Le sort des écoles maternelles en France : de la sorcellerie à la Blanquer

Parmi les craintes que projet de loi sur l’école de la confiance, porté par Jean-Michel Blanquer suscitent, la question de l’avenir menacé de l’école maternelle reste au cœur des préoccupations pour certains syndicats, enseignants et parents d’élèves.

« L’école maternelle est menacée : il y aurait des jardins d’enfants pour accueillir les moins de 6 ans pendant deux ans… sans enseignant » . Voici ce qu’on peut lire sur des tracts d’opposition aux réformes de ce cher Monsieur Blanquer. Or, ce dernier qualifie de « bobard » cette rumeur évoquant la potentielle disparition de l’école maternelle, d’après ses propos lors d’une séance à l’Assemblée Nationale. Selon lui, il s’agirait plutôt, au contraire, d’un renforcement de l’école maternelle. En tout cas, il est assez troublant de remarquer un aussi grand écart (hé oui, politique et gymnastique sont intimement liés par l’agilité requise) entre les points de vue, jusqu’à se contredire…

L’école maternelle, pour se familiariser avec l’éducation

Avant d’approfondir le sujet, il ne faut pas oublier que l’école maternelle, en tant que telle, est considérée comme la porte d’entrée pour une scolarisation idéalement accessible pour tous, quels que soient la classe sociale ou d’autres facteurs pouvant être discriminants. Plus globalement, elle représente le socle de l’architecture du système éducatif français. Alors, comment imaginer, interpréter et justifier les futures mutations qui pourraient toucher l’école maternelle (sous-entendue, publique) ?

Sur les bancs de l’école dès 3 ans

Revenons au projet de loi sur « l’école de la confiance ». Ouvrons l’article 2 du projet de loi. Il rendrait l’instruction obligatoire dès l’âge de 3 ans (contre 6 ans actuellement), et ce, à partir du 1er septembre 2019. Ainsi, 26 000 enfants en plus seraient amenés à entrer à l’école, qu’ils ne fréquentaient pas auparavant pour diverses raisons. Or, le taux de scolarisation à partir de 3 ans s’élève déjà à 97,5%, malgré des disparités (notamment dans les DROM et la région d’Ile de France).

Le privé favorisé ?

Résultat logique, l’abaissement de l’âge de scolarisation obligatoire va engendrer des nouvelles dépenses pour les communes, entre 50 et 150 millions par an. Il est à préciser que ces dépenses pourront aussi être attribuées aux écoles maternelles privées sous contrat. L’État prévoit alors une compensation financière pour les communes qui, avant, ne prenaient pas en charge ces coûts, ce qui représente seulement un tiers des communes. Mais plusieurs maires s’inquiètent en pensant à l’inutilité d’accorder des fonds aux structures scolaires privées dans l’hypothèse où elles n’accueilleraient pas d’élèves supplémentaires.

L’avenir de la maternelle, menacé à long terme ?

Par ailleurs, une autre conséquence du projet de loi serait que les jardins d’enfants se retrouveraient… sans enfant (là, vous me direz : “Et alors ? Il reste les jardins !”). C’est à ce moment là qu’entre en jeu l’article 4 bis, qui introduit un délais de 2 ans pour que ces structures fassent preuve de congruence en transformant leurs services en fonction des besoins. Pendant ce laps de temps, l’intégration d’un jardin d’enfants, même pour un enfant de 6 ans, serait considérée comme respectant l’obligation de scolarisation dès 3 ans. Or, le syndicat FO, à l’origine des premiers communiqués, craint pour l’avenir à long terme de l’école maternelle : « L’article parle de période provisoire mais c’est une brèche énorme qui est ouverte ». Il estime que cet article acte une pérennisation, car, s’il s’agissait vraiment d’une situation transitoire, seulement un décret aurait pu être établi après la loi.

Alors, réel problème d’interprétation de la part des opposants au projet de loi ? ou tout simplement embobinage et sublimation politique ? Affaire à suivre…

Julia, rédactrice en cheffe papier

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