Les questions que pose l’accompagnement sexuel

La découverte du métier d’accompagnant sexuel (par le film The Sessions) a été source de beaucoup de questionnements autours de ces thématiques si tabou que sont le sexe et le handicap. De plus, un point est marquant dans cette histoire : le travail effectué est-il trop intime pour être qualifié de « thérapie » ?

Nombre de psychologues ou autres professionnels au contact de l’humain vous le diront : une distance est essentielle pour tout bon travail thérapeutique. Comment ne pas arriver à des abus lorsque la personne qui vous offre tout son temps et son écoute entre dans votre espace intime ?

Marcel Nuss, créateur de l’APPAS (Association Pour la Promotion de l’Accompagnement Sexuel) et auteur du livre Je veux faire l’amour  l’écrit lui-même : « La personne handicapée ne sera-t-elle pas tentée d’abuser de la compassion de l’accompagnant ?». L’idéal serait que l’handicapé se maîtrise, mais ce n’est pas aussi simple. En effet, dans une situation de manque affectif fort, il est trop tentant de s’abandonner complètement à l’individu qui vous offre tout. Quoi de plus normal ? Mais quoi de plus dangereux, également ?

La psychologie a nombre d’exemples cliniques dramatiques où des relations amoureuses ou physiques se sont nouées entre thérapeute et patient. Le « pouvoir » qu’a le thérapeute sur son patient ne peut que dans de rares cas rendre la relation saine. Un exemple notable des conséquences que peut avoir ce genre de franchissements est à lire dans l’excellent livre d’Irvin Yalom le Bourreau de l’amour. Il y raconte l’histoire d’une femme ayant vécu il y a huit ans une relation amoureuse très intense avec son thérapeute. Celui-ci a fini par la quitter et, huit ans plus tard, cela reste une obsession pathologique qui l’empêche de vivre normalement. La neutralité en thérapie n’est définitivement pas à prendre à la légère. Franchir la limite peut devenir un désastre.

La solution décrétée par Marcel Nuss est donc la suivante : former des professionnel.les du sexe aux handicaps et… les laisser faire leur travail. Mais alors, c’est de la prostitution ?

 

Cessons le tabou autour du sexe et appelons un chat un chat

Pourquoi pas ? Pourquoi les personnes handicapées, soumises comme tout autre individu aux besoins libidinaux définis par Freud entre autres, n’auraient-elles pas la chance de connaître ce plaisir ? Pourquoi devraient-elles se contenter d’ « éveils corporels » ou de simples massages alors qu’elles veulent connaître la vraie jouissance ? Qui oserait vouloir leur enlever cela ?

À la lecture de ce paragraphe, certains ont certainement cessé leur lecture de cet article. Choqués ? Pourquoi, à l’ère de la pornographie libre accès, et surtout des droits de l’homme, sommes-nous choqués que des handicapés puissent eux aussi avoir accès à ce besoin fondamental ? Et cela autrement que par leurs propres moyens (moyens que certains n’ont pas).

Le vrai problème porte au tabou autour de ces thématiques. Aujourd’hui, comme le dit très bien le président de l’APPAS, « nous savons très bien parler de cul, mais personne ne sait parler de sexe ». La sexualité doit être pure, la femme ou l’homme ne peut pas vouloir accéder à cette jouissance autrement que pour le plaisir de son partenaire unique. Pourtant, le sexe est un besoin comme un autre. Un besoin fondamental qui peut rendre très malheureux quand il est frustré.

Nous ne devrions pas faire du sexe, pour qui que ce soit, un tabou. Cela nous conduit à inventer une thérapie là où il n’y en a pas. Considéré comme un cadre thérapeutique, cette pratique peut au mieux frustrer leurs envies profondes en n’allant pas assez loin, au pire briser les règles de bon sens quant à la limite à franchir entre le thérapeute et son patient. Laissons les choses où elles sont, acceptons-les comme elles sont.

Pour le moment, l’APPAS décrit la pratique comme une « forme de prostitution à visée thérapeutique ». Un bon compromis en attendant que les mentalités autours du sexe changent

 

 

Pour aller plus loin :

Pas de protocole précis. Se reconnecter à sa sexualité, se reconnecter à sa sensibilité.

 

Pour cette femme : http://ninadevries.com/francais.html, la solution à beaucoup de problèmes serait de ne plus considérer le sexe comme un spectacle, mais comme un jeu.

https://www.cairn.info/revue-reliance-2008-3-page-101.htm

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