Haïti : le calme pour qui ?

Selon les médias internationaux et locaux, une accalmie est en cours à Haïti. Des manifestations, et leur répression, ont déjà coûté la vie à 7 personnes. La population s’est rendue compte que les promesses populistes réalisées par l’actuel président sont intenables. Les manifestants réclament donc sa démission, ce que l’exécutif a bien entendu formellement écarté.

Cette semaine, les institutions rouvrent : écoles, bureaux de postes, universités, banques. En façade, tout va bien. Seulement, le fait que ces institutions soient privées fait que la population n’est qu’à moitié atteinte par la nouvelle. La moitié du pays a moins de 25 ans. Les jeunes sont massivement présents dans les manifestations de rue, mais aussi sur les réseaux sociaux pour réclamer la démission de Jovenel Moïse, président de la République d’Haïti.

Le prix de la vie est extrêmement élevé pour le pays où 60 % de la population vit sous le seuil de pauvreté (2$ par habitant par jour). Le 16 février, l’annonce de mesures économiques par le Premier Ministre a semblé calmer un peu les ardeurs des personnes mobilisées. Pourtant, cela fait bien longtemps qu’Haïti reçoit des aides de la part d’autres pays.

Complaisance dans les journaux

Pour preuve, 90 % des revenus de l’État provient de sources extérieures. Les aides internationales ne sont pas utilisées à bon escient, où parfois ne correspondent pas aux besoin réels de la population – comme à Madagascar par exemple. Le soutien de la diaspora est pourtant extrêmement important. Le pays connaît un flux d’émigration important. Selon la Banque Mondiale, en 2017, le pays a perdu 175 000 habitants haïtiens à cause des migrations.

En France, le traitement médiatique reste faible au vu de l’ampleur des événements. Des manifestations ont duré plusieurs jours, occasionnant des pillages. Est survenue également, l’arrestation d’une bande de mercenaires alors en possession d’armes et de matériel de surveillance militaire.

Franceinfo a malgré tout publié un article sur les ressortissants Haïtiens de Guyane, qui condamneraient les manifestations violentes de leurs homologues, les pillages et les débordements. L’article avoir pour vocation de jeter indirectement l’opprobre sur les manifestants. Leur reprochant à demi-mot la situation tendue qui règne, l’avis des ressortissants Haïtiens est utilisé pour décrédibiliser la parole de leurs homologues.

Il peut sembler déplacé de pointer les pillages comme entravant l’économie, alors qu’on estime à 2 milliards, l’argent du fond d’investissements Petro Caribe, qui ont été au mieux « mal gérés », voire même détournés par le gouvernement haïtien, et leurs prédécesseurs. La Cour des Comptes a récemment pointé la dilapidation de certains capitaux dans des transactions douteuses avec des entreprises. Deux d’entre elles ont même appartenu à l’actuel président, suspecté de corruption par une partie importante de la population.

Le calme est revenu, mais un sac de riz vaut toujours trois galons d’essence. Alors, le calme pour qui ? Haïti a perdu un de ses poumons économiques, en étant rayée de la carte touristique. Elle pourrait mettre des années à se relever de cette crise humanitaire… ou ne jamais s’en relever.

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