense que cette répression doit être montrée au monde entier. Elle relate le malaise que vivent tous les Équatorien·nes face au manque de considération de notre planète, au dénigrement des peuples autochtones, à la haine des classes inférieures. Malheureusement, dans une rébellion, il y a de la violence. Mais ne serait-ce pas la seule façon de nous faire entendre ? »

« Ce que le Président Lenín Moreno a fait est tout simplement inouï. La violence avec laquelle il a défendu ses positions jusqu’à hier n’est nullement un acte de recherche de la paix. Il s’est seulement protégé derrière un bureau et a ordonné aux gens de se taire. Cependant, grâce à la volonté de nos peuples autochtones, il n’a pas réussi. Nous continuerons à défendre ce qui nous correspond en tant que nation, à savoir la défense des droits humains et le bien-être de notre mère la Terre. »

Manifestation à Cuenca. Photo prise par Santiago.

L’étincelle pour Noctambule

Voici le message qui a déclenché la rédaction de cet article, dimanche 13 octobre :

𝐽’𝑒́𝑐𝑟𝑖𝑠 𝑎̀ 𝑡𝑜𝑢𝑠 𝑚𝑒𝑠 𝑐𝑜𝑛𝑡𝑎𝑐𝑡𝑠 𝑖𝑛𝑡𝑒𝑟𝑛𝑎𝑡𝑖𝑜𝑛𝑎𝑢𝑥 𝑝𝑜𝑢𝑟 𝑑𝑒𝑚𝑎𝑛𝑑𝑒𝑟 𝑙𝑎 𝑑𝑖𝑓𝑓𝑢𝑠𝑖𝑜𝑛 𝑑𝑒 𝑐𝑒𝑠 𝑖𝑛𝑓𝑜𝑟𝑚𝑎𝑡𝑖𝑜𝑛𝑠 𝑏𝑙𝑜𝑞𝑢𝑒́𝑒𝑠 𝑎𝑢 𝑛𝑖𝑣𝑒𝑎𝑢 𝑖𝑛𝑡𝑒𝑟𝑛𝑎𝑡𝑖𝑜𝑛𝑎𝑙.

𝐷𝑒𝑝𝑢𝑖𝑠 𝑙𝑒 3 𝑜𝑐𝑡𝑜𝑏𝑟𝑒, 𝑜𝑛𝑡 𝑐𝑜𝑚𝑚𝑒𝑛𝑐𝑒́ 𝑑𝑒𝑠 𝑚𝑎𝑟𝑐ℎ𝑒𝑠 𝑑𝑒 𝑝𝑟𝑜𝑡𝑒𝑠𝑡𝑎𝑡𝑖𝑜𝑛 𝑐𝑜𝑛𝑡𝑟𝑒 𝑙𝑒 𝑟𝑒́𝑔𝑖𝑚𝑒 𝑑𝑒 𝑀𝑜𝑟𝑒𝑛𝑜 𝑒𝑡 𝑠𝑜𝑛 𝑎𝑙𝑙𝑖𝑎𝑛𝑐𝑒 𝑎𝑣𝑒𝑐 𝑙𝑒 𝐹𝑀𝐼, 𝑙𝑒𝑠 𝑟𝑜𝑢𝑡𝑖𝑒𝑟𝑠 𝑜𝑛𝑡 𝑙𝑎𝑛𝑐𝑒́ 𝑙𝑒 𝑚𝑜𝑢𝑣𝑒𝑚𝑒𝑛𝑡, 𝑟𝑒𝑗𝑜𝑖𝑛𝑡𝑠 𝑒𝑛𝑠𝑢𝑖𝑡𝑒 𝑝𝑎𝑟 𝑙𝑒𝑠 𝑝𝑒𝑢𝑝𝑙𝑒𝑠 𝑎𝑢𝑡𝑜𝑐ℎ𝑡𝑜𝑛𝑒𝑠, 𝑣𝑒𝑛𝑢𝑠 𝑑𝑒 𝑡𝑜𝑢𝑡 𝑙’𝐸𝑞𝑢𝑎𝑡𝑒𝑢𝑟 𝑎𝑓𝑖𝑛 𝑑𝑒 𝑝𝑎𝑟𝑡𝑖𝑐𝑖𝑝𝑒𝑟 𝑎𝑢𝑥 𝑚𝑎𝑛𝑖𝑓𝑒𝑠𝑡𝑎𝑡𝑖𝑜𝑛𝑠 𝑎̀ 𝑄𝑢𝑖𝑡𝑜.

