Un homme est assis en tailleurs dans l'herbe et regarde le paysage

Spiritualité & engagement politique : quel lien existe-t-il?

Spiritualité. Ce mot peut renvoyer à la doxa chrétienne ; à l’oppression des femmes ; à la restriction des libertés ; on lui reproche d’être décrochée de la réalité, de n’être qu’un fantasme abstrait. Et pourtant celle-ci (pourrait bien) occuper une place importante/ être une arme dans l’engagement/ la lutte. Nous allons donc voir quel lien existe entre la spiritualité et l’engagement.

 

N’y a-t-il rien de plus bateau que ces deux termes ? C’est pour cela qu’avant de poursuivre nous allons préciser le sens que nous plaçons derrière ces mots. Nous définissons la spiritualité de la même manière que Les éclaireurs et éclaireuses de France.  C’est -à-dire comme “la vie de l’esprit, l’aspiration aux valeurs humanistes qui donnent un sens à la vie de l’individu” (1), elle aboutit donc à “apprendre à se connaitre soi-même; avoir le souci de l’autre; réfléchir à son rapport à l’autre et s’en enrichir; développer son esprit critique; construire sa propre liberté de choix; progresser dans la cohérence entre ses choix et ses actions”. (1)

 

Nous ne parlons donc pas forcément de religion. Nous considérons cette dernière comme un pan de la spiritualité et non comme son essence. Rappelons au passage que les Eedf sont une communauté laïque.
Par engagement, nous parlons ici d’engagement politique. Même si le terme politique est lui aussi, un bien vaste terme, puisque a priori “tout est politique (2). Mais justement, le flou ici prend tout son sens, car ce que défend cet article c’est la spiritualité et non l’engagement dans une lutte précise.

 

Spiritualité & engagement mènent au dépassement de l’individualité.

Premièrement, nous pouvons noter une similitude dans les conséquences de la spiritualité et de l’engagement. Selon Hegel, la guerre (ici, retenons simplement l’engagement, et non la guerre) serait nécessaire car elle ramène l’Homme au tout que forme la société, et permet de sortir de l’individualité.

Or, la spiritualité à ce même effet/ rôle, d’élever l’Homme. Elle concerne un tout qui dépasse l’individu. Elle ne concerne pas que l’esprit, elle concerne l’esprit en relation avec d’autres esprits. Il s’agit du rapport de l’être humain avec le Monde.

Ainsi spiritualité et engagement mènent à la même transcendance. Nous pouvons noter que dans notre “êre du vide” (3), de pareils phénomènes (spiritualité et engagement) qui rappellent au collectif, qui dépassent l’individu; sont nécessaires pour contrer l’hyper-individualisme.

Des hommes et des femmes se tiennent debout, en rangée, les points levés

 

La spiritualité, une origine de l’engagement

 

La foi, c’est-à-dire « l’adhésion totale de l’homme à un idéal qui le dépasse » (3) semble être présente dans toute spiritualité. Or la foi elle-même est l’un des moteurs de l’engagement.

La foi peut mener à l’amour et/ou la dévotion pour quelques éléments, et donc à l’engagement pour la préservation, le respect et le soin de ceux-ci. Par exemple, les religions de la Terre font naître une conscience écologique, et donc potentiellement à lutter pour la sauvegarde de l’environnement.

De plus, ci-dessus, nous avons dit que la spiritualité aboutissait à “avoir le souci de l’autre” (1). Ce souci d’autrui permet non seulement d’ouvrir les yeux sur de nombreuses questions sociales mais également de s’engager dans cette voie. Car ce “souci de l’autre” sous-entend une empathie, et donc un désir d’agir. Le Secours catholique est un exemple en France. Mais de nombreuses autres actions sociales sont tenues par des groupes religieux dans le monde entier (de multiples exemples sont présents ici).

 

Jusque là nous avons plutôt aborder le lien Spiritualité/Engagement dans le sens de la spiritualité vers l’engagement. Cependant, l’inverse est aussi correct. En effet l’engagement peut également aboutir au développement de la spiritualité. Ce dernier mène souvent à une action collective, à la rencontre d’autres esprits et donc à l’ouverture. Le passage de l’individu au groupe, le dépassement de soi pour une cause qui nous est supérieure, peut provoquer une réflexion spirituelle.

 

Quand la spiritualité permet de persévérer dans l’engagement

 

Nous avons vu que la spiritualité peut provoquer l’engagement. Maintenant nous allons voir que cette dernière peut également aider à le maintenir. L’engagement sous entend une action à plus ou moins long terme. Or, surtout quand il s’agit de lutte, des hauts et des bas peuvent se faire ressentir. Sans amour, sans foi, il est difficile de continuer. La spiritualité permet donc de persévérer, et maintenir l’engagement, de rappeler que l’on agit pour un tout qui nous dépasse. La spiritualité permet également de se réaffirmer, de se donner la force de lutter contre l’adversité, dans d’autre cas contre l’oppresseur.

