Urgence climatique : Devons-nous attendre le changement ?

Nous sommes le 30 septembre 2018. Cette année les ressources annuelles de la planète ont été épuisées dès le 1er août. Ce « jour du dépassement » arrive de plus en plus tôt chaque année. Nous vivons donc à crédit depuis deux mois par rapport à ce que la planète peut renouveler chaque année.

 

Les autorités ne semblent pas plus alarmées qu’avant par le dérèglement climatique et les pertes de la biodiversité (nous vivons aujourd’hui la sixième extinction de masse sur Terre) . Notre président, Emmanuel Macron, a été sacré « Champion de la Terre », symbole de la transition écologique. Il est important de rappeler certains projets de son gouvernement : La Montagne d’Or en Guyane, la raffinerie à huile de palme de la Mède, le recul de l’interdiction du glyphosate, ou la revalorisation de la chasse en France. Les doubles discours du gouvernement sont nombreux, et surtout, objectivement dangereux. La démission du ministre de l’écologie, Nicolas Hulot, illustre bien la situation ainsi que la position du gouvernement (et des lobbies) vis à vis de l’écologie.

Démission de Nicolas Hulot le 28/08/18

Chaque année, la population mondiale croît. Il en va de même pour nos besoins énergétiques. Les gouvernements et les grandes industries ne sont pas prêts à entamer eux-mêmes la transition. Peut-être serait-il serait de bon ton de l’amorcer nous-même, en tant que citoyens et consommateurs.

Qu’est-il possible de faire à notre échelle ?

Chaque initiative compte : il n’est pas question ici de vous faire renverser le système capitaliste. Pour commencer, il est évident qu’il est important de surveiller son rythme de vie : Ne pas laisser tourner les appareils électriques à vide, ne pas laisser les lumières allumées, ne pas laisser son ordinateur allumé ou en veille avec 10 onglets internet ouverts ou se priver de certains « luxes » comme le sèche-linge : La liste est longue pour être plus respectueux de l’environnement sans même sortir de chez soi. Si vous ne savez pas par où commencer, n’hésitez pas à calculer votre empreinte écologique ; Vous pouvez aussi faire un tour sur le site The Freaks, qui liste les actions que vous pouvez faire quotidiennement pour être plus « écolo ». Cet appel a été lancé par des personnalités françaises (Acteurs, musiciens, youtubeurs) en partenariat avec la Fondation pour la Nature et l’Homme.

Pour ce qui est de l’alimentation, il y a aussi bon nombre d’habitudes à changer, comme les courses en grande surface. Les produits surtransformés et suremballés ne sont bons ni pour votre santé, ni pour la planète. Je vous invite d’ailleurs à regarder l’émission d’Envoyé Spécial sur les « Faux aliments », reconstitués chimiquement. Beaucoup de marques tentent de se donner une bonne image grâce à un greenwashing dûment travaillé, ou simplement grâce à une forte activité sur les réseaux sociaux et un marketing amical: Derrière un innocent post Facebook « Et vous, comment vous faites pour faire manger du poisson à vos enfants ? Dites le nous en commentaire » d’une marque de boîte de thon, il ne faut pas oublier la présence de métaux lourds (mercure et arsenic par exemple) dans ces produits.

 

Comment se nourrir autrement ?

 

En tant qu’étudiant boursier, je sais qu’il peut sembler difficile au niveau budgétaire d’assumer une nouvelle façon de consommer : on entend souvent que « le bio, c’est cher ». Tout d’abord, c’est vrai. Le bio c’est cher. Mais il ne faut pas oublier que le bio c’est aussi et surtout devenu un label : Par exemple, acheter des avocats ou des kiwis bio, venant d’Amérique du Sud ou de Nouvelle-Zélande, c’est cher. Et si on y réfléchit bien, un kiwi qui traverse 19000 kilomètres pour arriver dans nos supermarchés n’est plus très bio pour la planète. Il est temps de dire au revoir aux fruits et légumes traités, suremballés et hors de prix des supermarchés. Il est largement préférable de faire ses courses au marché. Attention à ne pas acheter tous vos produits aux stands « AB » (agriculture biologique), premièrement car votre budget pourrait ne pas le supporter, mais surtout parce que de nombreux producteurs locaux ne traitent pas forcément leurs produits, et ont besoin d’être soutenus. Cette agriculture raisonnée n’a pas forcément les moyens de s’offrir le label « AB », qui n’est pas tout le temps gage de qualité.

A titre indicatif, mes deux colocataires et moi-même avons un budget de 10€ par semaine pour le marché : fruits et légumes de saison, produits localement. Cela coûte bien moins cher qu’en magasin, et l’achat en est autrement plus valorisant. Rennes et ses alentours regorgent de marchés, tous les jours de la semaine : pas besoin d’aller au marché des Lices pour trouver votre bonheur.

