Bonhomme de Marion VERNOUX : un film que je n’avais pas envie d’aller voir

Dans la salle, nous étions à peine une quinzaine de personnes, étonnant pour un soir de week-end au Gaumont, qui plus est avec des acteurs tels que Béatrice Dalle, Nicolas Duvauchelle et Ana Girardot.

Bonhomme de Marion Vernoux raconte l’histoire de Piotr et Marilyn, un jeune couple, interprétés par Nicolas Duvauchelle et Ana Girardot. L’histoire se déroule dans une zone industrielle du nord de la France où travaillent les deux protagonistes.

Piotr se retrouve traumatisé crânien suite à un choc frontal lors d’un accident de voiture. Le syndrome frontal dont il est victime lui fait alors perdre le contrôle de ses émotions, de sa libido et une bonne partie de sa mémoire. Cette question de libido qui peut paraître au premier abord secondaire se révélera en fait centrale car elle est un obstacle au couple et à la question de la curatelle de Piotr que se disputent Marilyn et sa belle-mère. Comme le dit Nicolas Duvauchelle « c’est un retour en inhibition ». Voilà ce qui rend le sujet presque tabou, c’est un adulte quasi débarrassé de son surmoi. Au-delà de cette question de sexe, c’est surtout une histoire d’amour car c’est grâce à cela que Piotr parvient à une forme de résilience. Pour autant, on ne pourrait qualifier ce film de romantique. Il montre une histoire d’amour plus crédible, moins enrobée.

Contrairement à ce que je craignais, je n’ai pas trouvé que Bonhomme soit un film déprimant. Au contraire, le film est ponctué de passages et répliques plutôt drôles. Il n’est pas déprimant parce que les deux protagonistes ne semblent pas abattus, ils le sont en tout cas bien moins que les personnages qui les entourent. Néanmoins, le sujet oblige, on ne peut pas non plus parler d’un film léger. Il en effet émouvant mais de façon subtile, sans aucune lourdeur. Par exemple, les images qui m’ont le plus émues sont deux métaphores de Piotr. L’une lorsque il vit avec Marilyn et un chat noir ébouriffé qui se sauve (et revient ensuite à la maison). L’autre lorsque la mère de Piotr obtient la curatelle, lui fait prendre des médicaments, et chez qui on le voit enfermé dans un salon avec une télévision et un oiseau en cage …

Par ailleurs, on peut également voir en Bonhomme un certain militantisme, encore une fois symbolique. En effet, il fait partie des rares films où ce sont les hommes qui sont nus et pas les femmes (9,4 % d’acteurs se mettent à nus dans les films contre 26,2 % pour les actrices). Même si Marilyn perd à un moment la curatelle de Piotr, a des difficultés dans son travail, c’est en réalité elle le “bonhomme” dans l’histoire. Outre cet engagement féministe, il est aussi l’un des rares films sur les traumatisés crâniens.

Voilà pour le côté critique. Voyons maintenant pourquoi j’ai choisi de vous parler de ce film.

Comme je vous l’ai dit plus haut, la salle était vide et je n’avais pas du tout entendu parler du film avant ce soir-là … Tout ceci m’a d’autant plus intriguée que les acteurs sont plutôt des « têtes d’affiches ».

Après la séance j’ai parlé de Bonhomme à des amies, l’une d’elle m’a dit avoir discuté avec la réalisatrice à l’occasion d’une séance en avant-première. La réalisatrice semblerait avoir rencontré des difficultés pour produire son film et des producteurs frileux … Pourtant, Marion Vernoux n’en est pas à son premier long métrage. Elle a entre autre réalisé Les Beaux Jours réalisé en 2013, avec Fanny Ardent dans le rôle d’une dentiste qui perd tout du jour au lendemain, rôle pour lequel elle a reçu le César de la meilleure actrice. Trois nominations, aucune récompense, peu étonnant quand on sait qu’on ne trouve que 4% de réalisatrices dans toute l’histoire de la sélection cannoise. Difficulté supplémentaire, Marion Vernoux est l’ex-épouse du réalisateur Jacques Audiard, avec qui elle a passé près de la moitié de sa vie, vingt-huit fois primé et quatre-vingt-dix-neuf fois nominé … Tout cela elle le raconte dans son premier roman autobiographique Mobile Home paru en mars 2017 aux Editions de l’Olivier.

Grâce à Bonhomme je crois avoir enfin compris la signification du “terme comédie dramatique”. Merci Marion Vernoux pour ce très beau film qui a souffert d’un manque de publicité.

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