Lettre ouverte – Robin Williams

Cher M. Williams,

Votre simple nom est emprunt de nostalgie. La nostalgie d’une époque qui commence à s’éloigner doucement dans le rétroviseur arrière, d’un monde tout aussi fou mais un peu moins effrayant qu’aujourd’hui, peut-être. L’annonce de votre disparition, je m’en souviens comme si c’était hier, a arraché un morceau de mon cœur et l’a piétiné sans vergogne. Avec vous, c’est tout un pan de l’émerveillement qui m’animait depuis mon enfance qui s’est éteint, et je crains de ne pas être la seule à avoir durement ressenti cette perte.

Votre voix, vos yeux rieurs et votre grain de douce folie sont pour moi les éléments principaux qui formaient votre personnage si attachant, si poignant parfois, si drôle. Mon caractère rêveur a évolué au rythme de vos différentes œuvres, dans un ordre pas forcément chronologique. Vous m’avez fait rire aux larmes dans la peau du Génie d’Aladdin et de Madame Doubtfire, bien sûr, qu’aucun enfant français n’a jamais été capable de prononcer correctement, mais qu’importe. Jumanji, Flubber et Hook ont formé mes jeunes années, mon humour décalé et mon envie d’aventure.

Quelques années plus tard, j’ai pris une énorme gifle à ma première vision de Good Will Hunting. Votre performance, couplée à celle de Matt Damon et que je connais à présent par cœur, ne cesse pourtant jamais de m’émouvoir aux larmes. « I gotta go see about a girl », disiez-vous au jeune Will, nous rappelant encore et toujours l’importance de l’amour au-dessus de toute autre chose. L’amour sous toutes ses formes, qui a enveloppé tous vos rôles d’une tendresse sans pareille et m’atteint en plein cœur à chacune de vos apparitions.

Vous avez tant apporté au monde, et mon cœur se serre en sachant que le monde n’a pas su vous apporter assez pour que votre génie perdure encore, ne serait-ce qu’un peu. Vous étiez un grand homme, un grand personnage, un acteur hors du commun. Le ciel du monde est couvert et l’avenir incertain, M. Williams, et l’humain a besoin d’histoires pour garder espoir et s’évader, même momentanément. Vous avez activement participé à la création d’histoires, de rêves et de petites gouttes de beauté éparpillées çà et là, et je vous en remercie, O Captain, My Captain.

 

Gather ye rosebuds while ye may,

Old Time is still a-flying;

And this same flower that smiles today

Tomorrow will be dying.*

 

 

 

* Robert Herrick, To the Virgins, to Make Much of Time.


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