Vers une alimentation plus responsable

Selon un article du Monde datant de novembre 2017, 10% des étudiants français se déclareraient végétarien, un régime alimentaire est de plus en plus populaire. Cependant, de nombreux clichés défavorables continuent d’exister.

Les végétariens sont souvent raillés d’être des hipsters ou des bobos. Il est vrai que le qualificatif « vegan » peut paraître insupportable, car porteur d’une certaine supériorité morale. Il est alors assez facile de traiter les végétariens/vegans de moutons qui ne font que suivre une mode. En effet, les catégories « healthy » sur les réseaux ont eu tendance à populariser le phénomène et à le rendre plus attractif.

Cependant, il est dérisoire de penser que les personnes qui ont décidé de ne plus manger de protéines animales le font de manière hypocrite, car elles font rarement ce genre de choix de vie sans avoir au préalable une certaine réflexion sur la question et des convictions personnelles.

Un phénomène de mode ?

Changer de régime alimentaire est une initiative personnelle, qui découle de sa propre expérience. Être végétarien n’est pas un hobby ou quelque chose de futile qu’on fait pour se rendre intéressant. Ce choix peut être motivé par différentes raisons, qu’elles soient éthiques, écologiques ou médicales.

De plus, loin d’être une mode, le végétarisme est un problème de société. L’ONU a appellé à réduire drastiquement les protéines animales de notre régime afin de réduire l’impact écologique de ce secteur. L’industrie de la viande et du lait utilise en effet la grande majorité des terres exploitables (75%), que ce soit pour parquer les bêtes ou pour faire pousser du soja et du maïs qui serviront à les nourrir. Cette agriculture est responsable de la consommation de 70% de l’eau de source, de l’utilisation de 38% des terres totales et de 19% des émissions de gaz à effet de serre, soit plus que les transports. Une étude menée par Greenpeace en 2009 a montré que l’élevage bovin était responsable de 80% de la déforestation de la forêt amazonienne. Par la suite, les trois plus grands négociants brésiliens se sont engagés à ne plus acheter de viande provenant de ces terres. Grâce à cette mesure, la déforestation due à l’élevage est passée à 63%. L’élevage intensif rejette dans l’eau des quantités importantes de nitrates, de phosphores mais aussi des antibiotiques qui sont dangereux pour les animaux marins et qui sont responsables de problèmes environnementaux comme la prolifération les algues vertes.

On peut donc imaginer que ce régime alimentaire va se populariser dans les années à venir.

Devenir végétarien, c’est si difficile que ça ?

Devenir végétarien est beaucoup moins compliqué qu’on ne le pense. Premièrement, c’est économique, car la viande et le poisson coûtent cher, plus cher qu’un steak de soja.

Les produits végétariens qui servent à remplacer la viande, tel que les boulettes de légumes, les raviolis chèvre/épinards, etc. sont de plus en plus abordables, surtout depuis que les grandes enseignes de distribution développent leur gammes bio et végétarienne. Le régime végétarien ne nécessite même pas de cuisiner plus ! Il encourage peut-être à manger plus de légumes, qui ne coûtent pas forcément cher, surtout si on les choisit de saison.

Là où les choses se compliquent, c’est lorsqu’il s’agit de manger à l’extérieur. Les restaurants ou boulangeries ont en général un menu végétarien, mais rarement très varié. La culture végétarienne n’est pas très développée en Europe, et il est très compliqué de trouver un menu vegan, à part dans des lieux très spécifiques. Pour les étudiants, de nombreux RU proposent des plats végétariens. Dans les écoles, collèges et lycées, c’est plus rare. D’ailleurs, selon Greenpeace les élèves ont des menus surdosés en protéines animales par rapport aux recommandations nutritionnelles. Ce régime pose non seulement des problèmes écologiques mais aussi des problèmes de santé, car il entraîne des risques de surpoid et d’obésité.

