PROMOUVOIR L’ORNITHOLOGIE ET PROTEGER LA NATURE AU BURUNDI

RENCONTRE AVEC ÉRIC NIYONGABO, GUIDE ORNITHOLOGIQUE ET VICE-PRESIDENT DE L’ASSOCIATION BURUNDAISE POUR LA PROTECTION DE LA NATURE (ABN).

L’Association Burundaise pour la protection de la Nature (ABN) est une association non-étatique et sans but lucratif. Fondée en 1999, elle s’appelle d’abord Association Burundaise pour la Protection des Oiseaux (ABPO) et ce jusqu’en 2013 où elle décide d’élargir son champ d’action. Dès lors et encore aujourd’hui, l’ABN est la seule association du pays à se préoccuper des oiseaux.

La richesse aviaire du Burundi n’a rien à envier à d’autres

Si l’Afrique de l’Est attire principalement les touristes pour ses grands mammifères, les oiseaux deviennent eux aussi, progressivement, une attraction. Car s’il y a un jour eu des éléphants, des tigres, des panthères, des buffles, des antilopes, des lions (même si un doute subsiste) au Burundi, 90% du territoire est aujourd’hui cultivé et tout ces mammifères ont ainsi disparus totalement ou presque du pays. Les seuls grands mammifères que l’on trouve aujourd’hui sont les crocodiles et les hippopotames vivant dans le lac Kivu, le lac Tanganyika ou la rivière Rusizi. Mêmes s’ils ne sont pas en danger imminent, ces derniers sont menacés par le déversement de pesticides et d’eaux usagées dans le lac ainsi que par les constructions autour de celui-ci. Éric Niyongabo a d’ailleurs publié un article à propos d’un hippopotame ayant déménagé dans les bassins d’épurations de Buterere non loin du lac et de Bujumbura, mais surtout tout proches d’habitations !

Malgré sa petite superficie (27 834 km carré), le Burundi compte plus de 600 espèces d’oiseaux de toutes sortes : d’eau, de forêt, de savane et de ville. Situé sur la voie de migration, le Burundi est classé parmi les Zones Importantes pour la Conservation des Oiseaux par l’ONG Bird Life International dont l’ABN est partenaire. Cette richesse donne l’occasion d’une activité de l’ABN qui une fois par mois organise une « nature walk », une promenade pour observer les oiseaux et sensibiliser à leur protection. Pour ce faire, nul besoin d’aller très loin ! Il est impressionnant de voir le nombre d’espèces que l’on peut observer non loin d’habitations ou de routes. En quelques minutes, avec des jumelles et un guide, on peu facilement observer plus d’une quinzaine d’espèces différentes.

Outre, les « nature walk », l’ABN se rend à l’intérieur du pays, près des parcs et des aires protégées. Là-bas, ils sensibilisent les habitants à propos des dangers pour l’environnement des collectes de fruits ou de bois. Mais aussi contre le « braconnage innocent » auprès des enfants qui tuent pour la chair ou par amusement des oiseaux par exemple à l’aide de lances pierres.

En plus de ce travail de prévention, l’ABN met également en place des « activités génératrices de revenus » avec ces habitants en leur fournissant par exemple des fours solaires, des ruches, ou encore des foyers améliorés pour se chauffer qui demandent peu de bois.

Un pays vert et pourtant…

Le Burundi est un pays vert, pour ne pas dire verdoyant. Pourtant, cette première impression est trompeuse. Au fil des promenades, on peut facilement se rendre compte que malgré cette végétation, ce paysage est tout de même déforesté. Comme nous l’avons dit plus haut, 90% du territoire est cultivé. Néanmoins, il ne s’agit pas là d’agriculture intensive mais majoritairement d’agriculture vivrière. Par ailleurs, la plantation d’eucalyptus, arbre qui se coupe rapidement (au bout de 5 ans), se régénère rapidement, et est donc rentable, consomme beaucoup d’eau et assèche les sols et réduit la diversité d’arbres, mais aussi celle des oiseaux qui nichent peu dans ces arbres. Pour y remédier, l’ABN accompagne et promeut à la plantation d’ « arbres autochtones » comme le prunus africana

Autre cause de cette détérioration : la démographie forte et galopante du pays.

Si le Burundi est l’un des plus petits pays d’Afrique, il est aussi l’un des plus peuplé (sa densité : plus de 11 millions d’habitants, soit plus de 410 habitants au km²) et elle est loin de chuter. Si vous visitez le Burundi, même en pleine campagne, vous y croiserez toujours quelqu’un ! Cette démographie en hausse conduit la population à pêcher plus qu’il n’est autorisé ou à convoiter les forêts ou les marais. Certains marais, sont en effet défrichés pour être cultivés. Cependant, ils sont aussi une réserve de nourriture et un habitat pour des oiseaux comme la grue royale, qui, menacée d’extinction, est déjà chassée pour être mise en cage dans des hôtels par exemple …

Les projets et les défis de l’ABN

Si l’association est indépendante de l’État, elle ne reçoit pas non-plus beaucoup de fonds de l’étranger. Néanmoins, l’ABN est soutenue par l’ONG Bird Life International et représente le pays. En plus, d’être guide ornithologique, Éric Niyongabo est également chargé du dénombrement des oiseaux. C’est l’une des raisons pour lesquelles il est important de promouvoir l’ornithologie est particulièrement chez les jeunes. L’ABN intervient ainsi dans plusieurs « clubs environnements » appartenant à différentes écoles primaires, collèges et lycées dont certains élèves rejoignent l’ABN. L’idéal pour cette association serait de pouvoir augmenter ses interventions (dans l’éducation et auprès des populations), mais aussi d’ouvrir des bureaux à l’extérieur de Bujumbura.

Même si il sont moins imposants et moins connus que les grands animaux que nous évoque l’Afrique, les oiseaux sont une extraordinaire richesse que chacun se doit de préserver, et ce avec les moyens dont on dispose. Pour rappel, la France a perdu un tiers de ses oiseaux en 15 ans, c’est ce qu’a constaté le CNRS en 2018.

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