Allez en prison, ne passez pas par la case départ

La deuxième session du procès Cahuzac s’ouvre aujourd’hui et se clôturera le 21 février. Durant ce procès en appel, les avocats de l’ancien ministre vont batailler afin de réduire la peine de 3 ans de prison ferme à laquelle il a été condamnée en première instance pour fraude fiscale et blanchiment.

Chaque procès d’une personnalité politique est l’occasion de se demander, jusqu’à quand resteront-ils impunis ? Pendant combien de temps encore les prisons françaises seront-elles remplies à 30% de consommateurs, receleurs, vendeurs de cannabis, tandis que des personnes cachant des sommes d’argent astronomiques ne sont jamais condamnées qu’à des amendes ? N’est-ce pas là un bel exemple des priorités bancales de notre système judiciaire ?

Ce procès pourrait faire exception, Jérôme Cahuzac a déjà été condamné à une peine qui ne peut être aménagée. Les peines de prison de moins de 2 ans peuvent l’être, c’est la raison de sa demande de procès en appel. L’ex-épouse de Jérôme Cahuzac a été condamnée à 2 ans de prison et n’a pas fait appel de cette décision. Lorsqu’on lui a demandé pourquoi lui faisait appel, sa réponse a été la suivante :

« Je ne souhaite pas que ma mère et mes enfants me voient en prison. J’éprouve un sentiment assez banal : la peur. Je reconnais les faits, mais j’ai avant tout pensé aux miens. »

Si l’ex-ministre éprouvait ce sentiment banal de la peur que l’on peut ressentir avant un rendez-vous amoureux, un examen très important ou que sais-je, alors accepter une nomination à un poste de ministre avec 600.000€ dans la nature ne font pas partie des décisions les plus avisées. C’est de cette décision qu’il est appelé à répondre aujourd’hui, en plus d’avoir éhontément menti au peuple français sur BFM TV, et à ses collègues à l’Assemblée Nationale.

De l’ombre et de la lumière

La défense, ou plutôt la justification amorcée par Cahuzac et son équipe de défense, est plus solide que ce qu’on aurait pu entrevoir. Le chirurgien est ici la part d’ombre qui s’est engouffré dans une « spirale de mensonges » – qui dure malgré tout depuis 1992 – et l’enjeu de cet appel est donc de faire prévaloir, auprès du tribunal qui le jugera, son engagement politique qui sera donc sa part de lumière opposée à la part d’ombre qui est sous les projecteurs aujourd’hui.

C’est une défense risquée, mais peut-être aussi la seule qui lui reste : Jérôme était Ministre du budget, il a accepté ce post en sachant pertinnement que c’était risqué. Le psychanaliste engagé par l’avocat de Cahuzac, M. Dupond-Moretti, va tenter de démontrer que la partie homme politique de Jérôme Cahuzac n’a jamais pardonné à la partie chirurgien brillant qui entasse des dizaines et des dizaines de milliers d’euros pour « financer la carrière politique de Michel Rocard », une justification qui semble grossière même au PS mais que le principal accusé défend.

De l’ombre de l’affaire Cahuzac seront nées plusieurs instances ayant pour but de lutter contre l’évasion fiscale : La Haute Autorité de la Transparence sur la Vie Publique qui épingle régulièrement des ministres pour leurs « oublis » : une maison par-ci, une voiture par là. Un parquet national financier a été créé dans la foulée, qui a permis de juger François Fillon durant la campagne présidentielle de 2017. Parce qu’il fallait un bras droit au PNF (Parquet National Financier), un Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales a été créé. Une unité de police visant à interpeller les suspects de corruption ou blanchiment a également vu le jour : Nicolas Sarkozy, Bruno Le Roux, ou Marine Le Pen ont entre autres été interrogés par cette police.

Impunité médiatique

Beaucoup de médias ont pris maladroitement la défense du ministre, rédigeant un article sur sa peur d’aller en prison. De qui se paie-t-on la poire, franchement ? La France est l’un des pire pays d’Europe en termes de prisons, car les droits des prisonniers n’y sont pas respectés. Il est certain que les prisons françaises ne sont pas des endroits qui semble très adaptés à des personnes qui ignorent tout des situations de misère sociale, économique et qui font tout pour continuer de se voiler la face.

« Lors du procès de septembre 2016, les procureurs du Parquet National Financier, Eliane Houlette et Jean-Marc Toublanc avaient, dans un réquisitoire très sévère, requis une peine de 3 ans de prison ferme à l’encontre de Jérôme Cahuzac. » – Extrait d’un article publié par La dépêche.fr

C’est un positionnement hallucinant de la part de ce journaliste. Le réquisitoire n’est pas sévère, puisque la peine demandée aurait culminer à 7 ans de prison. De plus, comment s’étonner qu’une condamnation tombe après avoir menti à l’Assemblée, devant les médias et à l’ancien Président de la République ? France info avait consacré tout un article à sa peur d’aller en prison… Hormis quelque caïds, psychopates ou ex-déténu.e.s, qui se réjouirait d’un séjour en prison ? Personne. Et c’est bien pour ça que celles et ceux qui ont vraiment peur et qui n’ont vraiment pas les moyens de s’offrir les services de “Acquittator” – surnom donné à Eric Dupond Moretti – font de leur mieux pour ne pas y aller.

Il paraît que, même en prison, les être humains ont des droits. Dans 90% des cas en France, le droit le plus basique, celui d’être seul dans sa cellule, n’est pas respecté. Une chose est sûre : si les politicien·ne·s avaient légèrement plus peur de pouvoir aller en prison lorsqu’ils cachent ou déplacent des sommes à cinq, six ou sept chiffres, peut-être se décideraient-ils à s’inquiéter de l’état des prisons en France, et au passage, de leur surpopulation morbide. Morale de l’histoire : cacher 600.000€ est la meilleure manière de les dépenser… en frais d’avocats.

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