L’attrait du rétrofuturisme dans le jeu vidéo

Il y a quelques années déjà, les médias s’impressionnaient du retour en force des modes vintages. L’art n’a pourtant pas attendu que le grand public en fasse la demande pour donner naissance au rétrofuturisme.

“La voiture du Futur”, parue en 1950 dans Science and Mechanics

Le rétrofuturisme est un courant artistique né dès 1983, fondé sur l’imagerie futuriste des années 60, 70 voire 80. Cette imagerie rétro contraste avec les technologies futuristes au design très vintage qu’elle met en scène Il offre une vision nostalgique d’un futur qui aurait pu être, mais n’est pas.

De nombreux univers dystopiques ou scénarios catastrophes s’en servent : Fallout, Bioshock, Wolfenstein, ou We Happy Few pour ne nommer qu’eux. L’industrie vidéoludique a réussi à s’approprier cet univers comme aucun autre média artistique n’aurait pu le faire : visuel, son, immersion, interaction.

Nous nous intéresserons principalement aux travaux recoupant le rétrofuturisme et les dystopies ou autres avenirs incertains, voire apocalyptiques : Pourquoi paraissent-ils si proches?

Pourquoi le choix du rétrofuturisme ?

Il symbolise avant tout l’attrait pour une ère douce et passée, celle des Trente Glorieuses. Cela rime avec la démocratisation de certains produits comme les voitures, les premiers robots ménagers, l’augmentation du pouvoir d’achat pour la classe moyenne, en bref la technologie au service du consommateur. A cela, s’ajoute également l’emblématique marketing des années 60. En matière de rétrofuturisme, tout passe par l’appropriation visuelle. C’est ce qui permet de créer immédiatement une certaine connivence avec le public. L’ambivalence des messages délivrés dépend des scénarios développés.

Pub américaine de Coca-Cola

Chacun a une représentation plus ou moins séduisante du passé. Les affiches sont travaillées, graphiquement intéressantes, aux couleurs vives et contrastées, autrement plus décoratives que les publicités actuelles. D’autant plus que les technologies présentées au design très kitsch laissent envisager un futur totalement différent de notre présent. Le vintage revient d’ailleurs depuis quelques années à la mode, notamment avec les vêtements ou la décoration.

 

Publicité “Abraxo” dans le jeu Fallout

La force du rétrofuturisme réside dans ce qu’il représente : une vie paisible, l’économie au beau fixe. Cette certaine insouciance contraste avec un univers déchu et hostile, tel que nous le présente Fallout. En 2077, une guerre nucléaire explose entre les Etats-Unis et la Chine, et ce qu’il reste de l’humanité doit s’abriter dans des abris anti-atomiques pour survivre à cet hiver nucléaire.

Le scénario n’est pas sans rappeler la tension de la Guerre Froide, d’autant plus que malgré sa chronologie, les designs du jeu se servent largement de l’imaginaire des années 60. Des maisons aux vêtements en passant par les publicités ou la bande son, tout dans ce jeu rappelle l’univers vintage des Trente Glorieuses.

 

La touche dystopique

Le premier intérêt à revisiter le passé avec cette vision est de pouvoir se servir de l’Histoire comme d’un réservoir à scénarios presque illimité. Si les romans historiques existaient déjà (Les Rois Maudits de Maurice Druon, entre autres), se servir du passé pour y faire de la science-fiction est parfaitement novateur. Le jeu Wolfenstein explore par exemple la possibilité d’une victoire des nazis lors de la Seconde Guerre Mondiale. We Happy Few prend quant à lui place dans une Angleterre des années 60 sous domination allemande. Pour maintenir la population docile, celle-ci est droguée pour masquer la laideur du monde dans lequel ils vivent réellement.

Bioshock, dans cette même dimension, nous permet de visiter à la fois un Eden et un Atlantide des années folles. Les avancées technologiques auraient permis de créer une ville parfaite submergée, avant que cette société, rongée par ses vices ne s’effondre sur elle-même. Cette ville de plaisirs, de luxe et d’oisiveté est consumée par les drogues, tel un Icare technologique.

Artwork de “Rapture” – Bioshock

Les dystopies ont été théorisées pour la première fois au XIXème siècle pour désigner des contre-utopies. L’utopie décrit une réalité idéale et donc inatteignable. Le terme de dystopie contrebalance avec ce rêve. Les contraintes exercées sur un peuple pour atteindre cette utopie et le bonheur de chacun sont en effet souvent liberticides. Certains exemples sont devenus des références comme 1984, Farenheit 451 ou The Hunger Games. Les œuvres abordant ce sujet font maintenant légion, peu importe le format : livres, films, jeux vidéo, …

Usage et interprétation

Bioshock s’en sert pour mettre en exergue les dérives d’une technologie dans une société qui n’est pas prête à y être confrontée sans retour de bâton. Chaque évolution technologique a ses problèmes inhérents à son utilisation. L’arme atomique, les médicaments de synthèse, les nouvelles technologies… Rien ne peut être totalement maitrisé, Tchernobyl et Fukushima ont su nous le rappeler. De telles villes “idylliques” fermées existent bel et bien dans le vrai monde. L’URSS en a par exemple mis en place pendant la Guerre Froide pour y développer une forte industrie nucléaire protégée de l’espionnage occidental. Oziorsk s’appelait “Tcheliabinsk-65” depuis 1945 pour garder son identité secrète. Les habitants de ces villes irradiées vivaient une vie de luxe comparé au reste de l’URSS aux frais de l’Etat.

Publicité fictive pour un abri anti-atomique du jeu Fallout

Fallout est plutôt annonciateur d’un futur catastrophique dans un monde ancré dans de vieux modèles. Il rappelle inévitablement le cadre rêveur des années 60 alors que le monde pouvait basculer dans une guerre nucléaire du jour au lendemain. En bref, la fin d’un monde tel que nous pourrions la connaitre, ruiné par les ambitions des plus grands. Le jeu offre une vision particulière de la “fin du monde” : Le monde que nous connaissons s’achève mais après quelques siècles d’hiver nucléaire, tente de renaître, parmi les ruines. Ces reliquats d’avant-guerre sont tout ce qu’il reste dans les mémoires, et servent de socle à un monde dévasté par les radiations.

Visuellement et musicalement parlant, ces univers font forte impression puisqu’ils sont partiellement ancrés dans l’Histoire. Dans Fallout, vous pouvez ainsi arpenter Washington en ruines, en écoutant des hits des années 50 et 60. La plupart des fictions sont influencées, de près ou de loin, par l’Histoire. C’est la raison pour laquelle elles-sont si intéressantes, étant à la fois si proches et si distantes, offrant une infinité de déclinaisons à notre monde.

Le “Vault-Boy”, mascotte des abris Vault-Tec – Fallout

 

 

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