Voyage initiatique avec Zellidja

Zellidja est une association qui propose aux jeunes de 16 à 20 ans de pouvoir concrétiser leurs rêves de voyage. J’ai personnellement reçu une bourse m’ayant permis d’aller étudier le théâtre dans son berceau, la Grèce.

Le départ

Cet été, entre le 12 juillet et le 1er Septembre, je me suis embarqué dans une aventure hors du commun : j’ai traversé l’Europe deux fois pour me rendre en Grèce. Bien sûr, je ne partais pas totalement au hasard, je m’étais engagé auprès de Zellidja à partir seul, pendant au moins un mois, et j’avais présenté mon projet de voyage devant un jury composé d’anciens boursiers. Celui-ci tient en quelques lignes : équipé de mon vélo et de ma curiosité, je voulais vivre ma passion pour la littérature au plus près de ses origines et explorer le théâtre antique en Grèce. Ce voyage aurait été impossible sans la bourse Zellidja, et les conditions qu’ils imposent sur le voyage, loin d’être contraignantes, m’ont permis de profiter pleinement du voyage. Tout d’abord, il faut partir seul, pendant au moins un mois, mais surtout il faut avoir préparé son voyage. Le voyage doit être orienté selon un sujet d’étude, qui peut être très varié, et il doit aboutir à la création d’un rapport d’étude sur ce sujet. En fait, Zellidja exige trois documents différents : un journal de bord qui détaille nos impressions, nos aventures et les événements de notre voyage ; un rapport d’étude sur le thème choisi et un carnet de compte. Toutes ces conditions s’inscrivent dans un état d’esprit : voyager avec Zellidja, c’est partir à la découverte de l’inconnu, mais ce n’est pas se lancer tête baissée dans cet inconnu.

Il faut d’abord, avant même de songer à partir, le vouloir authentiquement, être intéressé par le thème du voyage, et enthousiasmé par l’idée de découvrir un pays, une culture et un mode de vie différent. Le jury de Zellidja n’exige pas que l’on sache à l’avance tout ce que l’on va faire dans le moindre détail, ils sont conscients que le voyage comporte toujours une part plus ou moins importante d’imprévu. Ils évaluent cependant la faisabilité du projet et l’authenticité du désir de le réaliser.

Un voyage guidé par un projet bien précis

Le fait d’imposer un sujet d’étude est très pertinent : c’est souvent par là que l’on peut commencer à planifier son voyage, ce sujet nous donne les grands axes qui structurent notre voyage. Si je n’avais pas eu comme projet d’aller étudier le théâtre grec, je n’aurai probablement pas su quoi faire une fois arrivé sur place, dans un lieu inconnu. Avoir comme objectif le théâtre m’a permis de faire des rencontres plus facilement, et de ne pas me sentir totalement perdu seul dans un pays inconnu, dont je ne parlais pas la langue (que je parvenais à peine à lire d’ailleurs). C’est le projet du théâtre qui m’a dicté les premiers lieux d’exploration et mes premières activités.

Savoir qu’il fallait que je rédige un journal de bord à la fin de mon voyage m’a incité à prendre un moment chaque jour pour écrire dans un petit carnet acheté pour l’occasion mes impressions de la journée, mes activités et les choses qui m’avaient marqué, et je n’ai jamais pris ça comme une corvée, c’était un plaisir de faire l’effort de trouver les mots justes pour décrire ce qui m’arrivait, et je trouve l’expérience de Zellidja tellement formatrice que laisser filer toutes ces sensations, ces émotions fortes sans en garder la trace serait dommage.

Enfin le carnet de comptes t’oblige à gagner en maturité et en responsabilité vis-à-vis des dépenses, et bien que ce ne soit pas l’aspect le plus amusant ni excitant du voyage, cela joue un rôle important dans l’apprentissage.

Je pense que le choix des conditions imposées sur les bourses est cohérent : sachant que le but est d’en apprendre sur un domaine ou un pays inconnu, imposer une durée minimale d’un mois est légitime : c’est le temps qu’il faut pour réellement accéder à une découverte non superficielle d’un pays et de sa culture. Il ne s’agit pas de faire du tourisme, mais bien d’aller à la rencontre de l’inconnu, s’y plonger et pas seulement le survoler. On comprend aussi facilement que le voyage doive se faire tout seul. En effet, c’est ce qui m’a poussé à aller vers les gens, et je sais que si j’avais été accompagné d’un.e ami.e je serais resté principalement avec lui ou elle.

Une expérience riche et formatrice

De façon plus pratique, la bourse donnée par Zellidja m’a permis de réparer mon vélo et de m’acheter deux pass interrail (pour l’aller et le retour) qui offrent un accès à la plupart des trains d’Europe. La particularité de mon voyage se trouve cependant ailleurs. Je voulais réitérer à plus grande échelle l’expérience que j’ai déjà racontée dans l’article … c’est-à-dire voyager sans dépenser d’argent (la quasi intégralité de l’argent de la bourse était déjà dépensé dans les pass et la réparation du vélo. Je voulais expérimenter à nouveau ce sentiment puissant de bienveillance et d’humanité. En fait lors de ce voyage je suis non seulement parti à l’exploration du théâtre grec, je suis parti à la recherche de l’humain que l’on nous cache si souvent. Et je l’ai trouvé. J’ai découvert pendant mon voyage que l’on nous enseigne à nous méfier, à réserver sa confiance et à craindre autrui, souvent à tort. Aujourd’hui encore, quand je raconte mon voyage, on me répond principalement que j’ai eu beaucoup de chance de trouver des personnes bienveillantes, ou alors simplement on ne me croit pas. Pourtant c’est vrai, je suis parti plus d’un mois et demi, je n’ai pas dépensé un sou en logement, et s’il est vrai que ça m’est arrivé de dormir dans la rue, de telles nuits se comptent sur les doigts de la main. A côté de ça, j’ai rencontré des personnes merveilleuses, avec qui je suis encore en contact, qui m’ont invité découvrir leurs vies, qui m’ont accueilli chez eux et qui m’ont considéré comme si j’étais leur fils alors que je leur étais inconnu la veille. Au cours de ce voyage, j’ai eu l’impression de révolutionner le monde à ma façon, en montrant que les seules choses dont on doit se méfier inconditionnellement sont les idées reçues. Je ne cherche pas à nier la cruauté humaine, loin de là, je pense plutôt que l’humanité qui nous entoure est le reflet de nous-mêmes. Ce voyage m’a appris beaucoup sur moi-même, c’est une expérience personnelle que je souhaite à tout le monde, mais il m’a aussi appris que l’être humain n’est pas ce monstre que l’on nous présente à tout bout de champ. En voyageant avec Zellidja, je me suis fait tout petit face à tout ce que je ne connaissais pas, je me suis sondé moi-même, j’ai découvert qu’il faut continuer à interroger le théâtre antique, parce qu’il a encore des réponses à nous donner, et j’ai rencontré l’être humain que je cherchais. Les voyages forment la jeunesse dit-on souvent, et je peux maintenant le confirmer, voyager apprend à vivre, à vivre autrement.

Sur mon vélo et sautant de train en train en ferry grâce à un pass interrail, je parvins au cœur de mon voyage, la petite ville d’Epidaure sur la côte Est du Péloponnèse.

 

 

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