𝐴𝑢𝑗𝑜𝑢𝑟𝑑’ℎ𝑢𝑖, 𝑙𝑒 𝑃𝑟𝑒́𝑠𝑖𝑑𝑒𝑛𝑡 𝑎 𝑙𝑎𝑛𝑐𝑒́ 𝑢𝑛 𝑐𝑜𝑢𝑣𝑟𝑒-𝑓𝑒𝑢 𝑒𝑡 𝑎 𝑜𝑟𝑑𝑜𝑛𝑛𝑒́ 𝑙𝑎 𝑚𝑖𝑙𝑖𝑡𝑎𝑟𝑖𝑠𝑎𝑡𝑖𝑜𝑛 𝑑𝑢 𝑑𝑖𝑠𝑡𝑟𝑖𝑐𝑡 𝑑𝑒 𝑄𝑢𝑖𝑡𝑜. 𝐿𝑒𝑠 𝑓𝑜𝑟𝑐𝑒𝑠 𝑎𝑟𝑚𝑒́𝑒𝑠 𝑜𝑛𝑡 𝑟𝑒𝑐̧𝑢 𝑙’𝑜𝑟𝑑𝑟𝑒 𝑑𝑒 𝑟𝑒́𝑝𝑟𝑖𝑚𝑒𝑟 𝑙𝑒 𝑚𝑜𝑢𝑣𝑒𝑚𝑒𝑛𝑡. 𝐼𝑙𝑠 𝑡𝑢𝑒𝑛𝑡 𝑒𝑡 𝑏𝑙𝑒𝑠𝑠𝑒𝑛𝑡 𝑑𝑒́𝑙𝑖𝑏𝑒́𝑟𝑒́𝑚𝑒𝑛𝑡 𝑙𝑒𝑠 𝑚𝑎𝑛𝑖𝑓𝑒𝑠𝑡𝑎𝑛𝑡𝑠, 𝑎𝑣𝑒𝑐 𝑑𝑒𝑠 𝑡𝑖𝑟𝑒𝑢𝑟𝑠 𝑑’𝑒́𝑙𝑖𝑡𝑒 𝑜𝑢 𝑒𝑛 𝑙𝑒𝑠 𝑒́𝑐𝑟𝑎𝑠𝑎𝑛𝑡 𝑎𝑣𝑒𝑐 𝑙𝑒𝑢𝑟𝑠 𝑣𝑜𝑖𝑡𝑢𝑟𝑒𝑠, 𝑙𝑒𝑢𝑟𝑠 𝑚𝑜𝑡𝑜𝑠, 𝑟𝑒́𝑝𝑟𝑖𝑚𝑎𝑛𝑡 𝑑𝑒 𝑚𝑎𝑛𝑖𝑒̀𝑟𝑒 𝑏𝑟𝑢𝑡𝑎𝑙𝑒 𝑡𝑜𝑢𝑠 𝑐𝑒𝑢𝑥 𝑒𝑡 𝑐𝑒𝑙𝑙𝑒𝑠 𝑞𝑢𝑖 𝑠𝑒 𝑡𝑟𝑜𝑢𝑣𝑒𝑛𝑡 𝑑𝑎𝑛𝑠 𝑙𝑎 𝑟𝑢𝑒.

