Les sorcières dans tous leurs états

Ce soir, beaucoup de Français.es fêteront Halloween, célébration d’origine celtique tenue la veille de la Toussaint. Comme le veut la tradition, les enfants se grimeront en les créatures les plus sordides : zombies, loups garous, fantômes… ou encore en sorcières.

La sorcière est une figure bien connue de l’imaginaire qui a bercé notre enfance : contes, légendes, films, histoires racontées autour d’un feu de camp… Elle est bien souvent l’antagoniste de l’histoire ; c’est elle qui dévore les enfants dans les contes des frères Grimm, qui enchante la pomme qui tuera la douce Blanche Neige, qui, plus récemment, tend un piège à la jeune Mérida de Rebelle. Dans ces histoires, si la magie est utilisée à bon escient, elle est plus généralement représentée par une fée (la fée bleue de Pinocchio, marraine la bonne fée de Cendrillon, etc.).

Pourtant, dans l’imaginaire collectif, deux visions de la sorcellerie, et par extension du sorcier ou de la sorcière, s’opposent bel et bien : d’une part l’image du suppôt du diable, de l’hérétique, et de l’autre celle du soigneur, de l’ensorceleur. « Il existe deux sortes de sorciers : les premiers qui cherchent à nuire en pratiquant des envoûtements, en jetant des sorts, et qui sont souvent en rapport avec le Diable. Les seconds grâce à une connaissance des plantes et de secrets, mais aussi de dons et une certaine habileté manuelle, cherchent à guérir. »1 Au Moyen-Âge, le droit canonique ordonne aux évêques de condamner celles et ceux qui pratiquent la sorcellerie, mais iels seront, tout au plus, mis.es au ban de la société, et nombreux sont ceux qui utilisent malgré tout leurs pouvoirs de guérisseurs.2

C’est seulement à partir du 13ème que naît réellement l’image néfaste qu’ont les sorciers et sorcières, à l’initiative de Jean XXII, le premier pape à siéger à Avignon. Il soupçonne l’évêque de Cahors d’avoir tenté de l’envoûter. Il envoie ce dernier au bûcher et décide de continuer sur sa lancée. La chasse aux sorcières commence alors, et continuera jusqu’au 18ème siècle, un peu partout en Europe et aux États-Unis. Pendant cette période, des dizaines de milliers de femmes seront exécutées pour avoir été soupçonnées de sorcellerie.

Une sorcière sur le bûcher

La sorcellerie, une histoire de femmes ?

La sorcellerie consiste en le maniement de certaines énergies – les plantes, les cycles lunaires, certaines entités… L’exercice en lui-même est neutre, c’est à celui ou celle qui la manie de le rendre bon ou mauvais (on distingue d’ailleurs la magie blanche de la magie noire). Ainsi, en théorie, n’importe qui peut la pratiquer. Or, mis à part quelques exemples quasi-anecdotiques de sorciers dans notre culture (Merlin l’enchanteur, et plus récemment Harry Potter), la sorcellerie est bien souvent l’apanage des femmes.

En 1862, Jules Michelet écrit un essai intitulé La Sorcière pour réhabiliter le romantisme des ensorceleuses, dont il considère l’image disparue bien trop souvent derrière celle du Diable. À ses yeux, les « sorcières » du Moyen-Âge, qui s’imaginaient pourvues de pouvoirs supérieurs, souffraient ni plus ni moins d’hallucinations.

Il faudra cependant attendre les années 1960-70 et la vague de mouvements féministes de cette époque pour assister à l’émancipation du concept de sorcière : Xavière Gauthier, écrivaine, journaliste, éditrice et universitaire française fonde en 1975 la revue Sorcières, qui explore les particularités de la création féminine et libère la parole des femmes. La France n’est d’ailleurs pas la seule à élargir ses horizons magiques : pour rappel, la série américaine Ma Sorcière Bien Aimée (Bewitched) est diffusée de 1964 à 1972.

Depuis la fin des années 90, le phénomène Harry Potter, au-delà d’être devenu le symbole de toute une génération, a permis de réhabiliter une image plus juste de la sorcellerie : elle est pratiquée par les garçons comme par les filles, qu’iels soient de descendance magique ou moldue, et c’est à chacun.e de décider s’iel deviendra u.en Auror ou un.e disciple de Voldemort, l’entité du mal.

Couverture de la revue Sorcières : les femmes vivent

Quel film regarder ce soir ?

Dans l’histoire du cinéma, les sorcières ont été présentées sous toutes leurs formes, de la plus sinistre à la plus hilarante. Faites chauffer le popcorn, voici une petite sélection de films à regarder ce soir :

Pour rire un bon coup – Hocus Pocus (1993) Max Dennison, nouvellement arrivé dans la ville de Salem aux Etats-Unis, se voit contraint d’accompagner sa petite sœur Dani pour une séance de Trick or Treat. Accompagnés de leur amie Alisson, ils se retrouvent dans la maison des trois sœurs Sanderson, qu’ils vont accidentellement ramener à la vie…

Pour les petitsKiki la Petite Sorcière (1989) Ce joli film d’animation d’Hayao Miyazaki suit les aventures de Kiki, une jeune sorcière qui quitte le foyer familial pour trouver sa spécialité. Elle s’installe en ville et fait de belles rencontres en attendant de trouver sa voie.

Pour les romantiquesLes Ensorceleuses (1998) Les sœurs Owens sont deux personnalités bien différentes : l’une aspire à une vie normale, tandis que l’autre papillonne. Seulement voilà, toutes deux sont des sorcières affligées d’une malédiction : tous les hommes dont elles tombent amoureuses meurent prématurément. Mais des phénomènes étranges viennent bouleverser leur vie et, peut-être, lever la malédiction ?

Pour avoir peurRosemary’s Baby (1968) Rosemary et Guy, un jeune couple qui attend un enfant, s’installent dans un immeuble new-yorkais vétuste, malgré les réticences de leur ami Hutch, qui considère l’endroit maléfique. Ils y rencontrent leurs voisins Minnie et Romane, qui inquiètent rapidement Rosemary…

 

J’y crois, j’y crois pas ! Expo au Musée de Bretagne

Du 20 octobre 2017 au 1er avril 2018, le Musée de Bretagne explore le thème de la magie et de la sorcellerie. « Le domaine de la magie est celui de l’incertitude, de l’ambiguïté et du doute. Quand pratiques et rituels s’attachent à forcer le destin au gré des désirs de chacun, c’est l’intention, la bonne ou la mauvaise volonté qui dictent leur loi.
Avec le regard de l’ethnologue, l’exposition invite à se questionner sur un sujet toujours bien présent dans notre société contemporaine, près de nous, en Bretagne, comme partout en France, en s’abstenant de tout jugement, a priori, sur les phénomènes en cause. »

 

Vase aux sorcières – Clément Massier
Affiche du film La Sorcière d’André Michel
Planche de Ouija

 

 

 

Infos pratiques sur l’exposition

 

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[1] – Sorcellerie : Au Pays des Mégalithes, A. Le Guen

[2] – https://www.caminteresse.fr/histoire/les-sorcieres-ont-elles-existe-1175234/

Sources images : revues-litteraires.com ; themuslimnews.ca ; kuris.rs

 

 

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