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Spiritualité et engagement : Pourquoi sommes-nous tou·te·s croyant·e·s ?

En 2016 le diplôme universitaire « religion, droit et vie sociale » s’est crée à l’université de Rennes 1. Ce dernier a pour but d’ « assurer une formation civique et citoyenne, notamment pour former des référents laïcité dans divers domaines de la vie professionnelle ou associative ».

 

Il est pour l’université de Rennes 1 une manière de « participer à sa façon à la lutte contre les discriminations et à œuvrer en faveur du vivre-ensemble» [1]. Ce DU se présente donc comme une réponse apportée aux nombreuses problématiques émergeant de la mondialisation; et notamment à la cohabitation de diverses religions. Ces dernières sont présentes dans toutes sociétés et semblent inhérentes à l’Homme. Nous nous sommes donc demandé pourquoi l’Homme croit ? Et nous irons plus loin en nous demandant pourquoi nous sommes tous croyants ? En effet il semblerait que la spiritualité soit commune à tous les êtres humains, y compris aux athées.

 

Spiritualité et religion

Tout d’abord, même si dans l’article précédent nous avions déjà explicité le fait que le terme de spiritualité n’était pas nécessairement rattaché à la religion, revenons sur la distinction qui réside entre ces deux idées. La religion est une institution, ou du moins elle est institutionnalisée. Elle est définie par des textes, propose de nombreux rituels et nous guide explicitement dans nos actes de la vie quotidienne. Elle se rattache à un groupe, et pousse à nous regrouper. La spiritualité, elle, est un phénomène individuel. C’est le chemin que chacun emprunte personnellement pour mener sa vie.

Rappelons-le, nous définissons la spiritualité comme “la vie de l’esprit, l’aspiration aux valeurs humanistes qui donnent un sens à la vie de l’individu”. Elle aboutit donc à “apprendre à se connaitre soi-même; avoir le souci de l’autre ; réfléchir à son rapport à l’autre et s’en enrichir ; développer son esprit critique ; construire sa propre liberté de choix, progresser dans la cohérence entre ses choix et ses actions” [2].

“Il suffit de s’en rendre compte, de prendre un peu de recul, […] il existe d’immense spiritualités sans croyance en Dieu ou en transcendance. C’est ce que j’appelle des esprit de l’immanence.”

Arnaud Desjardin

 

Ici nous rattachons la spiritualité à la croyance. Or la croyance peut prendre des formes diverses et s’enraciner dans des sujets multiples. Cependant celles auxquelles nous faisons référence, ne s’éloignent pas de notre définition originelle. En effet, nous parlons des croyances qui sont une manière de comprendre le Monde, d’y donner du sens. Si la spiritualité peut se passer de la religion; la religion, au contraire, ne peut pas se passer de spiritualité. C’est pour cela que nos allusions à cette dernière ne seront pas illégitimes.

“Les croyances et pratiques religieuses impliquent exactement les même structures cognitives et affectives que les croyances et les pratiques non religieuses – et pas d’autres – mais selon des modes (plus ou moins) systématiquement distincts”

Scott Atran

Une similitude sémantique

L’esprit est défini comme une substance immatérielle qui sert de support à la pensée. De son côté le spirituel “se dit de ce qui est de la nature de l’esprit, considéré comme une réalité distincte de la matière” [3]. Non seulement l’un et l’autre réfèrent à la même abstraction, mais de plus, le spirituel dans sa définition semble être une composante de l’esprit (humain).

 

L’Homme, un être doté de Raison

Mais pas que. Le temps de Descartes où l’on pensait que l’être humain est transparent à lui-même est loin désormais. Depuis Freud et la découverte de l’inconscient, ce point de vue a été remis en question. Aujourd’hui nous parlons de Sujets, c’est à dire d’êtres n’ayant pas accès à eux-mêmes. Ces derniers sont sous la mainmise de leurs pulsions, leurs désirs, leurs émotions. L’homme est un être doté de raison, mais n’est pas un être stricto sensus raisonnable. D’ailleurs, bien que la Raison ait décrié les croyances depuis des siècles, elle ne les a pas empêché d’exister.

