Baby Driver – Critique hagiographique de Noël.

C’est bientôt Noël les amis, période bénie pendant laquelle nos vœux les plus chers se réalisent, où les hommes et femmes de cette planète se contentent d’être aimés et d’aimer en retour, les animaux chantent la vie au milieu de natures luxuriantes blanchies par la neige et où les politiciens, intrigués par ce miracle météorologique, regardent par la fenêtre et découvrent que d’autres gens vivent au-delà du pas de leur porte… Bref, avant d’entamer 2018 avec la gueule de bois et de se rappeler que tout cela, c’est du vent, intéressons-nous à la sortie en vidéo de ce qui constitue sans problèmes la crème des propositions de genre de cette année.

Baby est un prodige de la conduite automobile et emploie son talent à véhiculer des braqueurs pour le compte du Doc avant de pouvoir prendre son envol et enfin mener une vie plus respectable avec Debora, une jeune serveuse dont il vient de s’éprendre. Bien sûr, tout ne va pas se passer comme prévu et Baby va devoir s’extraire d’une situation de plus en plus menaçante.

B-A-B-Y, Baby. Le protagoniste du film est Baby, le réalisateur du film est Baby et pendant presque deux heures, le spectateur est Baby.

Au sein d’un scénario très ancré dans les conventions du genre dans lequel il s’inscrit, Wright propose ici une véritable expérience sensorielle, très cool il est vrai, mais également très éprouvante et exigeante pour celui qui voudra en explorer tous les recoins, non plus du fait de la pluie de références et de private jokes, moins torrentielle, mais du fait d’un aboutissement et d’une sensation viscérale dans la mise en scène proprement hallucinants.

Dès les premières secondes du film, le sifflement qui arrive à nos oreilles nous plonge ainsi dans la tête de Baby dont la particularité est de souffrir d’acouphènes qui l’obligent, pour rester concentré, à écouter de la musique en permanence. Sa mère, décédée d’un accident de voiture avec son père, était chanteuse. Deux traits permettant au réalisateur de créer une comédie musicale d’un nouveau genre, où la musique omniprésente rythme littéralement chaque élément de la diégèse du film : chaque émotion, chaque couleur, chaque pas, chaque élément du décor qui passe devant la caméra, chaque coup de volant, chaque balle tirée… Que l’on écoute du Barry White devant une scène à la tension extrême ou Queen dans un passage traité à l’image comme du giallo, Edgar Wright digère ses influences et nous amène sa vision du monde : celle d’un artiste anglais nourri au rock’n’roll, d’un amateur de films de genre capable d’accoucher de scènes hilarantes, mais aussi celle d’un génie dépressif à la limite de l’autisme, à l’instar de son personnage que la plupart de ses collègues considère comme limité.

Et autant dire que le soin accordé par le Britannique aux moindres détails de l’image relève de l’obsession pathologique, rendant ainsi impossible d’apprécier le film pour ce qu’il est vraiment avant trois ou quatre visionnages. Il est alors étourdissant de penser au travail monstrueux abattu pour obtenir un résultat d’une telle cohérence.

Le scénario du film étant le premier écrit par Wright en solo, et notamment sans son comparse Simon Pegg, avec qui il avait par exemple créé la Trilogie Cornetto et la série Spaced, il n’est pas surprenant de le voir quitter totalement la comédie et offrir un vrai thriller, intense et radical. Précision utile quand on sait que le réalisateur spécifiait avec insistance qu’il ne s’agissait pas d’une comédie, mais bien d’un thriller d’action. L’habituelle complexité de ses personnages, la difficulté pour eux de se révéler sous le poids de la pression sociale et leur tendance à s’isoler dans un dogmatisme libertaire – thématiques qui infusent le cinéma de Wright depuis ses débuts – se trouvent alors traduites quasi-exclusivement par les images, leur composition et le découpage ciselé du métrage.

À l’image des plus grands films de ces dernières années (Mad Max : Fury Road, Avatar, Gravity…) les non-initiés reprocheront à Baby Driver l’apparent simplisme de son scénario, mais ce serait passer à côté d’une expérience de pur cinéma que de les écouter. Et comme en fin d’année il est bon d’aller quérir la pureté, la passion et l’honnêteté dans le cœur des hommes, allez quérir Baby Driver chez votre revendeur préféré ! Il manque certes quelques millions de dollars et quelques années d’expérience à Wright pour prétendre égaler la virtuosité du Tout-Puissant George Miller, mais chut !

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