Spiritualité et engagement : quand l’engagement dépasse la spiritualité

Les croisades, la Reconquista, les actions menées par des groupes terroristes comme le Ku Klux Klan, Al Qaïda ou plus récemment l’État islamique… toutes ont un point commun : le meurtre et l’intolérance au nom d’un Dieu d’une religion ou d’une spiritualité.

On peut voir que la spiritualité peut occuper une place forte dans l’engagement politique et que croire est inhérent à l’Homme et à ses activités quotidiennes. Mais comment est-il possible qu’une telle chose puisse nous mener à “l’inhumain”, à l’engagement dans la destruction et l’intolérance ?

L’islam, spiritualité ou religion ?

Quand on voit ce que peut produire l’adhésion à une cause religieuse et que l’on se rend compte que certains actes ne correspondent pas à la définition que l’on se fait de celle-ci, la question suivante peut se poser : la religion en tant que structure et élément indissociable de la vie culturelle et sociale, est-elle encore une forme de spiritualité  ?

“Elles [religion et idéologie] ne peuvent offrir d’humain, que la tolérance de l’autre et le vivre ensemble avec lui dans le rappel constant qu’il est avant tout un “autre” ; et non le respect, le partage et le métissage dans la conscience cosmique de la famille humaine.”

Ousmane Timera

Ousmane Timera considère par exemple, à propos de l’islam, qu’il ne s’agit ni d’une religion ni d’une idéologie. Selon lui ces dernières aboutissent inexorablement à la création d’un faussé entre soi et l’autre (personne ou groupe ne partageant pas les mêmes doctrines), ainsi qu’à la soumission et donc à la violence. Or ce ne sont pas (toujours pour Ousmane Timera) les valeurs du Coran. “Le salut et le paradis est à tous ceux qui ont la foi et font le bien, avec ou sans religion, sans distinction” (Coran, S2.S62).

Néanmoins, on assiste à de nombreux cas où la religion mène à l’engagement dans des actes violents, voire meurtriers.

Les protestants et le Ku Klux Klan

Cette organisation dont la réputation n’est plus à faire et dont on ne parlait plus vraiment en France, sauf en cours, fait à nouveau parler d’elle avec la sortie de BlacKkKlansman. Malgré son fort investissement dans la politique, le KKK se revendique en tant que communauté “ethnico-religieuse”. Il appuie ses revendications d’une “suprématie blanche” sur une interprétation du Livre de la Genèse. Son emblème est une croix, que ses membres enflamment volontiers lors de leurs cérémonies. Leur idéologie les mène à de nombreuses actions violentes envers la population noire, mais pas seulement. Toute personne issue de l’immigration ou la soutenant est visée. C’est ce qu’illustre le film Mississippi Burning en racontant la disparition de trois défenseurs des droits civiques. Inutile de détailler les actions que menaient le KKK, la culture et les grands artistes le fond déjà très bien.

 

 

Malgré sa dissolution officielle en 1944, le KKK existe encore au travers de groupuscules qui soutiennent son idéologie.

 

Le rastafarisme et l’homophobie

Lors de son passage au festival Montreux Comedy Shirley Souagnon dénonçait sur le ton de l’humour l’homophobie présente dans le reggae. Les versions plus modernes (reggae dance soul, reggaeton, dancehall, …) ne sont pas non plus épargnées, au contraire ! Loin du message de paix et d’amour que prônent les musiques de Bob Marley par exemple, les propos homophobes ne sont pas récents dans le reggae. En 1994 déjà, Buju Banton dans son titre “Boom Bye bye” chante déjà “Boom, au revoir, au revoir, dans la tête du garçon homo, les gros durs n’aiment pas les mecs pas bien, ils doivent mourir…”

Des associations pour la cause homosexuelle telles qu’Outrage! ou encore Action Gay LBTH Bretagne dénoncent et combattent la diffusion de ce genre de message. De la même manière, d’autres chanteurs rastafari dénoncent ces pratiques.

