En Pologne “Tant de gens voient, si peu réagissent”, alors Yes I React !

Il y a deux mois dans la capitale polonaise, je rencontrais Asia et Caro. Ces deux jeunes femmes sont les instigatrices de Yes I React. Récit de cette campagne créée en Octobre dernier.

Asia i Caro.

« Pauline, tu veux manger quelque chose ? » Je décline la proposition, visiblement moins à l’aise que mes interlocutrices. La trouille de l’interview revient à chaque fois. Pourtant, celle-ci se présente souriante. Décontractée et sincère.

Elles sont deux face à moi. Elles sont classe de la tête aux pieds, cheveux blonds et chaussures pointure mode. Elles portent leur campagne avec fraîcheur et jeunesse. Néanmoins, cela n’empêche pas Asia et Caro d’élever leurs idées avec conviction. Bienveillantes et confiantes, elles sont l’âme de la campagne Yes I React, leur “bébé”.

Asia i Caro

Au quotidien, Joanna Jerzak et Carolina Sadowska portent les petits noms d’Asia et Caro. Asia est étudiante en deuxième année au Centre d’Etudes Américaines de l’Université de Varsovie. Caro est diplômée de l’Académie de la Photographie de Varsovie et étudie à présent le Management à l’Université de Koźmiński. Leur optimisme et leur détermination, mais aussi certaines passions comme l’apprentissage des langues étrangères, les rapprochent.

Toutes les illustrations sont réalisées par Kuba Parfiniewicz, ami de longue date d’Asia qui a décidé de les épauler dans leur projet.

Ensemble, elles ont créé en octobre dernier Yes I React. Cette campagne de sensibilisation cherche à lutter contre l’inertie des Polonais·es face aux situations de violences (physiques ou morales) dans l’espace public. Elles se confiaient dans le média Szajn en début d’année :

Depuis longtemps, nous lisions les différents articles de nos ami·es dans lesquels iels décrivaient leurs histoires, racontaient comment iels avaient été harcelé·es ou agressé·es dans des lieux publics. […] Les événements malheureux de nos ami·es nous ont motivé à créer quelque chose pour la société. Nous sommes consternées par le fait qu’aujourd’hui les personnes soient si indifférentes à ce qui se passe autour d’elles.

Un post Facebook. Un homme. 40 femmes.

L’histoire de Yes I React naît avec ce message que Caro poste, 7 mois auparavant, sur un groupe Facebook où circulent environ 10 000 femmes :

Je sais que nombreuses d’entre vous ont eu des problèmes avec un seul et même homme dans les rues de Varsovie, et si nous réagissions ?

Cet homme dont personne ne connaît l’identité, et encore moins Asia et Caro, sévit dans les rues de Varsovie en poursuivant des femmes depuis quelque temps. Il est ennuyeux pour ces dernières mais surtout dangereux. Face à cette situation la police ne fait strictement rien, au grand désarroi des victimes. Alors pour elles, les filles décident de réagir.

Suite à son message, une déferlante de témoignages s’abat sur Caro. 40 femmes lui racontent leurs mésaventures respectives avec cet homme. Un seul homme.

Certes, 40 femmes qui m’écrivent et réagissent à mon message, mais elles sont peut-être des centaines voire des milliers à avoir eu ce problème !

Dès lors, Asia et Caro discuteront avec chaque femme avant de lancer leur campagne, seules. À cette époque, personne ne voit le potentiel et la nécessité de Yes I React.

« Imagine que tu es assises à une station de bus … »


Imagine que tu es assise à une station de bus et là, une personne ne se sent pas bien. Ou encore, des personnes en harcèlent une autre. Peu importe, mais quelque chose se produit sous tes yeux. Autour de toi, de nombreuses personnes observent la scène. Et évidemment, aucune ne réagit.

Caro est exténuée quand elle prononce ses mots. « Voici une situation si typique en Pologne. » Une colère triste enflamme les yeux d’Asia.

Entre individualité et muétisme, jamais personne ne réagit dans l’espace public ou ne se déplace pour poser la précieuse question « Tout va bien ? » Par contre, celle-ci se pose toujours « Pourquoi serait-ce à moi de réagir ? » Ritournelle dégressive. Finalement, la situation est plus alléchante derrières les caméras des smartphones, ça va sans dire. Encore plus, si celle-ci est violente.

Puis, Asia ajoute « Sous prétexte que les Polonais·es mal en point dans les lieux publics sont alcoolisé·es ou drogué·es, personne ne réagit. L’alcool et la drogue ont bon dos. » Et Caro finalise :

On devrait juste s’assurer que tout va bien à chaque fois sans forcément se sentir obligé·e d’appeler la police, évidemment.

Tik Tak [“oui” en Polonais], réagissons.

Un problème de désinformation.

Selon Asia et Caro, beaucoup de gens ne sont pas conscients du problème du harcèlement. Les victimes et les témoins ne savent pas toujours comment réagir de manière adéquate à une situation donnée. Alors, elles tentent de définir le harcèlement.

Si quelqu’un·e viole votre zone intime, vous trouble, vous surveille ou encore, vous pouvez sentir une menace claire de la part de cette personne et, malgré le refus clair, cela ne cesse pas, c’est du harcèlement.

Une des définitions de Yes I React, toutes ces définitions sont formulées par Asia et Caro.

Le but principal de Yes I React est de sensibiliser les Polonais·es et de les informer. De lutter contre les situations violentes, sans différence de sexe et d’appartenance (religieuse ou ethnique) pour les victimes. Ainsi, Asia et Caro ne considèrent pas leur campagne comme féministe puisque selon elles, elle doit aller au-delà du harcèlement sexuel et des violences faites aux femmes en traitant tous les phénomènes violents présents dans la sphère publique.

Tout d’abord, il s’agit de surmonter l’insensibilité et le manque de réaction face à des situations dangereuses ou difficiles dans la rue.

Pour ce faire, Asia et Caro souhaitent donner des clefs, faites maison, et réaliser des ateliers afin d’aider les Polonais·es à prendre conscience du problème.

Réveiller l’empathie

Le projet Yes I React cherche à réveiller l’empathie humaine qui sommeille en nous. À arrêter d’être indifférent·e face au monde qui nous entoure. Telles des lanceuses d’alerte, les filles aimeraient simplement réagir face à un problème commun en Pologne, mais aussi au travers du globe. En polonais, pour parler de ce problème elles utilisent le mot znieczulica qui signifie manque de cœur.

Parallèlement au monde technologique en évolution, notre anonymat, notre passivité et notre insensibilité progressent.

Cessons d’être prisonniers et prisonnières de nous-même.

Vous pouvez retrouver la campagne Yes I react sur les réseaux sociaux.
Instagram : @yesireact
Facebook : @yesireact



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