« Lorsque le moi a été anéanti de manière sociale et culturelle et qu’il tente de se réaffirmer, il donne aussi naissance à une forme de cosmogonie. L’être, débarrassé de sa condition de sous-homme devient un géant, un titan et/ou un dieu. Les références à Chronos, Zeus et Gaïa sont à mettre en parallèle avec les références aux Dieux de l’Egypte ancienne et au Dieu unique de l’Ancien et Nouveau Testament parce qu’elles jouent un rôle identique : elles servent de point d’ancrage d’où l’être anéanti et chaotique peut jaillir. C’est aussi le point où les religions polythéistes et monothéistes se rencontrent : le moment ultime de la reconnaissance de son propre chaos qui est aussi le moment de la reconnaissance du moi, quelquefois surdimensionné. » (5)

 

De plus, la spiritualité même si elle reste personnelle, permet de rattacher l’Homme à un groupe. Malgré la particularité des croyances de chacun, il sera toujours possible de trouver des similitudes ; de trouver d’autres personnes « qui nous comprennent » ; renforçant ainsi le lien à l’autre ; créant complicité et attachement.

Nous ne développerons pas ici les effet de la dynamique de groupe. Nous nous contenterons juste de souligner que celui-ci peut apporter de nombreux bénéfices. En effet, l’être humain est un être social, et se sentir appartenir à un groupe est donc primordial pour lui. Les groupes de gospel sont un bon exemple. Emilie Grouex, membre d’une chorale témoigne :

« Les voix s’accordent et se fusionnent. Nous ne sommes plus « un + un + un » mais une unité multiple, part d’un tout qui nous dépasse. La prise de conscience de ce dépassement, de cette identité élargie est source d’exultation. Les yeux pétillent, l’Esprit est là. Témoins de sa présence, nous avons alors la responsabilité de la transmettre. C’est la dimension active du témoignage pendant les concerts : nous partageons la belle énergie qui nous lie et nous anime, notre joie d’être ensemble, de participer à une co-création. » (6)

 

Cependant, quand dans un groupe militant la spiritualité de chacun n’est pas nécessairement prise en compte. Parfois même, elle est dénigrée et il est difficile de se sentir appartenir à ce groupe. Par exemple, de nombreuses femmes voilées ne peuvent intégrer des groupes féministes, sous prétexte que leur voile serait une marque de domination alors que le féminisme vise à permettre à chaque de disposer librement de son corps. (7)

une main tien un panneau sur lequel est écrit "woman's place is in the resistance"

Peut-être serait-il nécessaire d’intégrer la spiritualité à notre vie quotidienne. Rappelons que celle-ci -au sens ou on l’entend – permet de “développer son esprit critique; construire sa propre liberté de choix” (1). Deux principes promus par la science. (Preuve que science et spiritualité sont compatibles).

La spiritualité ne devrait pas être un facteur d’exclusion mais une arme dans n’importe quelle lutte. Non seulement parce que celle-ce partage de nombreux points communs avec l’engagement (transcendance, dynamique de groupe) mais parce que cette dernière peut s’avérer être une véritable carburant. De plus, l’un et l’autre peuvent se nourrir mutuellement, agir en symbiose. Si faire de la spiritualité l’essence de l’engagement n’est pas envisageable pour tous, l’accepter chez autrui est le minimum.

 


Pour aller plus loin :

-sur la spiritualité et l’afroféminisme

http://mrsroots.fr/2018/08/17/pourquoi-la-spiritualite-est-un-enjeu-afrofeministe-part-1/

http://mrsroots.fr/2018/08/25/pourquoi-la-spiritualite-est-un-enjeu-afrofeministe-part-2/

 

-sur les dynamiques de groupe

https://moodle.insa-toulouse.fr/pluginfile.php/50603/mod_resource/content/2/La%20dynamique%20des%20groupes-600Ko.pdf


Sources :

1 http://www.eedf.fr/ressources/downloads/observatoire__fiche_spiritualite_et_engagement.pdf

2 Thomas mann

3 auteur de l’essais du même nom : l’êre du vide qui traite de l’hyper-individualisme des démocraties contemporaines

4 https://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/foi/34365 

5 citation de Josette Spartacus lues dans l’article « pourquoi la spiritualité est un enjeu afroféministe » sur le blog de mrs roots : http://mrsroots.fr/2018/08/17/pourquoi-la-spiritualite-est-un-enjeu-afrofeministe-part-1/

6 http://blog.jeunes-cathos.fr/2011/11/16/un-tout-qui-nous-depasse-temoigner-au-sein-dune-chorale-gospel/

7 https://blogs.mediapart.fr/antoine-montpellier/blog/190816/les-feministes-et-la-flambee-dislamophobie

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