Le handicap dans notre société

Aujourd’hui, dans notre société, 12 millions de Français sur 65 millions sont touchés par un handicap. Que celui-ci soit moteur, visuel, auditif ou psychique, comment est-il perçu, quelle place a-t-il aujourd’hui ? C’est le sujet que j’ai abordé avec Jérémy, IMC (Infirme Moteur Cérébral), atteint d’une hémiplégie gauche.

 

Bonjour Jérémy, peux-tu, dans un premier temps, te présenter et nous parler de ton handicap ? 

« Je m’appelle, Jérémy, j’ai 30 ans, je suis né prématurément en étant IMC atteint d’une hémiplégie gauche. » (Une hémiplégie est une paralysie, complète ou non, d’une ou plusieurs parties du corps et d’un seul côté – autrement dit un “hémicorps”).

Peux-tu nous raconter un peu ton parcours ? 

« Durant une grande partie de ma vie, j’ai été dans un centre de rééducation, ce qui m’a permis d’acquérir une autonomie polyvalente et fonctionnelle. »

Jérémy est aujourd’hui très autonome dans sa vie de tous les jours. À chaque fois que nous nous rencontrons, il me parle de beaucoup de choses et je constate qu’il se débrouille à merveille dans toutes ses actions. « J’aime aller voir des concerts, aller au cinéma, voir des expositions et prendre des photos, c’est une de mes passions ! J’aime également être toujours à la recherche d’un nouveau lieu culturel à découvrir ! ». En effet, Jérémy est un passionné de photo, il s’est déjà rendu dans beaucoup de festivals ou lieux culturels dans lesquels il a réalisé énormément de photos et le résultat est vraiment incroyable ! 

Vous pouvez trouver le reste de son travail sur son site : www.jeremythoraval.fr  

Jérémy, comment trouves-tu que le handicap est perçu aujourd’hui ? 

« En ce qui concerne ce sujet, je trouve que l’intégration est présente. En revanche, je trouve que lorsqu’il s’agit de mettre en place quelque chose concernant les personnes en situation de handicap, cela devient beaucoup plus compliqué ! ». Lorsque j’ai abordé ce sujet avec Jérémy, il semblait être embêté car pour lui, il faut parfois se battre malgré cette « intégration ». En effet, à cause de la présence de leur handicap, les personnes concernées ne sont pas considérées comme des citoyens lambda. Au contraire, il faut faire valoir ses droits dans certaines situations, et cela n’est pas normal.  Lorsque je lui parle de l’aspect politique des choses, je sens une certaine amertume dans sa réponse : 

« Me concernant, ainsi que celles et ceux qui peuvent également être dans mon cas, je trouve que plus ça va, plus l’Allocation Adulte Handicapé (AAH) pourra être amenée à diminuer. Lorsqu’on se déclare « en couple » auprès des organismes concernés, celle allocation diminue et je ne trouve pas ça normal. »

En discutant un peu plus avec Jérémy, celui-ci me dit que, pour lui, les personnes à mobilité réduite en France ne sont pas forcément très aidées à tous les niveaux. Il trouve en revanche que dans d’autres pays, la situation est totalement différente et justement, ce qu’il trouve plus satisfaisant. Il fait surtout référence à toutes les démarches pour se rendre dans des lieux divers et variés en citant les ascenseurs, fauteuils électriques ou encore passerelles, etc… 

(Une petite parenthèse pour citer une association dont Jérémy parlait qui s’appelle l’Association des Paralysés de France. Cette association permet chaque année à 1 300 personnes en situation de handicap (adultes et enfants) de partir en vacances. « Une amie en fauteuil que je connais est partie au États-Unis. »)

As-tu eu du mal à t’intégrer au monde du travail ? 

« Je me suis effectivement heurté au monde du travail. J’ai parfois été confronté à des personnes valides qui portaient des préjugés sur les personnes handicapées; de ce fait nous étions mis dans une certaine « catégorie ». Certains discours  ne sont pas agréables à entendre, et parfois il arrive que nous nous sentions un peu démunis face à tout ça. »

Je ne peux pas m’empêcher, suite à ce récit qu’il vient de me faire, de songer à d’autres sorte de situations telle que le racisme, la xénophobie etc. Je trouve qu’il y a une sorte de similitude lorsque Jérémy emploie les termes “catégorisation”, “préjugés” ou “démunis” en rapport avec les situations exposées. En effet, que l’on soit handicapé, Français, Américain, Africain, Noir, Blanc, grand, petit.. cela ne devrait rien changer à nos actions ou notre présence dans le monde. Malheureusement, le jugement est encore aujourd’hui omniprésent.

Que penses-tu des journaux ou médias qui abordent le sujet du handicap ? 

 « Je n’ai rien à dire de négatif là-dessus, au contraire, je trouve cela très positif ! D’ailleurs, j’adore Jérémy Ferrari et Guillaume Bats ! » (Tous deux sont des humoristes français et font de l’humour noir, ils ont d’ailleurs déjà fait des sketchs ensemble. Ils sont tous les deux passés sur des chaînes de télévision françaises très connues à des heures de grande écoute. Guillaume Bats est lui-même handicapé : il est atteint de la maladie des os de verre.) 

Pour finir cet entretien, j’ai demandé à Jérémy s’il avait un message à transmettre à nous tous, habitants de ce monde ! 

« Je voudrais dire qu’il ne faut pas chercher à mettre de différences entre les gens. Par exemple, lorsqu’une personne présente un ami handicapé à un autre ami, ce dernier posera plus certainement des questions par rapport à la pathologie de la personne handicapée que des questions sur son âge, son travail ou ses hobbies. » Voilà pourquoi Jérémy me dit qu’il ne faut pas différencier les gens. Il ajoute également que lui-même ne met pas de degré, de barrière entre celles et ceux qui sont valides et ceux qui ne le sont pas. « Je regarde juste la personne pour ce qu’elle est. »

 

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