Blocage "Chatô fort contre la Sélection"

Les lycéens de Rennes se mobilisent contre la sélection

La réforme gouvernementale sur l’entrée à l’université, appelée Loi Vidal, qui va notamment remplacer le tirage au sort à l’entrée de la fac par une sélection sur dossier, passe actuellement devant l’Assemblée nationale. Partout en France, les syndicats et étudiants se soulèvent contre cette réforme, et c’est à présent au tour des lycéens de rejoindre la mobilisation.

 

Hier matin, le mardi 12 décembre 2017, date nationale d’appel intersyndical à la protestation, le lycée Chateaubriand à Rennes a été bloqué. Lycée dont la politique est d’envoyer les élèves « trop mauvais » dans d’autres établissements avant le passage en 1ère afin de pouvoir assurer leur objectif « 100% de réussite au bac », Chateaubriand a été choisi par l’Assemblée Générale lycéenne comme le symbole de la sélection et donc la cible idéale pour un blocage. Aidés par des étudiants et d’autres jeunes personnes opposées à cette réforme, les lycéens ont totalement bloqué l’accès au bâtiment pendant une première partie de la matinée, tout en distribuant des tracts explicatifs.

Ensuite, chassés sans ménagement par la police appelée par la direction, ils sont allés débrayer les lycées Joliot Curie et Jean Macé avant de se rendre au rassemblement devant le Rectorat à 11h30, rendez-vous donné par les syndicats, où ils ont alors bloqué la rue d’Antrain dans une ambiance festive. Leur action a été relayée médiatiquement à la télévision, dans le journal et sur les réseaux sociaux.

Débrayage à Jean Macé
Débrayage à Jean Macé

 

Sélection ou solidarité ?

« Sélection ou solidarité ? », tel était le slogan inscrit sur une des banderoles des lycéens. Ce que ces jeunes Rennais reprochent à la réforme de Macron, c’est d’institutionnaliser la sélection, au lieu d’investir le minimum de budget nécessaire pour ouvrir l’université à tous les étudiants volontaires.

Sélectionner d’abord dans les lycées, en restreignant les vœux formulés par les Terminales au nombre de 10 maximum –  que les professeurs principaux se verront obligés de classer eux-mêmes – dans l’idée de refuser l’accès aux facs dites « surchargées ». Et si une bonne partie des professeurs s’opposent à ce projet, affirmant l’impossibilité pour eux (par le manque de temps, de moyens et de compétences) d’agir en temps que conseillers d’orientation, l’indignation est tout aussi forte chez les lycéens. En effet, pour sélectionner ceux-ci, les professeurs se verront obligés de considérer des critères tels que les notes, le dossier scolaire (ce qui peut poser problème si l’élève est en conflit avec le professeur qui décide de son orientation), le lycée d’origine (ce qui écartera définitivement les bacs professionnels et technologiques de l’accès aux études supérieures), mais aussi, plus pernicieusement, les activités extra-scolaires. Or, sélectionner sur l’extra-scolaire, c’est institutionnaliser un déterminisme social déjà bien trop présent (à travers la répartition dans les filières), affirmant haut et fort qu’un jeune qui n’aurait pas les moyens de se payer un club de sport ou un cours de solfège n’est pas digne d’aller à l’université…

Sélectionner ensuite à la fac, en supprimant les filières au sein même de celle-ci, au profit d’un « libre choix des matières », provoquant la fin du principe de compensation qui s’applique actuellement entre les différentes matières et semestres (permettant à un étudiant de compenser un 7/20 exceptionnel par de bonnes moyennes dans le reste de son année). À nouveau, la fin de la compensation viendrait renforcer le déterminisme social par la difficulté de pouvoir maîtriser la totalité de ses matières pour un étudiant obligé de se payer ses études par un travail parallèle à celles-ci.

Ainsi par cette réforme, Macron témoigne de son ambition d’adapter le nombre d’étudiants au nombre de places disponibles, faisant de l’université le symbole affirmé d’un déterminisme social présenté comme fatalité. Mais pourquoi ne pas plutôt adapter le nombre de places disponibles au nombre d’étudiants demandeurs ? Pour les jeunes Rennais mobilisés, il est temps d’être solidaires, et de refuser ces choix politiques conduisant au sacrifice des populations les moins aisées.

Plus de fonds pour l’éducation supérieure

Malgré leur position contestataire, les lycéens ne se contentent néanmoins pas de protester, ils réfléchissent également à des alternatives. La solution qui leur paraît évidente est de débloquer plus de fonds pour l’éducation, qui, comme la santé, leur paraît un domaine prioritaire. Pour répondre à l’argument selon lequel il n’y a pas assez d’argent, ils répondent qu’il suffirait de ne pas investir les 17 milliards (minimum) prévus par le président pour rétablir le service militaire d’ici 2019, mais de plutôt les injecter dans l’éducation. « Des livres, pas des fusils ! », telle est l’une de leurs réclamations. Pablo, élève de 1ère, fait également remarquer que si l’on cherche à faire des économies, il ne faudrait pas supprimer l’ISF (Impôt Sur la Fortune) comme cela tend à être fait par le gouvernement En Marche…

Les actions proposées par les lycéens pour répondre à cette réforme sont multiples, et si elles peuvent adopter la forme de blocage, elles passent le plus souvent par le débat citoyen. Un groupe Facebook, « Lycéens de Rennes contre la Sélection », qui compte aujourd’hui plus de cinq cent membres, a été lancé pour se coordonner, et une soirée apéro-débat dans un bar a été organisée, ce qui a permis d’engager le débat d’idées entre lycéens rennais de différentes origines. Se sont ensuite mises en place des Assemblées générales afin de décider des actions à entreprendre. Enfin, depuis plus de trois semaines, des lycéens se mobilisent chaque midi dans un lycée de Rennes différent pour sensibiliser les autres lycéens à cette problématique, exposer leurs arguments et engager la discussion avec les élèves du lycée choisi. Ils se sont ainsi déjà rendus entre aux lycées Joliot Curie, Chateaubriand, Bréquigny, Coëtlogon, St-Martin, Emile Zola, Jean Macé, L’Assomption et Sévigné. Le mouvement ne cessant de prendre de l’ampleur, les lycéens ne comptent pas s’arrêter en si bon chemin, et une prochaine réunion est prévue d’ici une semaine.

 

Marie Paul & Mr Blacksheep

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