A Rennes, des personnes exilées baladées puis réunies dans un immeuble communautaire

Depuis le 17 octobre, une centaine de personnes exilées occupent un immeuble après plusieurs « occupations amies ». Organisées par des collectifs de soutien aux personnes sans papiers et sans logement. Ces occupations ont successivement pris place au CRIJ, au TNB, à la MCE, dans une maison du diocèse, aux locaux de la FSU, à la MJC La Paillette ou encore à l’Université Rennes 2… Les personnes occupant actuellement le bâtiment sont principalement encadrées et soutenues par le collectif Groupe logement du 14 octobre créé pour les circonstances, qui demande aux autorités publiques des solutions d’hébergement et à terme l’ouverture d’un centre d’hébergement inconditionnel 24h/24 et 7j/7.

Des situations extrêmes sans solutions

 Le mouvement a débuté par l’occupation du Centre Régional d’Information Jeunesse (CRIJ) le 12 septembre afin qu’une famille puisse dormir à l’abri, initiée par le CSP (Collectif de Soutien aux ¨Personnes sans papiers de Rennes) et soutenue par Un toit c’est un droit; le MRAP (Mouvement contre le Racisme et l’Amitié entre les Peuples) et plusieurs autres organisations mobilisées sur la région rennaise. Une cinquantaine de personnes tout juste expulsées par la police de leur campement dans le parc Saint-Cyr ont rejoint le CRIJ et c’est ainsi que le groupe a augmenté. Face au grand nombre de personnes à la recherche d’un toit, à l’urgence de trouver un logement avant l’hiver et au manque de propositions et de coopération de la préfecture, les associations ont continué les occupations d’un lieu à un autre pour abriter toutes ces personnes à cours de solutions et visibiliser le problème. Suite à cette série d’occupations amies, une Assemblée Générale s’est tenue à l’Université Rennes 2 et leGroupe logement du 14 octobre s’est constitué. Il a alors été décidé de la réquisition d’un immeuble habitable dans le sud de Rennes, qui servait de lieu occasionnel d’exercice pour les pompiers. Le bâtiment appartient au bailleur social Archipel Habitat avec qui une convention a été signée pour y rester jusqu’au 15 janvier. Elle a été signée avec Habitat et Humanisme, et la mairie a pris en charge les factures d’eau et d’électricité et les frais d’assurance.En Bretagne, de moins en moins de solutions d’hébergement pour les personnes migrantes sont proposées par les pouvoirs publics et de plus en plus de personnes, y compris des familles, se retrouvent au dépourvu, expulsées des hôtels ou des autres lieux où elles sont provisoirement installées. Début août dernier, l’association Un toit c’est un droit a lancé un signal d’alarme après que la préfecture a décidé de mettre subitement fin à l’hébergement de plusieurs familles logées en hôtel à Rennes.

L’État ne remplit par ses missions

Le 115 est le numéro d’aide sociale à composer lorsqu’il y a des besoins de première urgence (nourriture, accès aux soins, hébergement…). Mais le numéro est saturé et les interlocuteur·ices renvoient en prime les appelants vers les lieux d’occupation à la place de leur proposer un lieu d’hébergement comme l’État est censé le faire. Durant les derniers mois, la mairie a mis à disposition de façon récurrente mais temporaire des solutions d’hébergement dans des gymnases ou des hôtels. Du côté de la préfecture (représentant l’État au niveau régional), pas de réponse si ce n’est qu’il n’y a plus assez de place face à l’accroissement des demandes d’asile. Le droit d’asile est complexe en France et la nouvelle loi du 18 septembre 2018 « pour une immigration maîtrisée, un droit d’asile effectif et une intégration réussie » a apporté par surcroît plusieurs nouvelles modifications. Selon la loi française, les personnes en cours d’enregistrement de leur demande d’asile peuvent pourtant bénéficier d’un hébergement dans un centre d’accueil pour demandeurs d’asile (CADA). Et si aucune place n’est disponible en CADA, elles sont inscrites sur une liste d’attente pour être orientées vers des solutions provisoires, dans une structure collective ou un hôtel. Mais si la demande d’asile n’est pas acceptée par la suite, læ demandeur·se perd tous ses droits et a un mois pour quitter son hébergement… Par ailleurs, iels peuvent disposer d’une modeste allocation (Allocation pour Demandeurs d’Asile) versée de façon conditionnée et selon leur situation, et doivent attendre 9 mois après leur demande pour être autorisé·es à travailler. Parmi les 130 résident·es de l’immeuble, 80% sont en procédure de demande d’asile et devraient normalement bénéficier d’un hébergement. Pour mieux gérer ces démarches fastidieuses, les associations et le nouveau collectif épaulent les exilé·es notamment pour l’inscription scolaire des enfants.

