« Si les frais de scolarité pour les étrangers augmentent, je devrai quitter la France »

Le 19 novembre, Edouard Philippe a annoncé la mise en place du plan « Bienvenue en France », qui prévoit, entre autre, l’augmentation par seize des frais de scolarité pour les étudiants extras-communautaires. Noctambule est allé à la rencontre des étudiants concernés par cette mesure.

Attirer plus d’étudiants internationaux dans l’Hexagone en augmentant les frais de scolarité des non-Européens, c’est l’esprit du plan « Bienvenue en France », qui prévoit d’augmenter les frais de scolarité par seize pour les étudiants qui ne viennent pas de l’ Union Européenne. Cette réforme a été annoncée le 19 novembre dernier par Edouard Philippe, sans concertation préalable, pour une entrée en vigueur à partir de la rentrée 2019.

L’hexagone compte chaque année 324 000 étudiants étrangers, dont plus de 100 000 jeunes extra-communautaires (hors Union européenne) qui devraient être concernés par cette mesure. Concrètement, pour une année de licence, un étudiant étranger payera 2 770 euros au lieu de 170 euros et pour un master, 3 770 euros contre 243 euros actuellement. Une augmentation considérable qui va concerner des étudiants bien souvent issus de pays où le niveau de vie est inférieur à celui de la France. Depuis deux semaines, étudiants et lycéens organisent des manifestations et des blocages pour dénoncer une politique éducative injuste de la part du gouvernement.

Une quinzaine d’associations étudiantes ont lancé une pétition (plus de 300 000 signatures à ce jour). Les opposants à cette mesure ont reçu un soutien non négligeable. Le conseil d’administration de la Conférence des présidents d’université (CPU) a demandé une suspension de la hausse tarifaire.Tout n’est pas encore perdu mais si la mesure entre en vigueur, l’accès à l’éducation creusera encore davantage les inégalités. 

Une mesure injuste 

Anna, étudiante d’origine argentine, fait partie des étudiants concernés. En ce mardi 11 décembre, elle a décidé de descendre dans la rue pour montrer son mécontentement, mais aussi sa peur : « Mon père s’est battu toute sa vie pour que je puisse avoir une éducation de qualité en France. Si les frais augmentent, je ne sais pas si je vais continuer à étudier, mais ma vie est ici, maintenant. » Si la mesure entre en vigueur, l’étudiante sera concernée lors de son passage en master.

Le gouvernement a en effet précisé que que les étudiants étrangers déjà inscrits dans une université française ne sont pas concernés, sauf en cas d’inscription dans un nouveau diplôme, comme le passage de la licence au master.

Dans ses mains, Anna porte une pancarte : « Cher manu, stop playing with my future ». Cette mesure s’inscrit dans la volonté d’Edouard Philippe de faire passer le nombre d’étudiants extra-communautaires, en France, de 320 000 à 500 000 d’ici 2027. Le premier ministre a expliqué qu’il trouvait “injuste” et “absurde” qu’un étudiant extra-européen fortuné paie le même montant qu’un étudiant modeste français.

Aux côtés d’Anna, on trouve Diego, également venu pour montrer son mécontentement face à la politique du gouvernement. Le jeune homme de 22 ans, originaire du Pérou, est venu en France pour suivre une formation très sélective en arts. L’année prochaine, il est censé passer en master : « Lorsque j’ai annoncé à mes parents que les frais de scolarité allaient peut être augmenter, ils ne m’ont pas cru, et m’ont dit que c’était impossible qu’un pays comme la France décide de la mise en place d’une mesure aussi discriminatoire. Si c’est ce le cas, je ne sais pas encore si je pourrai rester, mais je devrai probablement prendre un job étudiant à côté de mes études ». 

Vers la généralisation des frais de scolarité ?

Cette logique s’oppose directement à l’égalité qui prévalait jusqu’à maintenant avec un enseignement supérieur censé être accessible à toutes et tous.

Ce sont les étudiants issus des milieux les plus modestes qui risquent d’être touchés. Pour avoir accès à l’enseignement, il faut désormais mettre la main au portefeuille. Julien n’est pour sa part pas concerné par la hausse des frais de scolarité, mais il soutient ses camarades et craint que cette hausse soit le premier pas d’une hausse des frais pour tous : « On craint que le gouvernement ne réforme étape par étape et que ça débouche à des études très chères pour tous. On pourrait dangereusement se rapprocher du modèle anglo-saxon où les familles s’endettent pour financer les études de leurs enfants ». 

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