Ma vie avec John F. Donovan, captivant berceau d’illusions incertaines

Avec ce long-métrage, Xavier Dolan renouvelle son cinéma avec des acteurs connus du grand public et met au défi ses fidèles de reconnaître parmi toute cette grandeur ses éléments signature.

Son nouveau bijou cinématographique surprend et semble marquer une rupture avec ses anciennes réalisations. On se souvient jadis de ses odes continuelles à son Québec et à Anne Dorval, où le kitsch régnait en chef d’orchestre. Ici, Dolan adopte des allures hollywoodiennes par le choix des acteurs, américains et prestigieux, faisant figures de grandeur nouvelle. Le film vibre ainsi d’une aura romanesque, extraordinaire et décomplexée, contrastant avec les habitudes du cinéaste.

L’art de mettre des petits bouts de soi au sein de ce que l’on crée

L’histoire a pour sujet une mystérieuse correspondance entre un petit garçon et son idole, une vedette de cinéma. Elle semble se rattacher à un fantasme juvénile presque universel, celui d’échanger avec ces êtres fascinants que sont les acteurs, membres d’un autre monde. En mettant en scène cette intrigue, Dolan se souvient lui même de ses lettres envoyées à Leonardo DiCaprio étant enfant, restées sans réponses. Il semble alors utiliser sa création comme un moyen de transposer au réel des rêves déchus et inatteignables, dorénavant possibles.

Ma vie avec John F. Donovan semble posséder des origines très personnelles et parfois autobiographiques, en grande partie concernant cet enfant hystérique face aux séries télévisées que fut un jour le réalisateur. La scène où le jeune garçon, joué par Rupert Turner, énonce son désir de jouer un jour avec son idole peut également faire penser à ce que Xavier Dolan effectue lui-même avec son film, en faisant jouer des stars mondiales.

Le personnage de John F. Donovan, incarné par Kit Harington, nous est dépeint comme une célébrité tiraillée entre sa réelle nature et le désir de correspondre aux standards de l’industrie cinématographique. Le protagoniste cache de cette manière son homosexualité au monde en se mettant en scène avec une femme, continuant de jouer un rôle de façon permanente au-delà de son travail. Dolan, homosexuel lui aussi, affirme avoir voulu dénoncer cette homophobie sous- jacente propre à cette industrie, encore d’actualité aujourd’hui. John F. Donovan a ainsi parfois l’air d’incarner un double du cinéaste, vivant l’existence que ce dernier aurait vécu s’il n’avait pas fait le choix de se montrer au monde sous son vrai visage.

Feindre l’inconnu afin de mieux apprécier l’habituel

Malgré l’aspect « grosse production » du film, la mise en scène de certaines relations ne manque pas à nous rappeler les anciennes réalisations de Xavier Dolan. Les rapports entre mères et fils sont alors de nouveau au coeur de l’histoire, nous faisant parvenir l’habituelle complexité émotionnelle dont sont pourvues ces dernières. Ma vie avec John F. Donovan se trouve effectivement rythmé par ces liens dont découlent simultanément colères, incompréhensions et tendresses. Portés par Natalie Portman et Susan Sarandon, ces portraits de femme traduisent une confusion, une souffrance liée à la solitude, à l’isolement constant dont elles se trouvent victimes. Véritable thème de prédilection de son cinéma, le réalisateur nous souffle ainsi à l’oreille que son fond créateur demeure le même, et que sa forme ne fait qu’évoluer au gré des vagues.

Des étincelles stylistiques propres à ses long-métrages nous surgissent ainsi de part et d’autres du film, comme des madeleines de Proust déguisées. Les styles vestimentaires ringards, les gros plans sur les visages ou encore les scènes de ralentis nous parviennent telles des parfums de nostalgie, venant attendrir notre visionnage. Le choix des musiques reste aussi un grand symbole de la pâte du réalisateur, qui nous fait parvenir aux oreilles d’une manière toujours osée et décomplexée des titres d’Adele ou de The Verve. C’est alors qu’on se surprend à apprécier ces mélodies d’une façon nouvelle, portés par la symphonie que ces dernières exercent avec les images.

Risquer de se perdre dans la grandeur

Néanmoins, Ma vie avec John F. Donovan comporte des faiblesses, mettant en lumière les incertitudes que procure chez Dolan une telle production. Malgré son rythme accrocheur, certaines scènes peuvent se montrer répétitives, artificielles et confuses. Cela s’explique par les difficultés de montage que procura la réalisation du film, durant quatre heures au premier essai. Effectuer certains choix délicats s’imposa donc à Xavier Dolan, dont le fait d’enlever la célèbre actrice Jessica Chastain au montage. Mais on ne peut reprocher au réalisateur de feindre l’effort, car décider de présenter quelque chose de juste à quelque chose de vendeur est au final marque de noblesse d’esprit.

Certaines scènes peuvent également apparaitre comme frôlant le ridicule et baignant dans un cliché réducteur. On pense par exemple à la scène de la leçon de vie donnée à John F. Donovan par un vieil homme dans les cuisines d’un restaurant. Cette dernière nous fait osciller entre une vision grotesque et une volonté du réalisateur de s’ancrer au sein de ce cinéma américain, avec ses codes et ses personnages. Mais on peut se demander si le cinéaste ne se perd pas à certains moments, s’il ne s’éloigne pas trop de ce qu’il connait, de ce à quoi il correspond.

Se lancer dans des genres artistiques nouveaux comporte des risques, et même si des défauts perdurent dans Ma vie avec John F. Donovan, le cinéma de Xavier Dolan est aussi caractérisé par ces imperfections, toujours teintées d’une prépondérante sensibilité.

À la recherche de la vérité

La profondeur qu’il dote à ses personnages est un point fort du film, avec la dimension de mystère, de réflexion laissée au spectateur quant à leur nature. Par leur caractère nuancé et difficile à saisir, certains éléments narratifs sont ainsi laissés obscurs au public. Son cinéma, comme toujours, teinte notre regard d’incertitude et dote notre esprit de questionnements. On peut alors se trouver dépourvu, en quête d’éclaircissement ou en situation de frustration à sa sortie. Mais cette volonté de laisser vivre le film au delà du générique, permettant de démêler du rêve le réel de manière personnelle et subjective n’est-elle pas justement son intérêt premier ?

On se rappelle les fins des productions du réalisateur, comme dans Juste la fin du monde, où le destin des personnages est constamment suggéré et jamais décrit de manière explicite. C’est finalement peut être dans cela que demeure la profondeur des films de Xavier Dolan. Dans cette capacité qu’il a de laisser trotter dans la tête des spectateurs ses histoires, de ramener à eux les éléments familiers à leurs existence et à comprendre les lointains.

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