Si vous n’avez pas le temps d’y aller, il existe d’autres solutions, comme les AMAP : ces associations pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne vous offrent la possibilité de récupérer chaque semaine un panier préparé de fruits et légumes. N’hésitez pas à en trouver une près de chez vous ! Pour le reste, il existe de plus en plus de magasins qui permettent d’acheter en vrac, sans emballages: Day by Day, Biocoop, Naturalia. Si certains produits restent chers, d’autres, en vrac sec (muesli,corn-flakes, riz) sont très attractifs : pas plus chers qu’en grande surface, sans les emballages superficiels, sans pesticides, issus d’une filière certifiée respectueuse de l’environnement. L’impact économique est aussi amorti par le fait que les produits « complets » (pâtes, céréales) rassasient plus que leurs équivalents allégés ou blancs.

Contenants réutilisables pour les aliments en vrac sec

Changer sa manière de voir les choses

Les derniers points sont souvent les plus difficiles : commençons avec la consommation de viande. Si devenir végan ou même végétarien semble être une épreuve, pas besoin de le faire d’un coup. Il s’agit de progressivement réduire sa consommation : nous n’avons pas besoin de manger de la viande tous les jours, ni même toutes les semaines. Pourquoi réduire sa consommation de viande ? Pour votre santé tout d’abord, ainsi que pour votre porte-monnaie. A plus large échelle, pour la planète, car l’élevage mondial génère plus de gaz à effets de serre que le transport mondial. Et enfin, pour l’éthique: Il suffit de regarder quelques reportages sur nos abattoirs, ou de suivre l’actualité de L214 pour se rendre compte de l’énorme problème généré par cette production intensive. Cette production est d’ailleurs loin d’être la seule à être problématique.

Plat végétarien fait maison

Le système dans lequel nous vivons aujourd’hui ne peut pas durer éternellement: De nos habits à nos téléphones, plus rien n’est réellement fait pour durer. Cette durée de vie éphémère, que l’on qualifie en général d’obsolescence programmée ou encore de fast-fashion, met en péril des écosystèmes entiers car nous préférons produire en nombre qu’en qualité. A titre d’exemple, H&M, leader de cette fast-fashion, reconnait que seulement 0,1% des vêtements collectés afin d’être recyclés (ce pourquoi ils ont dépensé énormément en marketing), sont réellement recyclés en fibres textiles. Le reste est jeté, brûlé, car les friperies refusent bien évidemment les produits de piètre qualité et en surnombre produits par H&M, Zara ou Topshop. De nombreuses alternatives existent aujourd’hui pour ne plus être confronté trop souvent aux géants du consumérisme: Les braderies, les friperies, les réseaux de revente de particuliers à particuliers comme Leboncoin ou Vinted, ou même les entreprises spécialisées dans le reconditionnement de téléphones portables, pour ne plus avoir à changer de smartphone tous les 2 à 3 ans.

 

Pour aller plus loin…

 

Pour rester dans l’exemple local, RSE et Développement est une association basée à Rennes, qui travaille à la sensibilisation des entreprises et des acteurs de demain au respect des “ODD” de l’ONU. Les Objectifs de Développement Durable sont 21 points à atteindre mondialement avant 2030. L’idée est qu’une entreprise, faisant partie de la société, a elle aussi une part de responsabilité à assumer ; Ils sont présents en France mais aussi dans les pays du Sud, comme en Afrique (notamment Afrique francophone) pour accompagner des nouveaux acteurs en plein développement, afin d’y générer une économie en accord avec le développement durable. Localement, elle montre l’exemple à suivre pour une économie locale et bretonne : L’entreprise Grain de Sail, basée à Morlaix, s’est lancé dans un projet de commerce transatlantique à la voile pour le café et le chocolat. Ces acteurs , de plus petite envergure que des états ou de grands groupes industriels, sont incontournables dans l’essor d’une nouvelle conception de notre monde, de l’économie et de nos rapports à la planète.

Tout comme vous l’êtes : Vous pouvez choisir de faire changer les choses, notamment grâce à votre manière de consommer : L’application Buycott, par exemple, vous permet de tracer l’origine d’un produit grâce à son code-barres à l’achat, et d’avoir un bilan et une actualité condensés de l’entreprise concernée (écologie, éthique…). A vous de choisir si vous la boycottez. Si les gouvernements et les géants de l’industrie tardent à répondre à l’urgence climatique, il est de notre devoir, tant pour nous que pour nos enfants, d’agir dès maintenant pour un futur plus vert.

 

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