Congo : le Mouvement International de la Réconciliation pour un engagement au-delà des frontières

Un voyage en République du Congo montre parfois qu’il est nécessaire de s’engager partout où l’on se trouve. C’est du moins ce que confirme Florian Nakoundila par son engagement en tant que Président du groupe local du M.I.R de Brazzaville.

Je m’appelle Rozenn, j’ai 20 ans et j’étudie la Conduite de projets solidaires. Il y a quelques années, j’ai pris conscience de mon insignifiance au sein d’un monde vaste et complexe. Seulement, bien qu’insignifiante, chaque présence sur Terre est chargée d’une fonction à accomplir, d’un rôle à incarner ou à inventer, d’une direction à suivre ou à tracer. C’est au Congo, que j’ai choisi de marcher sur cette voie de l’engagement au service de l’Autre.

Le Congo et la France

Colonisée par la France jusqu’en 1960, la République du Congo (aussi appelée Congo-Brazzaville) réunit aujourd’hui presque 5 millions d’habitants appartenant à divers groupes comme les Kongos, les Tékés ou encore les Ngalas. Ici, on parle aussi bien le Lingala, que le Français et le Kituba.

Grâce à ses montagnes, sa zone côtière, ses savanes, ses forêts et ses vastes plaines, le pays bénéficie d’une grande diversité naturelle. Hélas, la majorité de ses terres arables demeurent accaparée par des investisseurs étrangers.

Le pays, victime de ses richesses, reste pluriel et complexe. Son histoire se mêle presque fatalement à celle de mon cher pays : la France.

Brazzaville, le lundi 25 Février 2019

La petite angevine que je suis rêvait depuis bien longtemps et sans trop savoir pourquoi, d’y poser son sac à dos le temps de quelques mois. Il est 19h25 et après 8 heures de vol, me voilà enfin sur ce fameux continent africain !

L’engagement n’a de sens que lorsqu’il est permanent et illimité. Je rejoins le Mouvement International de la Réconciliation qui a notamment ouvert une école d’éducation à la paix à Brazzaville pour un stage de 2 mois.

Le Mouvement International de la Réconciliation (M.I.R), rencontre avec Florian Nakoundila –  Président du groupe local du M.I.R à Brazzaville

Florian est né et a grandi à Brazzaville. Entre vie professionnelle et vie de famille, son militantisme au sein du mouvement lui permet de s’impliquer concrètement au service de la non-violence. Cette cause, il la considère comme « essentielle à la vie citoyenne ».

Noctambule : Peux-tu décrire ce qu’est le M.I.R ?

Florian : Le Mouvement International de la Réconciliation, est une association à vocation œcuménique et interreligieuse, qui existe depuis 1914. Elle œuvre activement pour la non-violence, la réconciliation, la justice et la paix. Aujourd’hui, nous sommes présents dans plus de 50 pays et sur tous les continents ! Au Congo-Brazzaville, le mouvement est représenté à travers 9 groupes locaux depuis 2004.

N : Quelles sont vos missions locales et internationales ?

F : Le M.I.R et ses membres partagent la conviction que la non-violence active a le pouvoir de rétablir la justice, qu’elle soit sociale, économique ou politique. Concrètement, nous intervenons dans les écoles afin de réguler des situations de conflits, nous participons à des rassemblements, nous organisons des formations à la médiation, à la résolution de conflits, aux pratiques non-violentes… Nous tentons également de développer des structures sociales, économiques et politiques ayant pour objectif de défendre les droits de l’Homme et la justice.

N : A ce propos, le M.I.R a ouvert son école d’éducation à la paix à Brazzaville en octobre 2018, suite au succès d’une première école de ce type à Pointe-Noire. Quels sont les objectifs de ces écoles ? En quoi se démarquent-elles des autres ?

F : Nous partions du principe que nous sommes tous appelés à vivre et à faire ensemble, en fondant notre relation sur la liberté et la fraternité. Pourtant, à l’instant où je parle, notre monde est détruit par les guerres, les divisions, et les atteintes à la dignité humaine. Au M.I.R, nous sommes convaincus que la non-violence et la paix sont les fruits d’un long apprentissage. Notre école a cette spécificité d’allier un enseignement de qualité à une éducation aux pratiques non-violentes. Nos enseignants y sont d’ailleurs formés, et nous avons pour projet futur d’approfondir leur formation à la non-violence.

N : Que représentent la paix et la non-violence pour toi, et quels rôles peuvent-y jouer les religions ?

F : La paix et la non-violence sont bien plus que des valeurs. Elles composent un mode de vie qui suppose que nous devons vivre comme des frères. Au sein de cette fraternité mutuelle, les religions détiennent un rôle essentiel car l’homme est créé à l’image de Dieu et de ce fait, mérite un respect absolu. S’il y a bien un point où se retrouvent toutes les religions, c’est la considération, le respect et l’amour de son prochain. D’ailleurs, c’est en partie dans l’Evangile que notre mouvement puise sa force.

N : Récemment, j’ai découvert cette phrase de Gandhi : « Là où il n’y a le choix qu’entre lâcheté et violence, je conseillerais la violence ». Tu sais, lorsque j’échange avec d’autres jeunes en France, je me rends compte que beaucoup d’entre nous, moi comprise, avons perdu confiance en cette forme de résistance dite « pacifiste ». Que réponds-tu aux sceptiques de la lutte non-violente ?

F : Je crois que le dilemme ne se situe pas entre non-violence et violence, mais entre non-violence et passivité. Et effectivement, après le temps de la non-violence, bien trop souvent victime de répression, vient légitimement celui de la violence. Mais je pense profondément que la résistance non-violente demeure jusqu’à aujourd’hui l’unique moyen pouvant nous conduire vers une société plus juste, harmonieuse et où les hommes pourront vivre dans la paix, comme des frères encore une fois.

N: Mais si l’on prend un exemple très actuel comme l’urgence climatique largement engendrée par la toute-puissance du capitalisme, penses-tu que la non-violence demeure l’une des clés de réussite face à cet enjeu d’ordre mondial ?

F : Construire la paix, c’est bâtir des sociétés où règnent la justice sociale, climatique et économique, le respect des droits humains et de leurs différences, la démocratie pour tous, la solidarité internationale… Comment atteindre cela en ayant recours à la violence ? Est-ce vraiment censé de préparer la guerre pour obtenir la paix ? Je suis de ceux qui pensent que la non-violence demeure l’une des clés de réussite du nouvel ordre mondial.

N : A tes yeux, que représente l’engagement, et pour quelles raisons as-tu choisi de t’engager ? Est-ce en tant qu’être humain ? Citoyen ? Chrétien ?

F : Mon engagement est citoyen et trouve source dans ma foi chrétienne. En recevant le baptême, j’ai accepté de vivre les commandements de Dieu. Et notamment « Tu aimeras ton prochain comme toi-même ».

Une réflexion sur “Congo : le Mouvement International de la Réconciliation pour un engagement au-delà des frontières

  1. Merci pour ce témoignage éveilleur d’Esperance si précieuse pour ne pas se laisser contaminer par l’esprit négatif. Bravo et Merci merci

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