“Même si la bible condamne l’homosexualité, ce n’est pas aux hommes de juger leur prochain, mais à Dieu. […] La musique est amour c’est ce que nous devons défendre.” Ken Boothe

Le fameuse citation dont personne ne semble connaitre l’origine “le reggae est un reflet de la vie rasta, elle est son écho et non sa source” ne semble pas mentir. Ces textes font malheureusement écho à une réalité.

“En Jamaïque, les pratiques homosexuelles consensuelles entre hommes restent un crime et sont passibles de dix années d’emprisonnement. Bien que ces lois soient rarement appliquées, le climat résultant de ce type de préjudice augmente la probabilité de discriminations, d’agressions et d’autres atteintes aux droits humains”. Amnesty International

Le meurtre de Brian Williamson, cofondateur du forum pour les gays et les lesbiennes en Jamaïque J-Flag, ne vient que consolider le propos. Quand on est homosexuel dans ce pays les seules options possibles semblent être de partir ou de mourir.

L’islamisme devenu un extrémisme

Difficile de résumer dans un paragraphe ce phénomène moderne et complexe – d’autant plus complexe que moderne. Difficile également de savoir quoi dire sur un sujet si récurrent dans les médias. Que répéter sur cette fameuse “menace terroriste” ? Nous pouvons rappeler quelques dates clefs. Le 11 septembre 2001, le 13 novembre 2015 ; mais aussi rappeler ces nombreuses autres attaques terroristes causant des centaines, sinon des milliers de victimes partout dans le monde. Nous pouvons ajouter que, même s’ils prônent la religion, et se cachent derrière une soit disant volonté divine, d’autres volontés les gouvernent. Pour Scott Atran “[l’État islamique] offre la perspective d’une société utopique, qui rachète et sauve l’humanité à travers l’action violente qui doit briser les chaînes de l’ordre mondial des États-nations imposé à l’issue de la Première Guerre mondiale par les vainqueurs européens. […] C’est précisément celui-ci que l’« EI », mais aussi beaucoup au Moyen-Orient considèrent comme la cause première de leur souffrance et de leurs malheurs.”

Le point commun à ces trois exemples.

Outre le fait que ces trois exemples traitent des extrêmes dans la religion, ils s’ancrent dans un contexte. La spiritualité seule ne peut expliquer le passage à l’acte (l’engagement). Pour comprendre ces phénomènes, il faut prendre en compte les facteurs historiques, géo-politiques, sociaux, … Il faut aborder cela comme un système, c’est-à-dire des pôles qui interagissent les uns avec les autres. Nos croyances seront influencées par notre environnement social, et notre vécu et vice-versa. Ainsi la religion n’est pas l’unique cause, elle est une cause, sinon un prétexte. Et si elle arrive à occuper une place importante, c’est grâce à son utilité dans l’engagement. Elle offre une structure mais permet également une meilleure cohésion entre les membres qui se battent pour un même idéal.

“Contrairement  aux membres fondateurs d’Al-Qaïda, les aspirants djihadistes d’aujourd’hui sont, la plupart du temps, de jeunes adultes qui se cherchent – immigrés, étudiants, entre deux jobs ou deux relations, ayant quitté le foyer parental et cherchant une nouvelle famille. La majorité d’entre eux n’ont pas reçu d’éducation religieuse traditionnelle et se sont convertis, à la fin de leur adolescence[…]” Scott Atran

Une dissonance avec notre définition de spiritualité

Pour rappel, nous définissons la spiritualité “comme la vie de l’esprit, l’aspiration aux valeurs humanistes qui donnent un sens à la vie de l’individu”. Elle aboutit donc à “apprendre à se connaître soi-même, réfléchir à son rapport à l’autre et s’en enrichir, développer son esprit critique, construire sa propre liberté de choix, progresser dans la cohérence entre ses choix et ses actions.” En effet, si on s’en tient à cette définition de la spiritualité, nous ne voyons pas comment elle peut aboutir à l’intolérance, encore moins à la violence et surtout au meurtre. Cet article aborde la question de la spiritualité dans l’engagement, et raccorde donc avec le premier article : spiritualité et engagement politique : quel lien existe-t-il ? Ainsi donc la boucle est bouclée. Quoi de mieux que du Dooz Kawa pour finir la série en beauté ?

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