Diptyque : se construire un avenir

L’école prend une place importante dans la vie de tout un chacun. En plus de permettre l’accès à un métier; c’est un lieu d’éducation sociale et culturelle. Mais comment cette étape clé du développement est vécue par les enfants et jeunes adultes porteurs d’un handicap?

Entrer à l’école

Être accepté à l’école maternelle n’est pas toujours facile quand on présente un handicap. Ce en dépit des instructions écrites noir sur blanc sur le site servicepublic.fr : ” Chaque école maternelle a vocation à accueillir tous les enfants, quel que soit leur handicap. Les parents peuvent demander l’inscription dès l’âge de 2 ans. Ils ne peuvent se voir opposer un refus au motif que leur enfant est en situation de handicap ou que la scolarité n’est pas obligatoire avant l’âge de 6 ans”. Cependant certaines écoles continuent et/ou se voient contraintes de refuser des élèves. Et pour cause, elles n’ont pas forcément les moyens humains (en terme de nombre et de compétence) et/ou financiers.
Ainsi des personnes en situation de handicap ne réussissent à se scolariser qu’à partir de 6 ans (âge obligatoire). Cela pose problème puisque les premières années de scolarisation sont fondamentales au développement des affects, de l’attachement, et de la socialisation. Emmanuelle Dal’Secco souligne dans son article “Ecole à 3 ans dès 2019 : le handicap bienvenu ? “ que la maternelle peut être l’unique expérience de scolarisation en milieu non spécialisé pour des personnes ayant un handicap lourd.
Afin de contrer ce phénomène le gouvernement lance un plan d’action pour aller vers une école “inclusive”. En commençant par rendre obligatoire l’école à 3 ans dès la rentrée 2019. Il déclare que “l’Éducation nationale fait des efforts sans précédent pour améliorer la scolarisation en milieu ordinaire des enfants en situation de handicap. Elle y consacre 1,5 milliard d’euros pour 260 000 enfants aujourd’hui scolarisés.

Entrer dans l’école

Noctambule: La loi du 11 février 2005 “pour l’égalité des droits et des chances, la participation de la citoyenneté des personnes handicapées” était supposée garantir l’accessibilité aux bâtiments scolaires. Aujourd’hui, 13 ans plus tard les objectifs initiaux devraient être atteints.
Geoffray : En effet, mais les délais n’ont fait qu’être repoussés. Les municipalités avaient 10 ans pour réaliser les travaux nécessaires (et tout le travail préalable). Cependant le gouvernement en 2013 a introduit des délais supplémentaires de 3 ans (renouvelables une fois ou deux) si les “agendas d’accessibilité programmée” étaient déposés avant le 27 septembres 2015.

D’après le rapport 2017 de l’observatoire national de la sécurité et de l’accessibilité des établissements d’enseignement, certaines échéances seraient même repoussées à 2024. Jean-Marie Schléret, président de ce rapport, reconnait l’important retard de la conformation des bâtiments scolaires. Ceci peu importe le niveau de scolarité. Bien que l’enseignement supérieur serait le plus touché.
Il ajoute que ces normes sont souvent vécues comme un “frein”. Mais encore faut-il que les établissements concernés soit au courant des nouvelles normes, des plans d’actions mis en place ainsi que des aides qu’ils peuvent recevoir.
Difficile donc pour les personnes en situation de handicap d’accéder aux savoirs

Construire un Projet Personnalisé de Scolarisation (le PPS)

Après avoir pu entrer à et dans l’école, les personnes en situation de handicap se retrouvent face à d’autres problématiques. Notamment celle de monter son dossier qui se trouve être une lourdes tâche administrative, et ce, malgré l’aide de la Maison Départementale des Personnes Handicapées (MDPH).
N : Il est écrit sur le site du Ministère de l’Education que la MDPH facilite les démarches des personnes en situation de handicap. Qu’en penses-tu?
G : Je pense que ça n’est pas vraiment le cas. Il n’y a rien de plus dur que de monter un dossier pour la MDPH, et puis, même lorsque ce dernier est (enfin) complet, les délais de réponses sont très longs.

Afin de proposer un parcours adéquat à l’enfant en situation de handicap une équipe pluridisciplinaire et la MDPH identifient les besoins de ce dernier. Le PPS est censé garantir la cohérence du parcours de l’enfant. Bien que l’on puisse comprendre les motivations du gouvernement, nous pouvons questionner cette notion de cohérence. Il n’est pas aisé de savoir ce qui nous plait, et il est parfois nécessaire pour l’enfant d’explorer; de s’explorer. Or cette recherche de soi se trouve déjà limitée par le handicap. D’autant plus que cette prise de décision par autrui constitue une nouvelle perte d’autonomie.
Le PPS, toujours selon le Ministère de l’Education nationale et de la Jeunesse définit : la qualité et la nature des accompagnements ; le recours à une aide humaine individuelle ou mutualisée ; le recours à un matériel pédagogique adapté ; les aménagements pédagogiques. Encore une fois, l’injonction de ces modalités peut poser problème, d’autant plus qu’il est extrêmement laborieux de prouver, et donc d’obtenir une aide différente à celle définie. Ce, même lorsque cette dernière n’est pas suffisante. Mais surtout il n’est pas toujours possible pour les écoles de mettre en œuvre ce projet. Ces phénomènes s’observent notamment dans le domaine des études supérieures.
Le projet personnalisé de scolarisation est une mesure mise en place pour le bien de l’enfant, et qui établit dans une logique d’aide et d’accompagnement de la famille. Cependant il se trouve être un travail laborieux, qui peut conduire à une privation de l’autonomie mais également à des discriminations. Mais surtout, ce projet peut ne jamais, ou qu’en partie se concrétiser

