Interview du CLGBT de Rennes

De trop nombreux pays sanctionnent encore l’homosexualité comme un délit. En France, la situation légale est plus tolérante, mais d’un point de vue social, tout n’est pas encore gagné. Nous avons interviewé le CLGBT local pour en savoir plus.

Le massacre d’homosexuels en Tchétchénie est bien la preuve que l’homosexualité n’est toujours pas acceptée partout dans le monde. Et, bien qu’en France nous disposons d’un cadre relativement libéral à ce sujet, il reste encore beaucoup de progrès à faire, du point de vue législatif et du point de vue des mœurs. Pour avoir un compte rendu plus détaillé et plus personnel de ce combat, nous nous sommes rendus au CLGBT (Centre Lesbiennes Gay Bi Trans) de Rennes.

La légalisation du mariage pour tous en 2013 a été un grand pas dans la direction de cette libéralisation, mais quel a été son effet à long terme ? Les personnes homosexuelles/bisexuelles/pansexuelles sont elles plus visibles et acceptées dans la société ?

En effet, la légalisation du mariage pour tous a fait ressortir une homophobie qui ne s’exposait pas forcément avant. Les manifestations anti-mariage pour tous à cette époque ont mobilisé plus de 400 000 personnes dans certaines villes.

La médiatisation a aussi du bon

Mais X nous fait remarquer que parallèlement, cela a aussi permis à beaucoup de personnes de « sortir du placard », ce qui entraîne des réactions en chaîne. Car, plus il y a de personnes qui osent être elles-même, plus elles en incitent d’autres à faire de même. Une solidarité s’est réveillée de même, on a vu des personnes prendre position de manière plus marquée. Beaucoup sont passées de la case « je n’en dis rien mais je n’en pense pas de mal » à « je n’en pense pas de mal donc je vais en dire du bien ». C’est être ouvertement pour au lieu de ne pas forcément donner son avis. « Beaucoup de gens ne se rendent pas compte que le soutien est nécessaire » nous dit X. Les prides jouent un rôle important dans ce domaine, et de plus en plus de personnes non concernées par les problématiques LGBT viennent en soutien. Car ce sont également des moments très festifs, de grande convivialité.

Si aujourd’hui en France l’homosexualité est globalement acceptée, et l’homophobie plus systématiquement réprimandée, il reste toujours un combat concernant les problèmes d’adoption, de PMA, ainsi qu’une image véhiculée par les médias dans l’opinion publique qui n’est pas toujours positive.

Par exemple, les films qui visent un public LGBT sont très souvent des drames, nous dit X. L’exemple le plus connu étant sûrement La Vie d’Adèle. En tant que gay, tu te dis « ah bon c’est ça ma vie ». Il existe quand même des petites comédies romantiques, exactement comme pour les hétéros mais pour les homosexuel/elles qui sont sympathiques. X souhaite par ailleurs passer une spéciale dédicace à Sense 8, série écrite par deux femmes trans.

Encore un long chemin à parcourir

Mais des clichés plus généraux perdurent : les mecs gays sont efféminés, les bisexuels veulent coucher avec tout le monde, trompent leurs partenaires, les lesbiennes n’ont pas encore trouvé le bon, elles sont masculines, ou elles sont attirées par les filles car elles sont trop moches pour pouvoir avoir un mec…

Pourtant, nous explique X, il y a plusieurs sous-cultures dans chaque communauté. Dans la communauté lesbienne il y a en effet la sous culture « Butch », qui désigne les femmes qui ont une expression de genre un peu masculine et qui vise à défier les normes de féminité ; mais il y a aussi la sous culture « Femme » qui désigne les homosexuelles qui utilisent les codes de la féminité, mais pas pour plaire aux hommes. Dans le même registre, il existe dans la communauté gay la sous-culture « Bear », qui désigne les hommes bien barbus, biens virils et qui vont à l’encontre de l’image de l’homme véhiculée dans les milieux gay qui doit être lisse, avoir une musculature parfaite etc.

