Le bilan de Donald Trump, un an plus tard.

Cela fait désormais un an que Donald Trump a été élu à la présidence des États-Unis. Depuis, il a multiplié les déclarations choc à l’encontre de personnalités, de communautés ou encore de pays entiers.

Il a réussi à maintenir une base républicaine stable autour de lui, alors qu’il était menacé par des frondes au sein même du parti Républicain. De sa capacité à gouverner jusqu’à sa santé mentale, tout a été mis en cause pour tenter de déstabiliser le mandat de celui qui multiplie les appels du pied à l’extrême droite américaine. C’est grâce au système de grands électeurs que Donald Trump a accédé au pouvoir. Le vote populaire avait penché en faveur d’Hillary Clinton, malgré une abstention qui atteignait presque les 50%. En France, du début à la fin de la campagne, on associait celle de Donald Trump à un film de science-fiction, sans réellement considérer le candidat potentiel derrière la mascarade.

L’épouvantail 

C’est une expérience que vous pourrez réaliser chez vous. Le traitement médiatique des actes, discours, et autres provocations de Donald Trump a été à l’image de ces dernières : pitoyable, et pathétique. Plutôt que de relever le niveau, les médias français ont choisi de s’y abaisser. C’est un fait que la communication de Trump était volontairement démagogue et populiste. Elle l’est toujours, d’ailleurs. Mais plutôt que de décortiquer les rouages de sa communication, on a préféré dépeindre un fou furieux n’ayant aucune chance de remporter la course à la Maison Blanche. Cela n’a fait que renforcer la détermination de ses militants, et valider son argument du «candidat anti-système».

Non pas que l’influence des médias français soit prépondérante dans la campagne américaine, mais un certain esprit critique aurait permis d’avoir une meilleure vision sur l’agenda que Trump est actuellement en train de dérouler avec une aisance déconcertante, au vu du niveau de langage et du tact dont il fait preuve. Au lieu de ça, le Nouvel Observateur attendra la validation de son élection pour traiter de son programme [1] et présenter sa victoire comme une « énorme surprise ». À croire que l’on récolte ce que l’on sème. Une fois de plus, il n’y a aucun débat pour affirmer que la communication et les idées de Trump sont misogynes, racistes et réactionnaires. C’est bien entendu choquant, mais pourquoi ne s’est-on pas demandé comment de telles idées, et leur affirmation aussi tranchée, pouvaient légitimer un candidat à la présidence de la première puissance mondiale. 

L’heure du bilan 

Depuis quelque jours, les médias français et internationaux s’affairent à commenter le bilan du milliardaire. Curieusement, celui que l’on imaginait à peine franchir les portes de la Maison Blanche dans le cadre d’un échange scolaire mène sa barque relativement bien, pour un ancien candidat et président qui ne s’adresse qu’à une partie du peuple américain. Sa campagne avait explosé, dès lors qu’il avait parlé d’un mur séparant les États-Unis et le Mexique. Non soucieux d’apaiser les tensions, il en avait rajouté plusieurs couches en un seul coup lorsqu’il avait déclaré que les États-Unis ne déverseraient pas un centime pour la création du mur. Il avait bénéficié dès lors d’une couverture médiatique mondiale et abondante. C’est cette manière d’allier surréalisme, extravagance et un ton politique extrêmement sérieux adressé à sa base politique qui a  soulevé la question : qu’a donc Donald Trump dans la tête ?

La présidence d’un pays ne concernant pas qu’un homme, n’aurait-il pas été plus avisé de consacrer les plusieurs articles par jour, publiés pendant un temps, au jeu d’échec auquel Trump jouait ? En fin de compte, c’est l’aspect le plus intéressant d’une campagne. Macron n’a pas été porté par les médias uniquement, il a su abattre ses cartes et profiter des opportunités. Même si c’est difficile à croire, Donald Trump a su faire de même, avec une dose d’improvisation peut-être plus développée qu’on avait pu voir auparavant ; seulement, on a préféré conforter le candidat Trump dans cette image d’attardé.

Des affirmations plus ou moins correctes 

Un avantage de Donald Trump à l’heure de son bilan sera l’économie américaine qui – comme la majorité des économies des puissances mondiales à l’heure actuelle – est en plein essor. L’occupant de la Maison Blanche en a d’ailleurs profité pour rappeler que de nombreux médias avaient prédit que l’économie américaine ne se remettrait jamais d’une élection du candidat républicain. C’est l’un des exemples où il aurait été possible d’éviter de donner – à juste titre en l’occurrence – du grain à moudre au président américain. Il avait annoncé qu’il nommerait les journaux ayant selon lui propagé le plus de fake news à son sujet. Il a donc profité de certains bâtons tendus par les journalistes pour dissimuler les failles de son bilan : quoi de mieux que de démontrer que les médias se sont trompés – sur le seul point indéboulonnable de son bilan – afin de mettre en valeur son propre exercice ? Si lui se targue d’avoir dynamisé l’économie américaine, les économistes sont encore partagés : les mérites doivent-ils être attribués aux mandats de Barack Obama ? À l’année de Trump ? Ou est-ce une combinaison des deux ? 

Malgré la politique économique florissante, plusieurs épines demeurent ancrées dans le pied du président en exercice. À commencer par la question du nucléaire iranien, sur laquelle il a déboulé, tel le symbole de son parti dans un magasin de porcelaine. Il a lancé le 12 janvier dernier un ultimatum à la réécriture des accords sur le nucléaire, mais a par la même occasion isolé les délégations américaines sur le sujet. Aucun signataire n’a accepté le projet de réécriture, le coup de sang de Donald Trump tombera donc à l’eau dans 120 jours. Repassera-t-il à l’action d’ici là, ou tentera-t-il de calmer le jeu ? Parallèlement, l’administration de Trump essaie de se donner du crédit suite au début de réouverture amorcé par la Corée du Nord. Contrairement à ce que l’on pourrait penser avec ses déclarations ubuesques, c’est le seul dossier sur lequel les États-Unis travaillent en étroite collaboration avec les autres acteurs internationaux, le but étant d’arriver à une péninsule coréenne sans équipement nucléaire.

La prochaine fois qu’un candidat se présentera en France avec un programme aussi réactionnaire, il serait utile d’analyser la communication et la mise en avant d’idées réactionnaires, plutôt que de s’indigner bêtement et de leur laisser un boulevard. Nous sortons d’un deuxième tour qui a opposé Marine Le Pen à Emmanuel Macron. Certains ont fait leur choix, d’autres ont refusé de le faire. Quoiqu’il en soit, s’abaisser au niveau de la personne que l’on critique n’est pas une solution. Que peut-on espérer ensuite ? 

 

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