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Rencontre avec la nouvelle directrice du centre Akamuri pour enfants (mais aussi les adultes) polyhandicapés. Karibu

Pourquoi le Centre s’appelle-t-il « Akamuri » ?

Akamuri en kirundi signifie « petite lumière ». En Slovénie, pays d’origine de Sœur Vesna, directrice du centre depuis novembre 2018, les centres pour enfants handicapés s’appellent aussi, souvent, « petite lumière ». Cette expression est symbole d’espoir et de chaleur humaine. Qu’on soit nouveau ou vieux de la vieille, on est toujours accueilli avec beaucoup de sourire, mais aussi de tendresse, par l’équipe, mais surtout par les enfants.

Un grand jardin, des balançoires, le drapeau burundais devant la chapelle hissé tous les matins au rythme du tambour (l’instrument burundais par excellence) : c’est ce rituel qui rassemble tout le petit monde du Centre et qui précède le petit déjeuner. Le cadre en est presque familial et c’est toujours un plaisir d’arriver à Akamuri.

Logo du Centre Akamuri
Logo du Centre

Ce centre vieux de 28 ans, fondé en 1991 par la Congrégation du Cœur Immaculé de Marie et les Missionnaires d’Afrique (dit Pères Blancs), est dirigé depuis novembre 2018 par Sœur Vesna de la Congrégation des Filles de la Charité de Saint-Vincent-de-Paul. Basée à Paris, rue du Bac, cette Congrégation est responsable du Centre depuis 2012. Sœur Vesna est rentrée dans la Congrégation à 20 ans en Slovénie. Infirmière de vocation et de formation, elle a d’abord travaillé 8 ans dans une maison pour personnes âgées en Macédoine, avant de reprendre ses études, mais surtout avant de partir au Rwanda en 1991 à Kibuye, dans les montagnes. A Kibuye, elle a travaillé 27 ans dans un centre de santé rural, prenant en charges tous types de pathologies. Même si elle n’a pas étudié la psychiatrie, c’est ainsi qu’elle a eu une première approche des handicaps mentaux et physiques, notamment chez les enfants.

Quels sont les principaux projets pour le centre et quels sont les objectifs pédagogiques ?

Sœur Vesna a deux principaux projets pour le Centre : rendre accessible le bloc kinésithérapie à des personnes extérieures à l’établissement et rénover les classes, voire les bâtiments de l’administration. Bâtiments qui sont dépourvus de fondation, construit de briques crues, et dont la toiture est trouée…

 En ce qui concerne les enfants, le but est de les autonomiser avant la sortie du Centre. Il arrive aussi que certains soient engagés dans le Centre une fois adulte et y soient parfois logés. En outre, le Centre veille à l’intégration familiale, en construisant par exemple des maisons et des boutiques pour l’enfant ou sa famille. Certains anciens élèves se sont mariés et ont fondé une famille.

Panneau du Centre
Panneau du Centre

En plus du service kinésithérapie au sein du Centre (qui propose des prestations à des prix deux fois moins élevés qu’ailleurs), il existe la clinique mobile. Cette dernière a été conçue pour les enfants n’habitant pas Bujumbura, 1 058 personnes en bénéficient, deux ou trois équipes se rendent deux ou trois fois par semaine dans les six postes dispersés en dehors de la capitale. Cette clinique mobile est financée par l’association catholique allemande pour l’enfance Kindermissionwelk et est gérée par le Centre Akamuri.

Avec la question des projets vient celle des financements

Le Centre s’autofinance à 10% grâce à un potager, quelques animaux, un moulin, ainsi que les frais de scolarité et de transports (certaines familles sont appuyées selon leurs revenus). Autre source, peu fructueuse ; le Centre revend à bas prix, des médicaments (par exemple pour l’épilepsie), très onéreux ailleurs, à des parents mais aussi à des clients de l’extérieur.

Les 90% restants proviennent de dons de diverses associations (comme la Fondation Liliane (www.lilianefonds.org) ou la Segal Family Foundation qui travaille à travers l’Afrique Subsaharienne) et de particuliers. A l’entrée d’Akamuri, on peut voir un panneau « restaurant » et à l’intérieur un bâtiment « savonnerie ». Avant 2015, le centre proposait en effet un service de restauration pour des clients de l’extérieur et une vente de savons. Avec la crise électorale/politique, le centre a fermé plusieurs mois, et l’avenue de l’Imprimerie a été rebaptisée par les habitants « avenue de la mort » car elle était le lieu de nombreux affrontements entre manifestants et autorités. Voilà qui entraîna la fermeture de ces deux commerces. Leurs réouvertures n’est pas au programme car ces derniers n’étaient pas rentables.

Ancien restaurant Akamuri
Ancien restaurant Akamuri

Les enfants

Le Centre Akamuri compte environ 150 enfants tous handicapés mentaux et pour beaucoup également handicapés physiques. Quelques adultes font également partie de la structure, et apprennent, par exemple, à s’occuper d’animaux, à jardiner ou à effectuer divers travaux d’entretiens. Parmi eux, Onasim va participer au marathon handisport à Dubai.

A la porte et à la fenêtre de son bureau, Sœur Vesna voit tous les jours se précipiter de nombreux enfants qui viennent parfois lui bonjour 5 ou 6 fois : un petit garçon, que sœur Vesna appelle affectueusement « son petit cafard », pique tout ce qui lui tombe sous la main le mettre dans sa bouche, ou encore une jeune fille surnommée Bobo, rare mot qu’elle répète et qui vient emprunter un petit escabeau qui lui sert d’instrument pour accompagner son merveilleux chant. Outre les capacités, passions, voire dons insoupçonnés de certains, ce qui est très impressionnant chez ces enfants, c’est l’entraide. Avant les vacances de Noël, tout ce petit monde a été emmené se baigner dans le lac Tanganyika. Aucun incident, même mineur. La baignade a détendu les enfants, mais surtout, les uns surveillaient les autres, les plus débrouillards aidaient les moins autonomes à s’habiller… En temps normal, certains font même un peu la « police », lors de disputes, par exemple. Quand les plus jeunes jouent au lieu d’assister à la levée du drapeau, ils se font ramener par les plus grands, ou si, pendant la messe du jeudi, certains ne sont pas sages, ils se font disputer par d’autres.

Soeur Vesna dans son bureau entourée de photos de paysages de son pays natal
Soeur Vesna dans son bureau entourée de photos de paysages de son pays natal

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