Pourtant, le fait de savoir que le régime végétarien est bon pour la santé (car il diminue les risques de maladies cardio-vasculaires) est motivant. Arrêter de manger de la viande demande forcément un effort quand on en apprécie le goût et qu’on en a mangé toute sa vie. Souvent cela se fait progressivement, en commençant par diminuer, en n’arrêtant que la viande puis le poisson etc. Mais, rapidement, on s’aperçoit que les goûts changent, que la viande est un aliment très lourd à digérer, et qu’il est beaucoup plus agréable de manger des aliments plus légers. De plus, on ressent la satisfaction mentale de se dire qu’on ne mange pas la chair d’un être vivant doté de conscience qui a été tué dans des conditions effarantes. Car, au fond tout le monde est conscient du fait que les animaux sont des êtres sensibles, et c’est pour cela qu’on ne mange pas de chien ou de chats en occident : parce qu’on est culturellement attachés à eux. Alors, pourquoi un animal de compagnie aurait-il plus de valeur ou de conscience qu’une vache ou un cochon ? Il est simplement plus facile de dévaloriser les animaux qu’on mange afin de ne pas se sentir coupables. En Grande-Bretagne, par exemple, l’université de Bristol a fait une étude sur l’intelligence des poules, qui a prouvé que les poules faisaient preuve de logique et qu’elles avaient la capacité de compter. Un jeune poussin sait qu’un objet qui se déplace hors de sa vue continue d’exister, alors que les bébés humains ne développent cette compétence qu’à l’âge de deux ans. À cela vient s’ajouter la conscience des conditions de vie de l’animal qu’on consomme, qui sont généralement loin d’être idéales. Une fois qu’on admet que ce qui se passe dans les abattoirs n’est ni plus ni moins que de la torture, il devient difficile de regarder son steak de la même façon, même s’il est appétissant.

Les vegan, trop extrêmes ?

Si vous avez l’occasion de débattre sur le thème du végétarisme, vous observerez que lorsque vous aurez réussi à dépasser le stade des arguments bateaux tels que « l’homme a toujours mangé de la viande, c’est la chaîne alimentaire » et « être végétarien coûte trop cher et j’aime trop la viande pour arrêter », vous vous rendrez compte que le débat bloque toujours sur les deux mêmes idées: « oui, il faut diminuer sa consommation de viande, mais pas forcément arrêter totalement », et « les vegan, par contre, ils sont vraiment trop extrêmes ».

À première vue, lorsqu’on entend parler du véganisme pour la première fois on se demande « mais qu’est ce qu’ils peuvent bien manger, alors ? », car la majorité de notre alimentation est à base de protéines animales. Mais il ne faut pas croire que les végétaliens ne mangent que des légumes ! À vrai dire, ils mangent la même chose que les végétariens, en excluant le lait de vache, les œufs et le miel. On trouve des aliments de substitution très facilement. Tout les produits à base de lait de vache, par exemple, peuvent être remplacés par du lait de soja, d’amande, de riz, d’épeautre… Les bases de l’alimentation ne changent pas beaucoup : pain, pâtes, riz, pomme de terre, légumes, il faut simplement trouver d’autres sources pour le calcium et le fer.

De plus, être vegan est idéologiquement plus rationnel qu’être végétarien. On n’est pas sans savoir que l’industrie du lait est la même que l’industrie de la viande, que les poules pondeuses sont dans les mêmes conditions que les poules élevées pour leur viande. C’est illogique de refuser de manger du poulet à cause de ses conditions de vie en continuant d’acheter des œufs industriels. Évidemment il est possible de privilégier les produits locaux, qui viennent de petites exploitations et où les animaux ont des conditions de vie décentes. Mais leur destination finale reste la même : l’abattoir.

Le véganisme se transpose dans tous les domaines – en refusant par exemple de porter des vestes en cuir ou des cosmétiques qui contiennent de la graisse animale – et se rapproche plus d’un mode de vie éthique que d’un simple régime alimentaire. Ce qui paraît extrême dans ce style de vie est qu’il n’est absolument pas adapté aux mœurs d’aujourd’hui et paraît en décalage avec la réalité. La société de consommation actuelle n’est pas adaptée pour un mode de vie vegan, mais il suffirait que celui-ci se démocratise, qu’il imprègne les grandes chaînes de distribution et que les produits vegan soient facilement accessible pour qu’il puisse se développer. Qui sait, les vegan sont finalement peut-être moins extrémistes que visionnaires.

Lire aussi

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *