J’irai rencontrer les « Aussies »

Un voyage d’un an en Australie pour témoigner de l’agitation migratoire et restituer des parcours de vie.

Cet article est le premier d’une série de reportages et portraits sur le sixième continent. Anaïs part à la rencontre de femmes et d’hommes migrants en Australie. Le voyage est abordé sous l’angle de la rencontre, de l’immersion, de la considération de l’Autre pour un meilleur vivre ensemble.

 

J’ai chopé le « Zugunruhe », le syndrome de l’oiseau migrateur.

Je suis Anaïs, âgée de 29 ans, je vis à Rennes et je travaille dans l’organisation de manifestations culturelles. Il y a un an, j’ai pris conscience que je m’éloignais de mes rêves de voyages, prise dans le tourbillon de la vie active. A l’instar de ces canards qui parcourent des milliers de kilomètres de l’Alaska à la Nouvelle-Zélande, un besoin inconditionnel d’exploration me tiraillait. J’ai laissé germer en moi l’idée de tester une vie de nomade.

Quoi de plus épanouissant que d’aller au bout d’une idée un peu folle, de la concrétiser… Après plusieurs mois de préparation, je m’apprête donc à m’envoler en direction de la plus grande île du monde pour un an d’exploration. Le fil rouge de ce voyage : en immersion, témoigner et restituer les parcours de vie de personnes qui ont quitté leur pays d’origine, par choix ou par nécessité, pour s’installer en Australie.

 

« Where are you from? », « I’m a bloody Ozzie mate »[1]

Ce projet, je l’ai imaginé avec l’aide du CRIDEV (Centre Rennais d’Information pour le Développement et la Solidarité entre les Peuples) et de JTM (Jeunes à Travers le Monde). Il fait écho à un précédent voyage à la frontière franco-mexicaine. Avec une amie américaine spécialiste des relations entre les Etats-Unis et le Mexique, nous avions enquêté sur l’intégration des mexicains immigrés aux USA et le processus de réintégration à leur retour au Mexique.

L’Australie s’avère être un terrain d’étude propice car plus d’un quart de sa population est né à l’étranger. Les effets de cette immigration massive s’observent quotidiennement dans les rues de n’importe quelle ville de taille moyenne, à travers les commerces, l’architecture, l’art, la gastronomie, mais aussi à travers les habitants.

Au niveau des individus, migrer peut provoquer un sentiment de déracinement. Comment se construire alors en dehors de son histoire pré-écrite ? Quelles sont les motivations qui poussent à partir s’installer ailleurs, vivre hors de son pays d’origine ? Comment s’intégrer ? Comment adopter un autre mode de vie, toucher à l’universalité, tout en revendiquant sa particularité ?

 

Un multiculturalisme australien azimuté

Avec plus de 28% des 24 millions d’habitants nés à l’étranger, l’île-continent faire figure de pays modèle en terme de multiculturalisme et de cosmopolitisme.

 

 

La politique de « l´Australie Blanche » qui visaient à empêcher les immigrants non-blancs de rentrer sur le territoire, y compris les peuples autochtones n’est plus en vigueur depuis les années 70. Néanmoins force est de constater qu’un racisme tenace subsiste envers les communautés aborigène, asiatique et musulmane. Le gouvernement australien mène une politique d’immigration stricte mais questionner l’intégration des immigrants est plus que nécessaire.

 

Catégories de visas australiens Source : abs

Une certaine vision du voyage

Voyager tout en récoltant des témoignages qui apportent des solutions et contribuent à une vision positive du sujet de l’immigration. Voilà l’objectif. Donner la vision la plus exacte du monde. Montrer ce qui ne marche pas mais aussi, et surtout, ce qui marche. De nombreuses initiatives intéressantes et inspirantes menées de manières individuelle ou collective existent. Loin de l’idée de « consommer de l’authenticité » ou encore de faire du volontourisme, il faut alors tendre vers une circulation du témoignage, le rendre nomade pour un meilleur vivre ensemble.

 

« Sans cesse, nous nous demandons qui nous sommes (…) Nos sociétés occidentales sont obsédées par les questionnements identitaires. Mais nous devrions plutôt nous demander qui est l’autre ». Leïla Slimani.

 

Il faut donc prendre le temps d’être immerger pour mieux rendre compte à quel point nous sommes liés par plein de petites choses qui sont faciles à retranscrire (via l’art, la culture, l’environnement).

Il s’agit de prendre le recul nécessaire et discerner les faits, rien que les faits, des apparences enjolivées ou encore enlaidies. Il importe de veiller à ne pas tomber dans le biais culturel, l’ethnocentrisme, cette tendance à tout analyser, interpréter par le biais de ses propres références culturelles.

Michel Agier explique que « l’abondance des représentations visuelles masque la faiblesse des informations, des analyses et des débats politiques. (…) Regarder des situations, voir des vies, juger, tenter, braver, et travailler à rapporter autrement à ceux auxquels nous faisons attention. »

[1] « D’où viens-tu ? » « Je suis un foutu australien mec »

 

 

 

 

 

Sources :

 

 

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