Diptyque : Avoir un emploi et subvenir à ses besoins

Le handicap est l’une des premières causes de discrimination en France. Notamment dans le domaine de l’emploi. Travailler et subvenir à ses besoins peut donc s’avérer compliqué pour les personnes en situation de handicap. Aujourd’hui elles sont 512 000 au chômage, soit 100 000 de plus qu’il y a 4 ans.

Les conséquences directes d’une mauvaise formation 

Les personnes en situation de handicap se dirigent – où sont généralement dirigés – vers des métiers non ou peu qualifiés. Et pour cause : elles sont en moyenne moins bien diplômées. C’est l’une des conséquences directes liées aux problèmes d’éducation. Nous vous en parlions dans l’article précédent.

En effet, il n’est pas facile d’obtenir un haut niveau d’étude lorsque les conditions d’apprentissage et de vie en milieu scolaire sont loin d’être idéales. D’autant plus que ces dernières se dégradent dans les études supérieures. Bien souvent l’enfant ne choisit pas la formation qu’il va poursuivre. Cela pose un premier frein puisqu’il n’est pas aisé de poursuivre et réussir dans un domaine imposé. Le second est que certains enfants se retrouvent face à une discrimination. Certains formateurs découragent à continuer et à chercher à être diplômés.

Ces futurs travailleurs n’ont pas toujours connaissance de toutes les formations et possibilités qui leurs sont offertes. Le manque de qualité de formation et d’information combiné à la discrimination à l’embauche ont pour conséquence une période de chômage de plus longue durée pour les personnes en situation de handicap. 

Les personnes en situation de handicap ne travaillent pas

Nous avons tapé « métier et handicap » sur google. Étrangement, c’est avant tout les métiers aux services du handicap qui sortent et non comment appréhende-t-on ce domaine lorsqu’on présente un handicap. Un exemple qui illustre bien un stéréotype fréquent : les personnes en situation de handicap ne travaillent pas. Les causes et conséquences de ce préjugé s’imbriquent et se nourrissent. 

Cette croyance est notamment dû à l’association du handicap physique au handicap mental. Or, ne pas pouvoir marcher ou être aveugle n’empêche pas de réfléchir correctement et donc d’accéder aux emplois demandant un haut niveau de connaissance. Cette sous-estimation des capacités intellectuelles est souvent couplé à une sous-estimation des aptitudes physiques. Vivre au quotidien avec un handicap oblige à pallier ce manque et trouver des solutions. Sans compter l’existence de postes qui restent très adaptés. Cette fausse image est dû à un manque de connaissance du handicap.

Ce manque de connaissance est lui-même alimenté par un manque de représentation. Le handicap reste trop peu commun et notamment dans le domaine de l’emploi. Les conséquences de ce préjugé est que premièrement certaines personnes intègre ce message; créant ainsi des formateurs discriminant et des personnes qui s’auto-censurent. Deuxièmement, il accentue et alimente la discrimination lors de l’embauche. 

discrimination à l’embauche 

Malgré les tentatives du droit français et notamment de la loi du 11 février 2005 d’éradiquer la discrimination à l’embauche, cette dernière reste très présente. La première raison étant qu’une personnes en situation de handicap peut avoir besoin d’aménagements. Ces derniers ne sont pas forcément faciles à mettre en place.

Il ne faut pas non plus nier la fatigue et la vulnérabilité que peuvent apporter le handicap. Ceux-ci obligeant parfois de ne travailler qu’à mi-temps, d’avoir des pauses régulières ou un rythme de travail plus calme. Les employeurs préfèrent payer une amende plutôt que d’accueillir des salariés handicapés.

En effet nous rappelons qu’il est obligatoire qu’au moins 6% de l’effectif des travailleurs soit en situation de handicap dès lors que l’entreprise comporte plus de 20 employés. La discrimination est accentuée par le manque de connaissances quant aux mesures existantes pour permettre de faciliter et de soutenir l’entreprise. Il existe en effet des Contrat Unique d’Insertion (CUI) qui offre une formation et une aide financière directement à l’employeur afin d’accompagner le salarié. Ce manque d’information se fait ressentir des deux côtés puisque peu de personnes en situation de handicap connaissent toutes les aides et droits auxquels ils ont accès. Nous pouvons également souligner un manque de communication et de liaison formation – travail important puisque nous n’avons vu mentions de ces formations à aucuns moments lorsque nous avons travailler sur l’article “se construire un avenir”.

Comment vivre sans métier ?

