Bien se comporter sur internet

Le web, depuis son ouverture au grand public, est considéré comme une grande plateforme d’expérimentation, qui part parfois à la dérive… comment expliquer le « côté obscur du net » ?

Ceci n’est pas un manuel explicatif pour cyberharceleu·rs·ses et autres déviant·e·s anonymes. Ceci est une interrogation sur le comment du pourquoi de l’existence de tels comportements. Car vous l’aurez remarqué, on voit fleurir sur internet nombreuses attitudes qui n’auraient jamais lieu « dans la vraie vie ». On citera par exemple le site « ask.fm », qui d’un simple réseau social pour questions anonymes s’est transformé en plateforme collégienne de cyberharcèlement.1 Mais les agressions ne sont pas la seule forme d’incivilité que l’on voit pulluler sur les réseaux. Le forum « jeuxvideo.com » est réputé pour ses fils de discussions tous plus misogynes et homophobes les uns que les autres. Erwan Higuinen résume la situation dans un article pour les Inrocks2 : « Soumettre «féministe», «gay» ou «nazi» à son* moteur de recherche, c’est prendre de gros risques – âmes sensibles, s’abstenir ». (* le moteur de recherche de jeuxvideo.com, ndlr).

Un certain mépris social se propage également. Qui n’a jamais vu passer un « il cherche sa femme, identifie-la », accompagné d’une photo d’un homme souvent en surpoids, non conforme aux normes de beauté, voire handicapé, sur Facebook ? Certaines pages d’adolescent·e·s prônent le respect et la tolérance des amis, tout en véhiculant des clichés sur les « cassos » (cas sociaux).

Le sentiment d’impunité

Une des raisons qui permet d’expliquer la différence de comportement entre la vie réelle est la vie virtuelle est l’impression d’être intouchable. Le site suisse Jeunes et médias le rappelle pourtant : « Ce qui est interdit dans la vie réelle l’est aussi dans le monde numérique »3. En 2014, une lycéenne écrit dans le Monde4 qu’il n’existe aucune loi à proprement parler contre le cyberharcèlement. En France, la législation prend finalement en considération les agressions virtuelles au même titre que ce type de comportement en face à face. Pourtant, les enjeux sont différents. La question de l’anonymat se pose ainsi, pour des victimes qui ne sont pas toujours en mesure d’identifier qui les harcèle. Pourtant, les démarches légales doivent être assumées par ces personnes et leurs familles. Signaler une publication violente ou raciste sur les réseaux sociaux, par exemple, ne mène qu’à la suppression de celui-ci, éventuellement à un blocage du profil de l’utilisateur·trice. L’anonymat est partout sur internet, et un faux profil est vite créé. Les autorités sont en compétence de tracer leur origine, grâce à l’adresse IP, mais cela est peu mis en place. De plus, certains « signalements » sont plus pris en compte que d’autres. Deux journalistes québécoises, actrices et auteures de la web-série « Les Brutes » ont ainsi testé les mécanismes de censure de Facebook5. Leurs différentes expériences montrent alors une vraie différence de traitement entre les publications violentes et sanglantes, qui ne sont que très peu supprimées, et la nudité, quasi systématiquement condamnée.

Sur internet, guérir plutôt que prévenir ?

Les campagnes du gouvernement sur le sujet s’axent en revanche sur la prévention, notamment dans les écoles. Nombreux cours d’éducation aux réseaux sociaux ont également fleuri dans les collèges. Pour autant, ils se résument encore une fois à la même chose : apprendre aux victimes à avoir peur. On ne sensibilise pas les adolescents à la façon de se comporter sur internet mais à la façon de « fuir » ou contrer les violences. Certaines règles implicites à la vie en société semblent être oubliées lorsque l’on passe sur les réseaux. Car le harcèlement n’est pas la seule problématique. De nombreuses questions ou remarques indiscrètes sont postés sur internet. C’est ce que dénonce la vidéaste scientifique Florence Porcel dans sa vidéo « T’as un tic à l’œil ? »6. Elle y donne les raisons de son anomalie d’œil, répondant à tous les commentaires (hors-sujet) sur ses publications. Des questions qui n’auraient pas lieu d’être en face à face. Apprenons à bien nous comporter sur internet.

 

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Sources :

1 http://teleobs.nouvelobs.com/actualites/20160727.OBS5373/diffamation-injures-harcelement-ask-fm-le-far-west-numerique.html

2 http://www.lesinrocks.com/2014/10/11/actualite/les-tristes-forums-jeuxvideocom-11529023/

3 http://www.jeunesetmedias.ch/fr/opportunites-et-risques/risques/cyberharcelement.html

4 http://www.lemonde.fr/idees/article/2014/02/05/le-cyber-harcelement-est-un-delit_4360629_3232.html

5 http://lesbrutes.telequebec.tv/capsule/27797

6 https://www.youtube.com/watch?v=SL3FUpdmJ5c

Image : collegian.com

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