De l’art contemporain (et féminin) à Rennes 2

C’est à l’Espace Art et Essai de l’Université rennes 2 qu’il fallait être jeudi dernier. Plus d’une centaine de personnes s’y sont rendues lors d’un nouveau vernissage pour découvrir la seconde exposition de la saison. Et en ce début d’année, ce sont deux projets réalisés par des artistes féminines qui sont à l’honneur.

Un lieu unique de découverte

Peu connu, caché sous la bibliothèque universitaire de Rennes 2, l’Espace Art et Essai est un lieu de découverte de l’art contemporain, dans un contexte pédagogique. Le lieu, sous la direction de John Cornu, artiste vivant entre Rennes et Paris, et donnant des cours à l’Université, est propice à l’échange entre des publics variés et les artistes, toujours présent·e·s lors des vernissages.

Les productions présentées sont variées, tantôt sculptures, tantôt peintures, photographies, ou même performances. L’an dernier, l’artiste Francis Raynaud s’est notamment adonné à cet exercice, se mettant en scène transvasant des bouteilles de vin… Dans un autre registre, l’espace s’est vu transformé par les « Quatre cercles à cinq mètres » de Felice Varini, un évènement qui a rassemblé plus de 600 personnes lors des deux seules petites heures de vernissage.

De la mise en place des œuvres, à la médiation pendant les vernissages, en passant par le placardage des affiches, chaque évènement est le fruit de la collaboration entre des élèves bénévoles de l’université, ainsi que les artistes.

A 18h jeudi dernier, après cinq journées de montage, la galerie ouvrait, une fois de plus, ses portes au grand public, toujours au rendez-vous. Très rapidement, le lieu était rempli de personnes variées, aussi bien professionnelles, étudiantes qu’amatrices d’art, réunies pour admirer cette nouvelle exposition.

De l’art sur les murs

Dans la salle principale, c’est un projet commun à deux artistes que l’on découvre. Estéla Alliaud, sculpteur, et Claire Chesnier, peintre, ont décidé de nous présenter une rencontre autour de leurs œuvres. C’est ensemble qu’elles jouent sur les volumes, l’espace, et la luminosité, grâce à des pratiques qui dialoguent et créent des tensions naturellement. Cette rencontre artistique (mais aussi humaine), entre ombre et lumière est ce qu’elles ont nommé la « Réserve de nuit », un titre emprunté au poète Philippe Jaccottet.

Les peintures de Claire Chesnier s’imposent directement au regard des spectateurs·rices, d’abord de par leur grand format. Ces encres sur papier ressemblent presque à des négatifs, des impressions photographiques, renvoyant énormément de luminosité, en contraste avec une obscurité sous-jacente. Pas de forme ou de dessin net, pas d’horizon, comme si ces œuvres n’avaient pas de fin. Seulement des couleurs qui s’entremêlent naturellement. L’encre est comme en chute libre et le regard est pris lui-aussi dans cette chute.

C’est cette pratique très épurée, focalisée principalement sur l’émotion, qui se prolonge dans l’univers d’Estéla Alliaud. Avec des panneaux de verre en partie sablés posés contre les murs, elle joue sur la perception, ainsi que sur l’espace. Comme chez Chesnier, l’œil est attiré par les ombres qui se créent et se recréent selon le lieu et sa luminosité. En s’appropriant les murs, lieu de mise en valeur des peintures, elle opère une transition entre ceux-ci, ainsi que le sol de la galerie, pour mieux occuper le lieu.

Des volumes dans l’espace

Les volumes, mais aussi les matières sont autant de manière de jouer avec la lumière. Les nuances de blanc et de gris sont au cœur de la pratique d’Alliaud. L’espace central de la galerie est très largement occupé par un moulage de plâtre qui laisse apparaitre des formes brutes. Ces prises d’empreintes ont immortalisé un état à un instant T, pris sur le vif.

Dans les « Project Room », cachées au fond de la galerie, on découvre la pratique de Capucine Vandebrouck, avec « Variations ». Ici elle joue également sur la lumière, la photographie et les matières. C’est encore un univers aux références poétiques qui est mis à l’honneur. Des œuvres pleines de pureté, dans lesquelles on retrouve la pratique photographique, mais aussi le travail avec les plaques de verre. Encore une fois la matière est travaillée, tantôt de manière abrupte, tantôt avec minutie.  Cette minutie que l’on retrouve dans les œuvres placées au centre des « Project Room ». Sur des socles, l’artiste s’est amusée à « façonner » les éléments, en y dessinant des flaques d’eau. Le geste est tellement contrôlé que les spectateurs·rices doutent et doivent souvent s’approcher (avec l’envie irrépressible d’y toucher) de l’œuvre pour être convaincu·e·s que l’eau est n’est pas réelle.

C’est le dialogue de toutes ces œuvres, picturales ou sculptées, qui crée un univers dense et épuré à la fois, un espace poétique. C’est le but de l’Espace Art et Essai, que de faire découvrir à toutes et à tous des univers aussi variés qu’originaux, au travers de chaque exposition.

Cette exposition sera visible jusqu’au 7 mars 2018. L’espace Art et Essai est ouvert aux visiteur·euse·s du lundi au vendredi de 13h à 18h en période scolaire.

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