La beauté des instants qu’on redécouvre : Guy Le Querrec

Cet été, le Musée de Bretagne met à l’honneur un photographe qui, pendant bien des années, a mis notre belle région au cœur de son travail : Guy Le Querrec.

Né le 12 mai 1941 à Paris, Guy Le Querrec naît de parents bretons ayant migré vers la capitale. Pourtant, c’est à Malansac, dans le Morbihan, qu’il passe la majorité de ses vacances estivales pendant son enfance. Alors qu’il est encore tout jeune, il se voit offrir son premier appareil photo, obtenu au Noël d’entreprise de sa mère, employée de banque. « Dès l’âge de 7 ou 8 ans, je regardais plus l’album de famille que les journaux pour enfants. Je voulais y ajouter des choses, et j’ai pensé qu’il fallait que je le fasse par moi-même », raconte-t-il au 20 Minutes.

 

Photo prise dans le village de Malansac, dans le Morbihan, en 1972. Source : Magnum Photos

Il se souvient de son troisième cliché, pris alors qu’il n’a que treize ou quatorze ans : il souhaite capturer une image de son coureur préféré du moment, Attilio Redolfi, lors du passage du tour de France à La Roche-Bernard. Seulement voilà, le coureur en question crève un pneu, et c’est cette image-là que Guy capture finalement, première photographie marquante d’une carrière impressionnante. Le jeune garçon est pourtant loin de s’imaginer, à ce moment-là, l’ampleur que va prendre cette passion naissante.

Attilio Redolfi, lors du passage du Tour de France à la Roche-Bernard. Le Querrec a alors 14 ans. Source : Magnum Photos

Sa carrière est loin de s’arrêter aux frontières armoricaines : il photographie de nombreux musiciens de jazz à partir de la fin des années 1950 (de grands noms comme Charlie Mingus ou Miles Davis, notamment), et continuera pendant plus de quarante ans. Après avoir servi dans l’armée, il fait ses débuts professionnels et est engagé en 1969 par l’hebdomadaire Jeune Afrique ; il dirige ensuite plusieurs reportages dans différents pays d’Afrique ainsi qu’en Chine, à Paris et en Amérique du Nord, entre autres. Il rejoint en 1977 la toute jeune agence Magnum, créée trois ans auparavant et qui a pour but de permettre aux photographes de garder un contrôle total sur les droits de leurs créations. Mais c’est bien en Bretagne qu’il trouve les racines de son œuvre. « J’y suis né à la photographie », dit-il lui-même.

Le détail, l’essence du tout

La beauté du travail de le Querrec repose dans un subtil mélange d’universalité et de singularité. Ses clichés s’ancrent dans un contexte culturel bien précis, celui de la Bretagne des années 1960 à 2000, qui évolue avec le reste du monde tout en s’attachant à ses traditions. Et pourtant, les instants qu’il nous présente ne connaissent de limites ni temporelles, ni géographiques. Car c’est bien ça, qu’il cherche à capturer : pas une image qu’on fige sur le papier, mais un sentiment qu’on rend éternel. Tout adulte qui a passé ses vacances chez ses grands-parents se reconnaîtra dans les enfants immortalisés par l’artiste, trop distraits pour rester sérieux sur les portraits d’un mariage ; tout vacancier ayant tenté d’aller bronzer sur une plage bretonne ou normande aura un sentiment familier devant la photo d’un groupe entassé sous un parasol pour se protéger de la pluie soudaine.

Photo prise le 21 août 1992 à Maël-Pestivien. Pendant que le photographe officiel prend des photos, Le Querrec capture cet instant d’inattention. Source : Magnum Photos

Le photographe ne cherche pas forcément à présenter une image à l’esthétique parfaitement symétrique et organisée. À l’inverse, ce qu’il veut, c’est montrer les « coulisses » de ce genre d’images : il présente la vie derrière le portrait, l’imperfection qui révèle la vraie beauté. L’exposition, répartie sur 400m², met ce travail à l’honneur grâce à une série d’images commentées par le photographe lui-même et à une organisation non pas chronologique, mais thématique : chaque partie met en lumière un sentiment que l’artiste a voulu exprimer, et l’illustre grâce aux images les plus représentatives. Une petite merveille à aller visiter absolument.

Exposition : Guy Le Querrec, conteur d’images, au Musée de Bretagne du 19 mai au 26 août 2018. Tarif plein : 6€, tarif réduit : 4€.

Nous avons utilisé les photos avec l’aimable autorisation d’Annabelle Guetatra, petite-fille du photographe.

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