𝐿𝑎 𝑝𝑟𝑒𝑠𝑠𝑒 𝑒𝑡 𝑙𝑒𝑠 𝑟𝑒́𝑠𝑒𝑎𝑢𝑥 𝑠𝑜𝑐𝑖𝑎𝑢𝑥 𝑐𝑎𝑐ℎ𝑒𝑛𝑡 𝑐𝑒𝑡𝑡𝑒 𝑟𝑒́𝑎𝑙𝑖𝑡𝑒́ 𝑎̀ 𝑙𝑎 𝑐𝑜𝑚𝑚𝑢𝑛𝑎𝑢𝑡𝑒́ 𝑖𝑛𝑡𝑒𝑟𝑛𝑎𝑡𝑖𝑜𝑛𝑎𝑙𝑒, 𝑡𝑜𝑢𝑡 𝑐𝑜𝑚𝑚𝑒 𝑖𝑙𝑠 𝑙’𝑎𝑣𝑎𝑖𝑒𝑛𝑡 𝑓𝑎𝑖𝑡 𝑎𝑣𝑒𝑐 𝑙𝑒 𝐵𝑟𝑒́𝑠𝑖𝑙 𝑙𝑜𝑟𝑠𝑞𝑢𝑒 𝑙’𝐴𝑚𝑎𝑧𝑜𝑛𝑖𝑒 𝑒́𝑡𝑎𝑖𝑡 𝑒𝑛 𝑓𝑒𝑢.

𝐴𝑙𝑜𝑟𝑠, 𝑠’𝑖𝑙 𝑣𝑜𝑢𝑠 𝑝𝑙𝑎𝑖̂𝑡, 𝑎𝑖𝑑𝑒𝑧-𝑛𝑜𝑢𝑠 𝑎̀ 𝑑𝑖𝑓𝑓𝑢𝑠𝑒𝑟 𝑐𝑒𝑡𝑡𝑒 𝑖𝑛𝑓𝑜𝑟𝑚𝑎𝑡𝑖𝑜𝑛 𝑝𝑜𝑢𝑟 𝑙𝑎 𝑟𝑒𝑛𝑑𝑟𝑒 𝑝𝑢𝑏𝑙𝑖𝑞𝑢𝑒 𝑒𝑡 𝑎̀ 𝑙𝑎 𝑝𝑜𝑟𝑡𝑒́𝑒 𝑑𝑒 𝑡𝑜𝑢𝑠! 𝑃𝑎𝑟𝑡𝑎𝑔𝑒𝑧 𝑐𝑒𝑠 𝑖𝑛𝑓𝑜𝑟𝑚𝑎𝑡𝑖𝑜𝑛𝑠 𝑠𝑢𝑟 𝑣𝑜𝑡𝑟𝑒 𝑚𝑢𝑟 𝑒𝑡 𝑠𝑖 𝑣𝑜𝑢𝑠 𝑒̂𝑡𝑒𝑠 𝑒𝑛 𝑐𝑜𝑛𝑡𝑎𝑐𝑡 𝑎𝑣𝑒𝑐 𝑢𝑛𝑒 𝑝𝑒𝑟𝑠𝑜𝑛𝑛𝑒 𝑙𝑖𝑒́𝑒 𝑎𝑢 𝑗𝑜𝑢𝑟𝑛𝑎𝑙𝑖𝑠𝑚𝑒 𝑑𝑎𝑛𝑠 𝑣𝑜𝑡𝑟𝑒 𝑝𝑎𝑦𝑠, 𝑑𝑖𝑡𝑒𝑠-𝑙𝑒𝑢𝑟 𝑑𝑒 𝑟𝑒𝑔𝑎𝑟𝑑𝑒𝑟 𝑒𝑡 𝑑𝑒 𝑑𝑖𝑓𝑓𝑢𝑠𝑒𝑟 𝑐𝑒 𝑞𝑢𝑖 𝑠𝑒 𝑝𝑎𝑠𝑠𝑒!”

(Message traduit depuis l’espagnol)



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