Obsolescence programmée : petit robot fatigué

En 2014, 92% des Français·e·s étaient convaincu·e·s de l’existence de l’obsolescence programmée.

Depuis que la consommation occupe un aspect important de nos vies quotidiennes, nous y sommes plutôt sensibles, et pour cela nous avons des critères. Ainsi, peu d’entre nous achètent à l’aveuglette lorsqu’ils effectuent un achat, que cela aille de la paire d’écouteurs à un home cinéma pour son association de réalisateurs.

Nous établissons des critères ; coût, durabilité, solidité, efficacité, etc. L’obsolescence programmée est née pour dénoncer des produits qui auraient pour objectif d’avoir une durée de vie limitée et donc d’augmenter le taux de remplacement. Ainsi, la roue de la consommation se réenclencherait fatidiquement après une période donnée. L’utilisateur.trice pourrait prendre le plus grand soin de son achat que cela n’y changerait rien.

Pas que technologique

On pense d’abord au champ des nouvelles technologies, en oubliant parfois que ce phénomène peut toucher les aspects les plus basiques de la vie quotidienne : machine à laver, sèche-linge, micro-ondes et bien d’autres ustensiles qui appartiennent plutôt au domaine de l’électro-ménager. Il est même surprenant de le retrouver jusque dans le textile des vêtements : les bas nylons ont été victimes de leur succès à un point tel que les ventes ont fini par stagner sans que la qualité du produit ne soit en cause. Suite à cela, les entreprises de production ont décidé de réduire la durée de vie du produit. Ceux qui essaient de s’en justifier avanceront des raisons esthétiques.

Une travailleuse dans une usine de production de bas nylons

Mais le concept peut être ancré encore plus insidieusement grâce à différents supports. En effet, le design participe à cet effet de mode, qui, en ne s’arrêtant jamais de changer, incite à ne jamais arrêter de consommer car il suscite systématiquement de nouvelles envies. L’exemple le plus marquant est celui des voitures : la très célèbre Ford T n’a pratiquement pas évolué pendant ses vingt premières années d’existence, aussi bien mécaniquement qu’esthétiquement. Lorsque la stratégie de General Motors a été de sortir régulièrement de nouveaux modèles, Ford a néanmoins suivi le pas.

Une future lutte commune européenne ?

Le 22 Juillet 2015, la France adoptait une loi sur la transition énergétique. Dans ce texte de loi figurait une disposition qui prévoyait de contrer l’obsolescence programmée. Alors que Jean Vincent Placé avait essuyé un échec sur ce front et que des clauses concernant le même sujet avaient été retirées de la loi Hamon sur la consommation [1], les sanctions présentes dans ce texte sont plutôt importantes : l’obsolescence programmée est désormais un délit passible de prison ferme et de sanctions économiques, pouvant aller jusqu’à 300.000 euros, voire jusqu’à 5% du chiffre d’affaires de la société mise en cause.

Certains eurodéputés auront tenté de passer au palier au-dessus en faisant de ce combat une lutte européenne. Pascal Durand dénonçait  au micro de RFI « une société du jetable » et tentait de mettre en évidence les gains multiples qui ressortiraient d’une meilleure gestion de nos rythmes de production, mais surtout d’un meilleur accès aux réparations. Car en plus d’avoir des machines qui « périment » très rapidement, les réparations sont parfois techniquement impossibles.

« Il y a des dizaines de milliers d’emplois qui peuvent être recréés dans cette filière de la réparation, de l’artisanat et de l’entretien. Encore faudrait-il qu’on ait des produits qui soient réparables. Par exemple, typiquement, des téléphones portables dans lesquels on ne colle pas la batterie. Si on peut la démonter, on peut tout simplement réparer ».

Un rapport a été demandé début juillet et la Commission Européenne pourrait inciter – entre autres mesures – à la création d’un label réparabilité. Cela permettrait de mettre en avant les produits qui sont le plus facilement réparables. Greenpeace avait peu de temps auparavant publié son premier classement des pires entreprises en terme de non réparabilité.

En justice, le problème de la préméditation

Le problème pour avancer juridiquement avec cette thématique, c’est que sa traduction en justice est souvent un peu floue. Dans le texte adopté par l’Assemblée Nationale, l’obsolescence programmée est définie comme « l’ensemble des techniques par lesquelles un metteur sur le marché vise à réduire délibérément la durée de vie d’un produit pour en augmenter le taux de remplacement ». La difficulté majeure pour tout•e•s les avocat•e•s qui auront à prouver un cas d’obsolescence programmée sera donc de prouver l’aspect délibéré de l’usure mécanique qui aura conduit l’appareil à la décharge.

Apple est un des champions de l’usure volontaire de ses propres machines. Non content de posséder près de 500 magasins dans 19 pays, le géant américain a perdu un procès dans un tribunal américain, car plusieurs consommateurs sont parvenus à prouver l’intentionnalité de la (même) panne qu’ils rencontraient : les batteries des IPod de la première, deuxième, et troisième générations étaient conçues pour durer 18 mois. Une fois ce délai passé, elles n’étaient plus performantes et les conseillers·ères techniques d’Apple recommandaient le remplacement de l’appareil. Après avoir perdu ce procès, Apple a entamé une politique de remplacement des batteries.

 

Pour aller plus loin, un documentaire intitulé Prêt à jeter a été réalisé par une vidéaste nommée Cosima Dannoritzer. Sorti en 2010, il traite notamment de l’ampoule centenaire dans une caserne de pompiers aux États-Unis. Depuis, les fabricants d’ampoules du monde entier auraient limité la durée d’éclairage d’une ampoule à 1000 heures. 

 

[1] http://obsolescence-programmee.fr/2015/07/loi-contre-lobsolescence-programmee-2-ans-de-prison-et-300-000-euros-damende/

 

 

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