En effet dans une société où la relation de couple est conditionnée par les rôles de genre, les couples homosexuels viennent défier ces stéréotypes. Cependant, le genre n’a absolument rien à voir avec l’orientation sexuelle et concerne plutôt l’identité personnelle de l’individu.

Un vocabulaire et des concepts à réinventer

Une personne peut ne pas être en accord avec le genre qu’on lui a associé à la naissance, elle peut se revendiquer homme, femme, non-binaire… ou tout ce qu’elle veut ! On dit que c’est alors une personne transgenre. Attention, une personne transgenre n’est pas forcément quelqu’un qui a fait des opérations physiques (changement de sexe, ablation des seins, prise d’hormones etc.).

La vision de genre binaire (homme et femme) est de toute façon une manière très occidentale de voir la chose. De nombreuses cultures, comme en Inde ou les amérindiens d’Amérique s’accordent pour reconnaître l’existence d’un troisième genre. Les « two spirit » des traditions amérindiennes étaient des personnes ayant le prestige d’être homme et femme à la fois, car ils pouvaient voir la vie sous plusieurs angles à la fois et devenaient souvent shaman.

Or, en Occident, en 2017, la transsexualité est toujours classée comme une maladie pour l’OMS. D’ailleurs, le terme transsexuel en lui-même vient de la psychiatrie.

C’est pourquoi, au centre LGBT, la question transgenre est celle où il reste le plus de travail à faire. Il y a toujours un gros manque d’information sur le sujet et souvent beaucoup d’incompréhension de la part de la population, ce qui entraîne forcément des discriminations et un sentiment d’exclusion pour les personnes transgenres, que ce soit volontaire ou non.

Changer ses papiers demande encore de longues démarches, et tant que ce n’est pas fait, cela crée des discriminations à l’embauche. C’est aussi compliqué pour les personnes qui transitionnent pendant leur emploi. Transitionner signifie passer d’une identité à une autre, c’est à dire changer de prénom, faire des modifications physiques… Cela peut être une transition sociale (changer de prénom, de pronom), une transition administrative, une transition physique ; mais ces trois transitions sont totalement indépendantes.

Les législations encore trop floues

Les discriminations contre les personnes transgenres sont punies par la loi, mais il faut faire les démarches pour porter plainte, et cela nous ramène au problème des papiers qui ne sont pas au bon nom etc. La police n’est « pas toujours très très ouverte » nous dit X. Leur premier réflexe est de demander la carte d’identité, s’ils voient la mention M., ils vont appeler la personne « Monsieur », qui va devoir leur expliquer « non moi c’est Madame… » ou inversement ; et ça peut porter à des incompréhensions et rajouter à l’agression qu’il y a eu.

Il y a un manque de formations sur ce genre de questions.  À Rennes, il y a un bon tissu associatif niveau LGBT. Le CLGBT travaille beaucoup avec la mairie, le planning familial. Ils essaient de faire des interventions au lycée, mais c’est encore compliqué de pouvoir intervenir dans des collèges, nous raconte X, beaucoup ont peur que les parents aient des mauvaises réactions par rapport à ces sujets-là. L’association Contact a été créée pour faire du lien entre les enfants et les parents et travaille beaucoup avec le centre, par exemple pour les adolescents qui font leur coming-out. « ça peut empêcher un gamin de se faire jeter à la rue, eh ouais. »

Au delà de ça, le CLGBT recueille aussi des réfugiés LGBT, qui viennent de pas mal de pays où l’homosexualité n’est pas tolérée. Ils organisent des conférences, des soirées films à thèmes, proposent des ateliers spécialement pour les personnes gay, trans, bi, etc. Le centre accueille en moyenne tout les mercredis une soixantaine de personne.

Le centre est très actif et milite tout les jours pour que des personnes de la communauté LGBT se sentent acceptées au sein de la société et aient un endroit où ils peuvent rencontrer des personnes confrontées aux mêmes problématiques. Les individus qui ne sont pas du tout concernés par ces thématiques sont évidement bienvenues au centre aussi. Il est important que toute la société se mobilise pour protéger et défendre les droits LGBT.

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