Gastro, ecsta : même combat !

Des pestiféré·e·s, des parasites sociaux. Des maillons rouillés de la chaîne. Des moins que rien, même pas capable de tenir trois jours sans leur came. Putain, vraiment ils servent à rien ces gens moi j’vous l’dis : un coup de pied au cul, un petit tour à l’armée, et on verra s’ils sont toujours toxicos. Merci Gégé pour ta contribution. Maintenant, si vous êtes prêts, on va passer aux choses sérieuses.

Tout le monde a un avis sur la drogue. Et sur les drogué·e·s. Curieusement, celleux qui n’en ont jamais pris sont parfois les plus éloquent·e·s sur le sujet. Mais pas les plus bienveillant·e·s. De leur point de vue, la drogue est encore quelque chose d’inutile, superflu, tandis que pour les gens qu’ils jugent, elle est devenue essentielle, nécessaire. C’est là tout le principe d’addiction, et de toxicomanie.

Laissez les toxicos tranquille

Faisons un cas pratique. Allumer ce joint à 14 heures n’est pas la meilleure décision que je pourrais prendre. Pour autant si je suis dans un pays qui préfère que j’en parle à la police, plutôt qu’à un médecin, est-ce de ma faute si je ne guéris pas ? C’est ce décalage qui se retrouve partout en France, également au sein de la médecine, qui a encore beaucoup à faire sur ce sujet. On ne peut pas reprocher aux toxicomanes de l’être. Une personne souffrant d’addiction a ses propres problèmes, et si vous n’êtes pas là pour l’aider, foutez-lui la paix. Cela paraît évident, voire superflu, mais sachez que ça ne l’est pas.

Si vous ne faites pas partie des gens qui adorent se rassurer en contemplant le malheur des autres, félicitations. Mais tout·e toxicomane sait que certaines personnes les utiliseront pour se rassurer d’être bien dans leurs pompes. D’autres tâcheront d’être le bon samaritain de la situation, tout en culpabilisant les malades sur leur situation.

S’ils sont handicapants, et incroyablement agaçants, ce n’est pas le jugement des individus que nous allons analyser aujourd’hui, mais notre traitement de la drogue, des drogué·e·s, et des connotations sociales associées à ces mots.

Parlons plutôt de comment ce pays fait face aux drogues, en étant le plus gros consommateur de cannabis en Europe. Parlons aussi des infrastructures inefficaces à l’heure de l’explosion de la MDMA, un dérivé de l’ecstasy qui a été ingéré par 5% du pays en 2014, contre 0.3% en 2010. Voyons comment la société entière ne permet pas aux personnes victimes d’addiction de s’en sortir, les condamnant une deuxième fois. L’addiction coûte déjà de l’argent, du temps et de l’énergie. Pas besoin d’en rajouter une couche.

À l’origine, la toxicophobie est le fait d’avoir peur des poisons, d’en ingérer ou même d’en faire ingérer à d’autres accidentellement. Aujourd’hui, il désigne le sentiment négatif que ressent une personne vis à vis des toxicomanies et, de fait, des toxicomanes.

Paris Lutte Info – Toxicophobie mon amour

La France possède un budget annuel de 500 millions d’euros, pour lutter contre le trafic du cannabis. C’est une drogue qui s’est banalisée à travers l’Europe où on atteint presque les 80 millions de consommateurs·trices. La France reste le pays en consommant le plus en Europe. Près de 41% des 15-64 ans ont tenté l’expérience et environ 1,5% de la population en consomme régulièrement. Ce budget, qui représente environ 1 % du PIB du pays, est surévalué depuis plusieurs quinquennats, tout ça pour réprimer une seule des dizaines de drogues qui tournent. Selon certain·e·s c’est avant tout la présence de drogues qui cause des problèmes à l’économie française. Mais pas le fait qu’on traite les consommateurs, et consommatrices de drogues comme des pestiféré·e·s ?

On le connait mal, l’enjeu social

N’oublions pas l’enjeu social de la dépénalisation d’une drogue douce comme le cannabis. Elle permettrait à des gens aujourd’hui dans l’illégalité, d’être de banals entrepreneurs demain. La promesse d’Emmanuel Macron et son absence de concrétisation, est une déclaration en soi. Lui, et son gouvernement n’a pas pour priorité de sortir ces gens de l’illégalité et de l’anonymat. Le Portugal a décriminalisé la consommation de toutes les drogues. Aussi surprenant que ce soit pour les plus réactionnaires, la consommation de drogue tend à baisser lorsqu’on cesse de considérer les populations qui consomment comme des délinquant·e·s.

Pourquoi considérer que tout ce qui est en rapport avec la drogue est sale ? On considère que l’usage régulier d’une substance rend quelqu’un faible. On considère que la parole d’un·e toxicomane est illégitime. On nous imagine hors de la politique. On déshumanise des gens qui souffrent, en les excluant encore plus. Pourquoi choisissons-nous d’isoler des gens pour qui nous ne développons rien ?

Horizon ? En prison !

Qu’avons nous à proposer aux consommateurs·trices de drogues ? Une place en prison. Même si elle reste théorique, voilà l’horizon proposé. Éventuellement une nouvelle pénalisation économique, proposée par les sénateurs·trices en mars 2018 permettant d’infliger une amende allant entre 200 et 600€ à tout consommateur·trice de drogues. Pour rappel, la toxicomanie c’est aussi être capable de se mettre dans des situations financières délicates par moment. Pas sûr qu’appauvrir des gens qui le sont déjà, aide à faire chuter la consommation de drogue en France.

Une campagne d’affichage gouvernementale en 1987. Aujourd’hui, la drogue est devenue taboue

Vous croyez que j’exagère ? Que j’extrapole ? Alors pourquoi malgré la flambée de la consommation de drogues en France, personne n’ose se revendiquer toxicomane ? En connaissez-vous ? Je ne pense pas que ce soit une fierté, mais je suis certain que ce n’est pas une tare, que ce n’est pas irrémédiable.

Une nouvelle organisation de la santé en France doit être amenée. Trop d’instances se partagent la lutte. Elle devient inefficace. Une La population doit changer de regard sur les gens qui consomment de la drogue. Ce ne sont pas des déchets sociaux, comme on l’entend trop souvent. Ce sont, nous sommes, des personnes malades. Nous avons besoin de soins, avant de pouvoir envisager de supprimer l’addiction de nos vies. Avez-vous déjà demandé à quelqu’un en train de vomir « Oh mais tu pourrais pas mettre ta gastro-entérite de côté deux minutes ? » ? Probablement pas non. Alors ça va être très simple. Sachez juste que la toxicomanie est une maladie, comme toutes celles que vous avez pu voir, contracter jusque là. Alors, avec moi : Gastro, ecsta, même combat !

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