Lorsque le handicap est trop lourd, il est alors possible de percevoir une l’Allocation aux Adultes Handicapés (AAH). Pour cela il faut être âgé de plus de 20 ans et présenter un taux d’incapacité supérieur ou égal à 80 %; ou compris entre 50 et 79 % mais il faut avoir moins de 60 ans et souffrir d’une restriction substantielle et durable. Cette aide mensuelle est calculée en fonction des autres possibles sources de revenus et peut atteindre un maximum de 860 euros. Somme suffisante pour certains, mais insuffisante pour d’autre. Malgré une augmentation de 50 euros prévu pour le 1er novembre 2019, certaines personnes en situation de handicap restent et resteront en situation de précarité.L’AHH demande à être révisée tout les trimestres.

Cela permet une meilleure adaptation aux changements qui peuvent survenir dans une vie, elle ajoute un poids aux tâches administratives déjà (trop) pesantes pour les personnes en situation de handicap. En plus de cela, il est demandé de prouver régulièrement que le handicap ne s’est pas amélioré et que les individus sont toujours éligibles à la perception de cette aide. Cette demande peut s’avérer aberrante surtout concernant les maladies dégénératives. Ainsi le comité interministriel s’est engagé le 24 décembre 2018 à rendre possible l’attribution des droits à vie à l’AAH. 

Malgré le fait que les personnes ne pouvant pas avoir accès à ce type d’aide sont celles avec les handicaps les plus léger cela ne facilite pas forcément leur embauche. Elles se retrouvent donc face à une discrimination plus forte, et d’autant plus problématique. Ne pas pouvoir travailler et avoir recours à des services tels que l’AHH peut s’avérer être difficile psychologiquement. Surtout lorsque c’est perçu comme une perte d’autonomie.

Des conséquences psychologiques

Trouver un emploi et subvenir à ses besoins sont deux choses différentes. Notamment parce que comme nous l’avons vu il est possible (dans une moindre mesure) de subvenir à ses besoins; mais aussi parce qu’avoir un emploi participe au bien-être psychologique. Bien qu’il puisse être vu comme un freins, il permet de structurer la journée et donne aux individus une raison de se lever.

Et ce malgré que certains y voit comme intérêt premier l’argent. L’être humain est fondamentalement social ; il a besoin de se sentir utile et intégré ( deux autres bénéfices de l’emploi ). Premièrement parce qu’il permet des échanges sociaux. Ces derniers sont crées soit par le métier en lui-même : par exemple les métiers de la vente. Sinon ils sont créés par le fait d’avoir des collègues, des relations de travail. Chacun en travaillant participe – plus ou moins directement – à faire “fonctionner” la société. De plus, il est socialement préférable d’avoir un emploi.

Il existe une caricature du chômeurs paresseux profitant de la société. Et malgré que l’on puisse aisément comprendre qu’une personne en situation de handicap ne puisse pas travailler, cela n’empêche pas que certains aient le sentiment de profiter. Notamment pour les personnes ayant un handicap peu visible. Il existe donc un paradoxe entre le fait qu’il est difficile pour eux de trouver un emploi et qu’en même temps on les qualifie de “paresseux”. Et ce même paradoxe intervient lorsque simplement leur besoin d’aménagement ne sont pas pris en compte. Ne pas reconnaitre leurs difficultés, leur différence ne fait qu’accentuer la discrimination envers eux et participe à leur (sentiment) d’exclusion.

Les structures et formations 

Afin de palier le problème de discrimination à l’embauche il existe des structures réservées aux personnes en situation de handicap. Elles proposent proposant des emplois dans un cadre adapté. Il y a les Etablissement et Services d’Aide par le Travail (ESAT). On comprend par leur appellation qu’ils ont comme visée de permettre à tous de gagner leur vie. Un autre de leurs objectifs, est de lutter contre les problèmes psychologiques que nous évoquions à l’instant.

Le problème majeur de ces institutions c’est qu’elles comprennent également des personnes en situation de handicap mental. OLa seconde limite de ces structures est qu’elles proposent des métiers manuels, très inadaptés, à certains handicaps tels de la dyspraxie. Il existe également des Centres de distribution de travail à domicile qui, comme leur nom l’indique, offrent du travail à domicile mais ne permettent pas une insertion sociale.

Suite à des problèmes présents lors de la formation et du manque d’information les personnes en situation de handicap sont moins bien (in)formés. Ajoutez à cela la puissance du stéréotype selon lequel elles ne travaillent pas. Rajoutez l’importance de la discrimination à l’embauche. Trouver un emploi peut s’avérer extrêmement difficile. Parfois même inenvisageable. Heureusement, il existe des aides afin de subvenir à ses besoins. Ces dernières peuvent cependant être difficiles à obtenir, et insuffisantes. D’autant plus que ne pas avoir de métier peut entrainer des conséquences psychologiques lourdes. Ainsi ; être chômeur handicapé, à part ajouter des difficultés, ne change pas beaucoup d’être chômeur valide.

Article écrit en partenariat avec SOS handicap 35

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