Grandir en Chine

Il nous est tous déjà arrivé de nous demander à quoi ressemble la vie de personnes de notre âge vivant à l’autre bout du monde. C’est pour ça que j’ai interviewé Amy, une étudiante chinoise née près de Hong Kong.

Du primaire au secondaire, la vie des enfants chinois est dictée par leurs études. Les professeurs les préparent très jeunes pour le National College Entrance Examination, un très grand examen à la fin du lycée, plus ou moins comme le baccalauréat en France. Sauf qu’en fonction de leurs score, ils seront admissibles ou non dans certaines universités. C’est donc un examen très stressant pour eux car il détermine toute leur vie future : « les profs nous mettent la pression, ils nous disent que c’est le plus grand examen de toute notre vie ». Quand vient l’année où ils passent le NCEE, les élèves sont le centre d’attention de toute la famille. Ils font très attention à bien les nourrir, à ce qu’ils soient à l’aise dans leur vie. Les profs, quant à eux, sont un peu leurs parents à l’école. Les relations professeur/élève sont très différentes de celles qu’on observe en France : les enseignants ont un rapport très paternel avec leurs étudiants. Amy raconte par exemple que l’année où elle a passé son NCEE, ses professeurs ont remarqué qu’elle ne s’alimentait pas correctement, et qu’elle a passé des heures à discuter avec eux sur ce sujet, à propos de son état émotionnel, physique, etc. L’emprise de l’école sur leur vie est très impressionnante, les élèves ne font jamais de soirées car ils ont des « night classes », et ce n’est pas considéré comme très sérieux. « Les profs peuvent même te faire des remarques si tu as un petit copain/petite copine », ajoute-elle.

L’Université est un « paradis » en comparaison, et les étudiants deviennent feignants, me raconte Amy. « On se sent beaucoup plus libres, on commence à sortir, à faire la fête. » Il y a une réduction de la charge de boulot et de la pression exercée sur les élèves. Entre les cours, ils se retrouvent entre amis dans des cyber-cafés, ils vont faire du shopping. Ils sortent de temps en temps le soir mais ce n’est pas une pratique spontanée, me dit-elle. Les soirées sont plus faites pour des occasions particulières, mais ils préfèrent rester en famille les soirs de semaine. Quand je l’interroge sur les soirées françaises, elle avoue ne pas comprendre pourquoi il y a des gens qui fument et qui boivent, ça lui semble étrange. « For fun, but… why? » ne fait-elle que répéter quand j’essaie de lui expliquer qu’on boit pour rigoler, pour s’amuser.

La famille au cœur de la société

Pour bien comprendre la société chinoise, il est crucial de comprendre le rapport à la famille, me dit Amy. 

Les chinois sont culturellement tournés vers la famille, tandis que, dans les sociétés occidentales, c’est plutôt l’individualisme qui prévaut. En Chine, il n’est pas rare que tous les membres d’une famille vivent ensemble (grands-parents, oncles, tantes…). Les jeunes quittent la maison de leurs parents assez tard, en général lorsqu’ils se marient ou qu’ils ont des enfants. Mais le fait de s’installer n’est pas le symbole de l’indépendance, si on est célibataire et dans la même ville que ses parents, il est considéré normal de vivre avec eux. Personne ne va pas considérer que l’on profite de ses parents. La « piété filiale » est très prégnante, c’est une vertu confucéenne qui prône le respect de ses parents et de ses ancêtres. « Les enfants prennent soin de leurs parents parce que ce sont eux qui les ont élevés et éduqués » ; c’est une sorte de devoir implicite.

Cela se traduit aussi dans leur rapport à la politique : les Chinois sont plus préoccupés par leur famille et leur vie privée que par les questions publiques. En tant qu’Occidental, il est difficile d’imaginer vivre sereinement dans un état autoritaire ; mais lorsque j’interroge Amy, sa réponse est un peu dubitative, comme si elle s’était jamais posé la question. Il y a peu de sentiment contestataire parmi la population, me dit-elle. Évidemment,  le peuple souhaite plus d’égalité dans le pays, mais il pense que le gouvernement fait de son mieux. Il arrive que les journaux fassent pression sur le gouvernement pour faire passer certaines lois, notamment dans le domaine de l’environnement. Quant à la censure, les jeunes savent comment la contourner grâce aux nouvelles technologies, c’est plus compliqué pour la génération précédente.

Aux yeux d’Amy, grandir en Chine se résume par deux grandes valeurs : l’école et la famille.

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