Nos conceptions du Monde sont donc guidées également par des croyances, même à notre époque. Philippe Coutant dans son article “Nous sommes tous et toutes des croyant-es !” paru dans Alternative Libertaire Bruxelles nous montre les croyances – que l’on place parfois sous le terme de valeurs – qui habitent nos esprit. Il prend pour exemple la République, la Vérité, ou encore la Science. Nous pensons cette dernière capable d’expliquer l’origine du Monde et de la vie. Dire « c’est scientifique » semble signifier « c’est vrai ». Bien souvent nous oublions que beaucoup d’idées ne sont que des théories, et que les nouvelles découvertes viennent reconstruire les anciennes.

 

« Aujourd’hui ce qui est nouveau c’est que la critique de la croyance ne peut plus se faire face à des appareils idéologiques organisés et dominants, face à la religion comme institution, comme le faisait Nietzsche ou d’autres. La critique ou la prise en compte de la croyance doit se faire de l’intérieur du champ des activités humaines, dont la politique fait partie. Nous ne sommes plus face à une ou des églises, mais face à nous-même humains, qui avons besoin de croyance »

Philippe Coutant

 

 

Pas d’humanité sans croyance !

« Aucune société sans religion n’a été découverte à ce jour »

Jean-François Dortier

La croyance semble être un fait inhérent à l’humanité. En effet, dès ses débuts l’Homme, ou du moins ses ancêtres ont commencé à créer des sépultures, puis enterrer leurs morts systématiquement à partir du Paléolithique supérieur (environ 40 000 ans avant notre ère). Cela ne démontre pas que l’Homo Sapiens avait déjà développé une croyance en une force ou une présence divine. [4] Cela semble être rattaché au début de la spiritualité, ou du moins à la conception d’une pensée abstraite. Hors cette faculté d’abstraction, ces croyances de haut degré sont ce qui nous caractérisent en tant qu’être humain. (Nous précisons de haut degré, puisqu’en effet, ces mêmes facultés, mais dans une moindre mesure ont été observées par des psychologues chez d’autres animaux. Le premier fut Köhler, grâce à des chimpanzés).

La spiritualité, la question du sens de la vie reste tout de même un attribut humain. Jostein Gaarder dans son livre Maya, faire dire au personnage principal que cela est dû aux quelques circonvolutions en trop que nous possédons, et que le lézard avec lequel il converse en est dépourvu et ne peut comprendre.

Une histoire d’évolution ?

D’après les psychologues qui s’intéressent au développement humain, l’Homme aurait développé ses facultés intellectuelles et langagières parce que justement ce dernier n’avait, à l’origine, “rien”. En effet, nos ancêtres au temps de la préhistoire ne possédaient ni ailes, ni griffes, ni cornes, etc… Leur manque de défense les auraient donc poussé à développer d’autres facultés pour survivre. Cela croisé avec notre neuroanatomie nous explique pourquoi nous avons développer une structure si complexe qui nous permet de croire.

Cependant, les psychologue évolutionnistes de la religion émettent une hypothèse plus forte.  Non seulement la religion serait un produit des facultés que nous avons acquises durant l’évolution; mais elle serait également un produit de l’évolution au même titre que notre capacité à se tenir debout. Par le fait que ce comportement soit partagé par toutes les société humaines, l’idée qu’il soit une conséquence de la sélection naturelle est plus que probable. Ce dernier aurait facilité notre survie. (Notamment par le fait qu’il vaille mieux attribuer un caractère volontaire à un phénomène et ainsi nous mettre en garde, que de le percevoir comme un simple phénomène naturel). Cependant ces thèses sont remises en question, puisque contrairement aux organismes vivants les comportements, eux, ne laissent pas ou peu d’ossements. [5] De plus, la configuration de notre esprit aurait facilité la transmission de la religion/ croyance.

« Les concepts religieux ont la particularité de pouvoir se transmettre très facilement de génération en génération, sans être modifié, car ils sont parfaitement adaptés aux processus cognitifs de l’Homme »

Pascal Boyer

 

La neurothéologie

dessin vintage des différentes zones cérébrales et de leurs fonctions

La neurothéologie tente de trouver dans le cerveau humain les structures, et les éléments qui  programmeraient notre croyance. Il s’agirait de trouver une région cérébrale de la spiritualité au même titre qu’il existe celle qui gouvernent notre langage. [6]

Cependant, ce domaine de recherche semble surtout se concentrer sur les expériences mystiques, et les effets de la méditation. Ces deux évènements sont loin de pouvoir expliquer pourquoi dans la vie de tout les jours l’Homme croit.

