Les décroissants se cachent-ils pour faire les soldes ?

Ils s’opposent à la société de consommation en restreignant leurs achats au strict nécessaire. Pour autant, certains décroissants succombent aux sirènes des soldes…

Il est 20h30 au Café Citoyen et Culturel d’Aix. Le buffet à prix libre constitué de soupe, de haricots blancs et de radis est déjà bien entamé. À l’opposé géographique (et idéologique) du centre-commercial des Halles, « le 3C » connaît ses habitués. Dans le café associatif, les convaincus par le circuit court, le commerce équitable, l’agriculture biologique et la décroissance, se donnent rendez-vous pour débattre, discuter ou simplement payer leur demi de bière artisanale en « roues », une monnaie « locale et citoyenne ».

«  C’est trop peu chères en friperies pour qu’elles puissent faire des soldes

Ce soir-là, on aurait bien du mal à imaginer ce petit monde faire les soldes. Christelle, sans doute la cliente la plus âgée de la soirée, nous confirme cette intuition. Les habits, elle en a suffisamment, ce qui lui faudrait acheter « à la limite » ce sont des chaussettes. Seulement, manque de chance, elle n’en trouve jamais de soldées à sa taille.

Caroline, venue de Marseille pour la soirée, est également dans une impasse. Un téléphone à clavier à la main, elle explique qu’aucune des boutique en adéquation avec ses valeurs ne fait de soldes. Essayant de ne pas s’encombrer d’objets inutiles, elle trouve la plupart des produits du quotidien en ressourcerie. Pour ses habits, elle se rend dans des friperies où les vêtements ne sont pas assez chers pour connaître des rabais.

Parfois ce sont aussi des raisons pécuniaires qui poussent à cette absence de consommation. Assis au fond du bar contre la bibliothèque en accès libre, Alex nous raconte. Il n’a déjà pas de budget à consacrer aux loisirs le reste de l’année alors les soldes n’y changent rien. Néanmoins, un peu timide pour sa quarantaine, il nous confie que sa femme en profite pour payer des jeux vidéo à leurs enfants. Le couple ne pouvant se permettre de faire des folies au moment des cadeaux de Noël, il peut se rattraper à ce moment-là. Il faut dire que pour lui, acheter pendant les soldes est un aveu d’échec. Cela revient à dire que l’entreprise n’a rien à perdre à vendre cher un bien puisqu’elle trouvera de toute façon le moyen de faire du profit une fois le prix baissé.

Moins de profit pour les entreprises, plus de plaisir pour les consommateurs : un aperçu de la décroissance

Ce n’est toutefois pas l’avis de Carole, 64 ans, qui voit justement dans les soldes l’occasion de réduire les bénéfices des marques qui font alors moins de marge. Habillée chaudement malgré l’atmosphère chaleureuse du café, elle nous avoue que si elle lutte toute l’année contre « la croissance à tout prix », elle fait quand même les soldes. Mais pour elle, pas question d’acheter aveuglement, Carole connaît ses besoins vestimentaires et s’en tient à ceux-ci. C’est aussi le cas de Guillaume qui vit dans un camping-car pour fuir la ville et ne profite des soldes que pour s’acheter du matériel de bricolage.

Les soldes, une période dont se méfient ces « consomacteurs » alors ? Ce n’est pas le cas de tous. Dorian et de ses deux amis partis fumer des cigarettes sur le trottoir le confessent. En deuxième année de licence de mathématiques, la consommation éthique ne constitue qu’une partie de leurs achats. Ce qu’ils ne peuvent trouver à prix abordable dans ce genre d’enseignes, ils se le procurent dans des grandes boutiques.

Il est 22h10 quand nous repartons. Emportés par les discussions que nous avons lancées et une longue vaisselle, les bénévoles ont encore oublié de fermer à l’heure.

Crédit photo : Le 3C

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