Rythme scolaire

L’accompagnement des élèves en situation de handicap peut se faire à plusieurs échelles : dans les actes de la vie quotidienne, dans l’accès aux activités d’apprentissage, ainsi que dans les activités de la vie sociale. Il peut aussi prendre différentes formes. Il a pour but de favoriser l’autonomie de l’élève. De la primaire au secondaire, il existe deux types d’accompagnants : les AESH ainsi que les agents engagés par contrat unique d’insertion/contrat d’accompagnement dans l’emploi. Cependant tout le monde n’a pas accès à ces personnes compétentes. Afin de palier le manque, le Ministère de l’Education a créé 3 584 postes d’accompagnants. Aujourd’hui ce sont 175 000 élèves qui perçoivent cette aide sur 321 476 enfants en situation de handicap dans le primaire et le secondaire. Ce nombre reste donc insuffisant.
La situation dans les études supérieures est différente. A l’université les preneurs de notes sont souvent des élèves rémunérés. Ceux-ci n’ont donc aucune formation professionnelle. La réussite de l’élève en situation de handicap dépend donc de la motivation et de la qualité d’un tiers. Situation frustrante et compliquée.
Goeffray témoigne: “Sortant d’un milieu spécialisé, je n’étais pas habitué au rythme de la fac. Je n’arrivais pas à prendre des notes et je devais donc faire appel à un preneur de note. C’était sensé être un autre élève sérieux mais en réalité il se contentait seulement de me transmettre les tâches qu’il y avait à faire un jour sur l’autre sans pour autant me faire parvenir une prise de note. Dans ces conditions, je ne pouvais pas étudier convenablement. J’ai donc essayé un BTS avec un nouveau preneur de note. Cependant ce dernier s’est réorienté en milieu d’année et je n’ai trouvé personne pour le remplacer. Je me suis vu contraint d’arrêter les études une nouvelle fois.

Milieu spécialisé

Le milieu spécialisé est également appelé établissement ou service médico-social. Il permet d’offrir une prise en charge scolaire, éducative et thérapeutique adaptée. Cette alternative permet de mieux imbriquer éducation et soins; deux piliers de la construction personnelle qui nécessitent un temps considérable. Or cet univers qui permet une meilleure prise en charge du handicap peut s’avérer être un isolement. Isolement qui peut déjà être lourdement ressenti par les personnes en situation de handicap vis à vis de la société.
Le rythme de vie, la formation des professionnels et les demandes sont différentes (à juste titre) que ceux présents en milieu scolaire classique. Malgré la possibilité de suivre certains cours en milieu ordinaire la réinsertion peut s’avérer difficile. Goeffray, qui a pu bénéficier de cet aménagement, confirme la dureté du décalage ressenti.
La scolarisation s’effectue dans une unité d’enseignement déterminée par le degré d’autonomie de la personne, la commission des droits mais également le fameux PPS. En plus des problématiques abordées précédemment, l’enfant peut subir une discrimination de la part de ces instances et par les professionnels qui l’entourent.

Discrimination

Les discriminations qui peuvent subsister lors du choix de l’unité d’enseignement existent également lors de la proposition des écoles vers lesquelles les enfants peuvent être orientés. Il est précisé sur le site du Ministère de l’Education Nationale et de la Jeunesse que l’enfant ne peut s’inscrire qu’auprès des écoles vers lesquelles on l’a orienté. Il ne choisi donc pas le lieu où il étudiera. Jean-Marie Schléret énonce qu’ “une amélioration est constatée dans le choix du parcours. Cependant, les orientations restent encore définies en fonction du handicap et de l’accessibilité aux locaux, à la formation envisagée, aux services offert…”
Au-delà de l’injustice que subissent les personnes en situation de handicap face à l’accès aux connaissances, les professionnels peuvent prendre part à une forme de discrimination.
N : Une personne en situation de handicap nous a expliqué avoir été découragée à entrer en terminale car, selon ses professeurs, ça ne servait à rien puisque plus tard elle ne pourrait pas travailler. As-tu connu ce type de discrimination?
G : Personnellement j’ai pu passer mon bac. Et puis quand je l’ai obtenu on m’a dit “bah c’est bien mais ça va te servir à rien”. C’était une personne qui travaillait en milieu spécialisé.
N : Donc un professionnel du handicap qui a pour rôle de vous aider à vous construire.

C’est est le résultat de deux idées préconçues. La première étant que les études doivent être menées dans l’unique but d’accéder à un métier. Or le Ministère de l’Education reconnait et prête une place importante au devoir éducatif de l’école. C’est un lieu où l’on apprend également à devenir citoyen et à co-habiter avec ses semblables. Le second stéréotype étant que les personnes en situation de handicap ne travaillent pas.
Difficile donc d’entrer mais aussi de rester dans le milieu scolaire pour les personnes en situation de handicap. D’autant plus que nous n’avons pas abordé la question de la discrimination engendrée au quotidien par les autres élèves valides.

Les personnes en situation de handicap n’ont donc pas toujours accès à l’éducation, ou plutôt de manière inégale, notamment aux études supérieures, faute de de moyens humains et/ou financiers, mais également à une méconnaissance du handicap.
Nous ne pouvons nier les efforts fournis par le gouvernement pour aller vers une école inclusive. Cependant comment arriveront-il à concrétiser ce plan qui pour l’instant se trouve n’être qu’un projet éloigné de la réalité ;
une réalité malheureusement discriminante notamment due au fait que les études ne sont perçues que comme un moyen d’accéder à un métier. D’autant plus que la société est marquée par l’idée préconçue que les personnes en situation de handicap ne travaillent pas.

Article écrit en partenariat avec SOS handicap 35

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