Aquaman : Ô sombre zéro de l’amer

On l’attendait depuis un moment, cette prouesse technologique qui nous donnerait à voir un film de super-héros qui se passerait sous l’eau. Pourtant à la sortie, c’est le réalisateur d’Aquaman qui semble s’être noyé.

Le projet était ambitieux, l’idée bonne et les moyens financiers suffisants mais Aquaman peine à convaincre.

L’histoire

L’histoire d’Aquaman tient en quelques mots. C’est celle d’humanoïdes qui vivent pacifiquement et secrètement sous l’eau. Un jour, parce que leur océan est pollué – le film compte en cumulé 90 secondes où l’on peut voir des sacs plastiques dans l’océan – ils décident qu’il faut faire la guerre aux êtres humains. Ah oui, aussi les êtres humains tuent leur baleine.

Pourquoi attendre aussi longtemps pour faire la guerre ? Nous ne le saurons pas. D’ailleurs, beaucoup de questions dont le seul intitulé vaut un spoil vont rester en suspend.

C’est donc, sans vraiment connaître les motivations des personnages que l’on entre dans ce film. C’est d’ailleurs aussi comme ça que l’on en sortira. Après s’en suit un récit classique, le gentil combat un méchant.

Un film de superhéros à contre courant

Ceci dit, alors que la plupart des films et séries de super-héros ont adopté un regrettable relativisme, Aquaman ne plonge pas dans cet écueil.

Que ça soit Watchmen, Breaking Bad, Game of Thrones ou Avengers, les studios veulent à tout prix en finir avec le “méchant pas gentil”. L’affrontement n’est alors plus entre bien et mal mais entre visions du monde opposées. Eh bien il faut croire qu’Aquaman, comme au temps de Dragon Ball, renoue avec la tradition du méchant qui n’a pas beaucoup d’autres raisons d’être méchant que d’aimer faire le mal.

Des personnages flasques

Non, ne vous attendez pas à un développement des personnages. Aquaman reste un bourrin de la première à la dernière minute. On sent bien que la princesse rousse qui combat les vilains a été pensée pour combattre les clichés sexistes et pourtant, ironie post-capitaliste oblige, elle connaîtra comme la mère du héros le plafond de verre. Se contentant de son rôle de side-kick, de femme-du-héros, de meuf-bonne-qui-aide-mais-ne-prend-pas-les-devants.

Et pourtant, en deux (longues) heures et demie, il y aurait eu de quoi faire un peu grandir les personnages, ou du moins les animer de sentiments. Peut-être le réalisateur l’a-t-il oublié, mais le cinéma ne sont pas que des dialogues et parfois, les sentiments passent mieux par des regards que par des mots.

Ici, les dialogues sont catastrophiques. Les blagues qui tombent à plat, les répliques attendues, les phrases qui sonnent creux sont légion. Le jeu d’acteur n’y sauve d’ailleurs rien (voire empire la situation).

Une direction qui tombe à l’eau

Mais, tout ceci n’est que la conséquence directe de ce que l’on peut reprocher à ce film : sa candeur. Les personnages ressemblent tous à des enfants égoïstes ou, au contraire, sont habités par une cause transcendante qu’ils ne comprennent même pas.

Le film semble en fait conçu comme un jeu vidéo frustré de ne pas en avoir été un. Ceci expliquerait par exemple les scènes de bagarres trop longues et inutilement fréquentes. Mais surtout, on pourrait ainsi comprendre le fait que la caméra soit tout-le-temps en mouvement. Même dans les scènes contemplatives, la caméra doit faire un tour à 720° en s’élevant façon drône pour bien nous montrer la beauté des décors artificiels.

Trois petits plans et puis s’en va

Le block buster manque aussi de continuité, de cohérence. À mesure que l’on progresse dans le film, on découvre que le jeu des personnages est inégal : les façons de filmer sont différentes et les musiques sans rapports les unes avec les autres.

En résulte une espèce de bouillie que l’on croirait réalisée par 3,5 stagiaires fans d’Avatar et de Tekken. Certains films comme RedLine misent tout sur la beauté de l’image et l’action, ce qui marche. D’autres films croient, comme DeadPool, qu’en ayant des personnages caricaturaux à outrance, le burlesque l’emportera sur leur stupidité, ça se justifie. Aquaman lui, plonge dans l’abysse de l’entre deux.

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