La révolution de Nathalie Artaud

Devant près de 200 personnes, Nathalie Artaud, représentante du parti Lutte Ouvrière, a prononcé un discours ce samedi 30 à la fête du parti qui se tenait à Rennes.

Dans ce discours, Artaud appelle à la révolte, en se démarquant des autres partis de gauche par son refus radical du réformisme : selon elle, le système capitaliste a déjà fait ses preuves, et l’appareil d’État, peu importe par qui il est dirigé, sera toujours le défenseur des intérêts bourgeois. L’analyse que fait la candidate lutte ouvrière de la société actuelle est celle de la lutte des classes, directement héritée des textes théoriques de Marx et Trotsky. Après avoir insisté sur la férocité de « l’offensive contre les travailleurs », comme elle qualifie les ordonnances de la loi travail de Macron, elle souligne la continuité des régimes présidentiels qui se sont succédé jusqu’ici, montrant encore une fois l’absence de changement fondamental dans les politiques menées par les différents bords politiques.

Cependant, Artaud est profondément anti-électoraliste, et elle s’oppose en outre fortement à l’idéologie du « mérite ». Fallait bien voter, on a le président que l’on mérite… Tous ces arguments, Artaud les balaye du revers de la main : nous ne sommes pas condamnés à subir l’oppression, et il faut à tout prix faire valoir nos intérêts de classe face à la bourgeoisie. Ce n’est pas Macron qui est responsable, mais le système dans lequel il s’inscrit. Bien sûr, l’actuel président est un exécuteur zélé des intérêts patronaux, mais que ce soit lui ou un autre, ce sont les intérêts de classe qui peuvent faire changer la société, peu importe le président en place, « il ne peut pas y avoir un bon gouvernement dans le cadre de la propriété privée bourgeoise ». Elle redonne courage aux ouvriers qui l’écoutent : « en mai 68, on a provoqué la démission de De Gaulle, et Macron est loin d’être un De Gaulle ». Avec un enthousiasme contagieux, Artaud assène : « la seule façon de changer les choses, c’est la révolution ».

Pour confirmer son affirmation radicale, un point d’histoire s’impose : elle décrit alors les conditions de la révolution russe, mais s’indigne des amalgames et idées reçues qui la décrédibilise. En renversant un des remparts de l’absolutisme occidental (c’est-à-dire la dynastie des Romanov au pouvoir depuis trois centenaires), la révolution imposa la paix alors que les autres états impérialistes voulaient poursuivre la guerre pour défendre leurs intérêts, alors que celui du peuple résidait évidemment dans la paix. Plusieurs autres mesures prouvent la radicalité de cette révolution, mais aussi le fait que sans elle rien ne change : elle imposa la plus grande réforme agraire à l’époque en supprimant la propriété des terres, elle imposa la transparence dans les traités pour arrêter les mensonges au peuple, et légiféra sur l’égalité entre les hommes et les femmes comme aucun autre état ne l’avait fait jusque là (par exemple, le divorce devint légal). Elle insiste enfin sur le rôle historique des bouleversements révolutionnaires qui sont pour elle le moteur de l’histoire.

« Nous militons pour que la classe ouvrière, qui porte en elle le pouvoir de créer une société sans classe bourgeoise dominatrice, prenne la tête de la révolution mondiale » finit-elle. Le noyau de son militantisme réside donc dans le fait que défendre les intérêts des ouvriers, c’est pour elle défendre les intérêts de la majorité, et que c’est cette classe qui portent en elle le futur de l’humanité. Bien qu’il ne semble être qu’une façade des mésaventures ultralibérales qui nous attendent, son acharnement dans ce combat et la violence de ses actes soient ils anodins ou politiques, cet homme a fait preuve d’un mépris avéré, et répété à l’encontre des classes populaires. Cela continue encore et encore avec la violence institutionnelle des réformes à venir du code du travail. Nathalie Artaud ne nie pas ces faits, mais les relie plus amplement au système : Macron ou Mélenchon, ça n’aurait rien changé selon elle. De plus, si la révolte peut venir de toutes parts, mais que seule celle des ouvriers est réellement révolutionnaire par les intérêts qu’elle porte, comment se positionner vis-à-vis des manifestations qui regroupent un éventail large de convictions politiques comme celles du 12 et du 21 septembre ?

Autre question qui se pose : dans le cas d’une éventuelle révolution qui serait menée à bout, que faire après, comment bâtir cette nouvelle société dont rêvent les communistes ? À cette question, chacun apporte une réponse : dans l’ambiance effervescente et festive du reste de la soirée, certains voient dans l’absence de réponse précise un des majeurs défauts du communisme actuel, c’est-à-dire le manque cruel d’intellectuels pouvant théoriser l’après révolution, tandis que d’autres argumentent à l’aide de l’évasif « on ne peut pas savoir », ou encore « cela dépendra des conditions de la révolution ». C’est sans dire que cela n’est pas très satisfaisant. C’est pourtant dommage, puisque des réponses à ces questions ont en partie été apportées par différents intellectuels dans différents domaines, notamment dans celui de l’éducation, où plusieurs pédagogues suivent les traces de Célestin Freinet et développent une pédagogie révolutionnaire et adaptée au contexte particulier de la société postrévolutionnaire, tout comme à la société actuelle d’ailleurs. Plus d’éléments seront apportés dans l’article « Qu’est-ce que construire une pédagogie révolutionnaire », entretien avec Nicolas Go, maître de conférence en philosophie de l’éducation à Rennes 2.

 

Source image : Ouest France

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