 

« Chaque affect humain a une résonance cérébrale, mais réduire la spiritualité à cette seule réalité, et plus encore, la percevoir comme seule raison à Dieu, est un raccourci simpliste »

Carol Albright

 

Une nécessité psychologique

Pour comprendre la spiritualité il ne faut donc pas se rapporter uniquement au biologique mais au psychologique. Au delà de la thèse psychologique évolutionniste, qui voit d’une certaine manière le développement de la spiritualité au sein de l’espèce humaine comme une nécessité ; d’autres psychologues la voient comme une nécessité de défense au phénomène de la vie de tout les jours.

Pour Freud, dans l’avenir d’une illusion, Dieu représente le Père fondateur, il incarne la figure paternelle idéale. L’Homme est face à lui comme un petit enfant face à ses parents. Devant les épreuves de la vie il se sent désarmé, faible. Il se tourne vers la religion pour obtenir structuration, soutien et affection. La religion est donc une réponse face à l’angoisse humaine.
De même le sentiment océanique [7] serait pour le fondateur de la psychanalyse une régression de l’adulte vers l’enfance, ce dernier retrouverait le sentiment de complétude qu’il ressentait avec sa mère. [8]

 

La spiritualité dans notre société

Pour Durkheim la religion serait le produit de la société.

« Une société à tout ce qu’il faut pour éveiller la religion dans les esprits, par la seule action qu’elle exerce sur eux, la sensation du divin; car elle est à ses membres ce qu’un dieu est à ses fidèles »

Pour d’autre elle servirait d’édifice à la société :

« La vérité est que la religion, étant coextensive à notre espèce, doit tenir à notre structure »

Henri Bergson

 

Nous l’avons déjà dit dans l’article précédent. La religion permet d’unir les hommes sous des valeurs et des pratiques communes; de créer de la cohésion entre eux. Cela créer une communauté qui permet de s’apporter du réconfort. Et outre cela, l’homme est un animal social qui éprouve le besoin (depuis la nuit des temps) de se regrouper, de se sentir appartenir à un tout.
Elles permet de structurer la société, et à l’origine de former des lois : “Tu ne tueras point”.

Même si la science nous offre de multiples réponses plus ou moins achevées à cette question, un long trajet reste à faire afin de réellement pouvoir saisir pourquoi l’Homme est croyant. Cependant une chose reste certaine c’est que nous sommes tous dotés de spiritualité. Même ceux qui se disent athées sembleraient présenter des croyances. La politique en fait partie. Les conflits politiques sont à loger à la même enseigne que les conflits religieux.

Le mois prochain nous aborderons le fait que cette spiritualité inhérente à l’Homme semble pourtant pouvoir nous conduire à des actes inhumains. Nous n’avons malheureusement pas détaillé ces nombreuses pistes, ébauches de réponses, car il en résulterait un livre. Nous n’avons pas non plus dressé une liste exhaustives des possibles explications.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pour aller plus loin…

La pensée animale :
Le langage et la pensée, Paul Chauchard, edition Que sais-je?

La psychologie évolutionniste de la religion :
https://www.nonfiction.fr/article-2463-religion-et-anthropologie-cognitive.htm

Freud et la religion :
https://www.franceculture.fr/emissions/les-nouveaux-chemins-de-la-connaissance/freud-et-la-religion-14-totem-et-tabou

La Neurothéologie :
http://owni.sabineblanc.net/dieu-cest-dans-ta-tete.pdf

Sources :

1 – https://www.univ-rennes1.fr/actualites/22122017/religions-et-vivre-ensemble-les-premiers-diplomes
2 – https://www.eedf.fr/ressources/downloads/observatoire__fiche_spiritualite_et_engagement.pdf
3 – https://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/spirituel_spirituelle/74251
4 – http://www.museedelhomme.fr/fr/quand-homme-est-il-croyant
5 – http://www.lesinfluences.fr/Dieu-descendrait-du-singe.html
6 – https://www.scienceshumaines.com/d-ou-vient-le-besoin-de-croire_fr_15110.html
7 – Romain Rolland
8 – Correspondance entre Freud et Romain Rolland

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