Une organisation façon auberge espagnole

Grâce à la solidarité des collectifs et la disponibilité de quelques résident·es, une organisation s’est mis en place dans l’immeuble pour que la vie commune soit facilitée entre les résident·es aux origines et profils très divers. Les nationalités sont en effet nombreuses – Albanie, Géorgie, Tchétchénie, Somalie, Érythrée, Guinée, Mali, Sierra Léone, Afghanistan, Pakistan… – à se côtoyer sous le même toit. Pour assurer la continuité de la lutte se tient tous les mercredi soir une Assemblée Générale de soutien avec la présence de quelques habitant·es et le dimanche, c’est l’AG des occupant·es au cours de laquelle iels peuvent discuter entre elleux des différentes questions logistiques liées à la vie collective. L’immeuble est également ravitaillé en nourriture dont certain·es résident·es se sont porté·es volontaires de distribuer et qu’il est possible de préparer dans la cuisine commune au deuxième étage. Des personnes soutiens aux profils également variés (étudiant·es, membres de la Croix Rouge, de différents collectifs de soutien aux personnes sans papiers et sans logement, habitant·es rennais…) s’organisent à leur côté pour faire la liaison entre les différent·es habitant·es et avec l’extérieur.

De la nécessité de visibiliser la lutte

Pour les soutiens comme pour les résident·es de l’immeuble, il est important de continuer de communiquer sur la lutte pour faire entendre leurs revendications et rappeler les pouvoirs publics à leurs devoirs. Afin de mieux visibiliser leur combat, des résident·es et des soutiens ont manifesté samedi 10 novembre jusqu’à la préfecture Martenot. La manifestation a pu exceptionnellement passer par le centre-ville et être visible par un grand nombre de personnes ; la centaine de policier·ères étant occupée à encadrer la manifestation écologiste le même jour, elle n’a pas fait barrage au cortège. Une fois arrivé·es, chacun·e a pu prendre la parole et s’exprimer avant d’accrocher deux banderoles « Des papiers pour tou·tes » et « Des logements pour tou·tes / Non aux expulsions » à la grille de la préfecture de région. Une nouvelle manifestation a eu lieu le 28 novembre à 12h30 devant la préfecture Beauregard cette fois-ci, pour demander à la préfète une entrevue. Mais malgré les slogans scandés et la réitération des demandes pour un entretien de la part du collectif, les grilles sont restées fermées et un filtrage a été mis en place à l’entrée. Le convoi a fini par repartir au bout d’une heure trente après avoir prévenu au mégaphone qu’il reviendrait.        Et la lutte est loin d’être terminée : les personnes et familles à la rue continuent d’être redirigées vers l’immeuble (une liste d’attente a été formulée par le collectif où est inscrite une quarantaine de personnes en moyenne) alors que les résident·es y vivent déjà tassé·es dans 17 appartements. Il a été consenti avec Archipel Habitat que l’occupation serait prolongée si une solution pour loger ces personnes n’avait pas été trouvée d’ici cette date. Le collectif réclame maintenant à la municipalité et à la préfecture de fournir une solution d’hébergement qui ne soit pas seulement temporaire, ainsi que la régularisation rapide de tou·tes. Il demande en définitive l’ouverture d’un centre d’hébergement inconditionnel ouvert 24h/24 et 7j/7. Par ailleurs, une autre association, l’association L’Aubière, s’est créée à Thorigné-Fouillard pour également assurer l’hébergement de personnes exilées.

Vous pouvez suivre l’actualité de cette lutte sur la page Facebook du Groupe Logement du 14 octobre ou via le site d’information sur les luttes locales expansive.info. Et envoyer un mail à l’adresse gl1410rennes@framalistes.org si vous souhaitez vous inscrire sur la liste de diffusion et être informé·e des actualités de la lutte, échanger, proposer votre aide quelconque ou solution d’hébergement.Le collectif est notamment à la recherche de traducteur·ices en russe, arabe, allemand, érythréen, géorgien ou albanais…

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