Qu’est-ce qu’elle a fait au bon dieu ?

BILLET D’HUMEUR

Aya Nakamura sait entretenir le succès qu’elle connaît. Et pour cause, avec six titres de son dernier album dans le top 10 des téléchargements Itunes, celui-ci est déjà disque d’or. Un départ en trombe pour une carrière hors norme ? 

 

Malgré son succès, on a l’impression que ce ne sont pas les fans d’Aya Nakamura qui font le plus de bruit. Les critiques adressées à la jeune femme deviennent légion. De certaines émissions radio aux tréfonds des réseaux sociaux, tout le monde semble avoir son mot à dire sur le buzz sur lequel surfe la jeune française.

On trouve des puristes en tout genre prêt·e·s à descendre une artiste qui monte en puissance. Que ce soit pour augmenter leur audience ou calmer leur frustration, la question n’est pas là. Il faudrait plutôt se demander pourquoi la France est devenue en quelque semaine un pays aussi conservateur alors qu’on laisse mièvrement sévir M Pokora et Calogero depuis bien trop d’années ? Eux dont le talent, ou la grandeur artistique n’a jamais été questionnée, eux dont le nom ne sera sans doute jamais écorché. L’hypocrisie dont nous faisons preuve collectivement est bien loin de passer inaperçue.

Une bataille déjà gagnée

Comment peut-on par exemple imaginer que l’on puisse écorcher trois fois un nom de scène sans le faire exprès ? Particulièrement quand c’est l’artiste du moment… Trois erreurs différentes pour un prénom à trois lettres, ça fait très gros. Malgré elle, la chanteuse n’est jamais à l’ombre des polémiques.

Alors qu’elle est la première artiste française à être en tête des ventes de singles aux Pays-Bas depuis Edith Piaf, on continue de prétendre que ce succès est n’est que le témoin d’une jeunesse perdue dans un dénuement culturel. On infantilise Aya Nakamura et ses chansons parce qu’elles n’ont pas la structure d’une pièce de Molière. Certain·e·s vont jusqu’à estimer à tort qu’il n’y a pas de message, que la production est vide de sens. On enlève toute portée politique à une œuvre, pour ensuite pointer du doigt le fait que personne n’en perçoive le sens.

Une autre théorie pour dénigrer Aya Nakamura est de dire qu’elle dévaloriserait l’image de la femme. Cette thèse est évidemment empreinte d’un sexisme profond et enraciné, puisqu’en l’occurrence un homme – journaliste qui plus est – semble expert sur la dévalorisation dont sont victimes les femmes.

Les virilistes sont de sortie

Bien malgré elle, Aya Nakamura permet de révéler certaines des pires tendances. Parce que certain·e·s ont du mal avec sa présence-même. Le succès d’une femme permet de faire une distinction entre les personnes écoutant de la musique pour le plaisir et ceux qui l’écoutent avec des stéréotypes de genre. Ainsi, on voit sur Twitter un nombre incalculable de jeunes hommes se demander s’ils sont toujours éligibles au FC Hommes après avoir écouté et / ou apprécié un titre d’Aya Nakamura.

Une attitude hautement toxique qui soulève quelque questions de bon sens. La virilité sous couvert de connerie profonde est-elle plus importante que la décence ? Il va être essentiel dans les années d’apprendre aux petits garçons du 21ème siècle que leurs testicules ne tomberont pas, même s’ils font la folie d’acheter l’album d’Angèle, d’Aya Nakamura ou même de Bilal Hassani.

Pas besoin de grand chose pour aimer les titres d’Aya à vrai dire. Djadja a plus de 250 millions de vue sur Youtube. Cette musique a une dimension extrêmement politique à l’ère de #balancetonporc. Copines incite les mythomanes à se tenir à carreau, et à arrêter de comparer et donc de réifier les femmes. Elle a à peine 23 ans mais a déjà occupé une place dans presque tous les classements français et européens.

Les racines contre le racisme

Ses mélodies sont inspirées des musiques dancehall qu’elle écoute depuis qu’elle est petite. Sa musique permet à des milliers de personnes de s’identifier aux histoires qu’elle propage. Les histoires d’une femme forte. Et elle embarque plusieurs centaines de milliers de fans dans son univers, avec un vocabulaire toujours aussi cryptique. Un de ses titres porte par exemple énigmatiquement le nom de l’album le plus vendu de Diam’s.

On souhaite du courage à Aya Nakamura, car en plus d’être victime de sexisme, elle souffre aussi du racisme. Aucune star de R&B à la peau aussi foncée n’a connu le succès depuis le 21ème siècle. Aujourd’hui, elle crée un précédent en terme d’audience, en terme de contenus depuis Diam’s en 2006. Avec un album très complet, elle empêchera quiconque de dire que ses propos sont creux. Elle devient l’une des plus jeunes françaises à décrocher le disque d’or.

Karima Ramdani l’a analysé dans un roman publié en 2011, le devant de la scène était monopolisée par des femmes maghrébines : Kenza Farah, Amel Bent, Sheryfa Luna. A d’autres prendre les devants de la scène française, et même d’une scène internationale aujourd’hui. Les rageux rageront mais ce n’est pas ça qui la stoppera. Comme dit précédemment, il est intolérable d’avoir laissé Matt Pokora sévir pendant des années, avant de se prétendre expert du bon goût lorsqu’Aya Nakamura sort un album.

 

Quand elle était petite, elle se disait tétanisée à l’idée de chanter sur une scène. Aujourd’hui elle enchaîne plusieurs concerts par semaine. Malgré une carrière intense à 23 ans, elle dépose sa fille à l’école tous les jours et dit au magazine américain The Fader que pour elle rien n’a changé. Hormis peut-être le fait qu’on la prenne d’avantage au sérieux. Il était temps car elle a encore le temps d’impressionner.

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