Nantes | Extrême droite, bourgeoisie et justice

François Mamès Cosseron de Villenoisy doit faire partie des élèves qui insupportent le professeur lors de l’appel. Dernièrement, il est devenu la tête publique du Groupe Union Défense sur Nantes après avoir été déféré à plusieurs reprises par la justice. Des pages Facebook telles que Nantes Révoltée ou La Horde se sont indignées qu’un jugement en comparution immédiate ait été envisagé, pour des actes d’une telle violence.

En effet, le 15 février, il avait été interpellé par des policiers avec 3 amis à lui  alors qu’il tabassait un jeune adolescent originaire du Bangladesh [1]. Il avait assuré qu’il faisait ça pour « se défouler ». En dehors du caractère surréaliste de la chose, on comprend aisément qu’il souhaitait éviter d’être questionné sur les réelles motivations qui l’ont poussé à déferler sa haine sur un adolescent qui marchait dans la rue.

Pourquoi s’arrêter en si bon chemin ?

Le 7 mai 2017, Emmanuel Macron est élu Président de la République. Dans la soirée à Nantes, une manifestation rassemble approximativement 500 personnes qui défilent pour manifester leur mécontentement, avec notamment une banderole « Soyons ingouvernables ». Lors de cette manifestation, un groupe militant d’extrême droite muni de gants et de casques avait été aperçu à plusieurs reprises.

Après la manifestation, deux jeunes de 16 et 18 ans rentraient chez eux à vélo. L’un des deux perd son ami de vue, et est soudainement attaqué par quatre individus. Avant de se faire agresser, le témoin est formel : on lui a demandé s’il était antisfasciste. Après l’avoir frappé de plusieurs coups de poing et lui avoir brisé une bouteille sur la tête, les courageux défenseurs de la justice sociale sont mis en fuite par les passagers d’un véhicule qui passait par là. L’autre jeune à vélo était étendu sur le sol quelque dizaines de mètres plus loin ; après avoir été gazé, il avait été battu à coups de mattraque téléscopiques. Les blessures sont démesurément graves, et le jeune homme doit être placé en coma artificiel.

« Fait divers », « Mystérieuse agression »

C’est ce nouveau passage à tabac qui empêchera François Mamès Cosseron de Villenoisy de bénéficier de la procédure de comparution immédiate. La police et la presse parleront dans un premier temps de «fait divers». Seulement, plusieurs détails clochent déjà, comme le soulignera le collectif antifasciste La Horde en soulevant plusieurs faits : en plus d’avoir demandé à une de leurs victimes s’il était antifasciste, aucun vol n’est à déplorer. Les vélos, cartes bleues ou encore l’argent des deux jeunes hommes n’ont pas disparu. Un autre élément perturbant est que cette nouvelle attaque comprend un mode opératoire précis, notamment dans les armes blanches utilisées : gaz lacrymogènes, matraques et bouteilles en verre.

Plusieurs semaines après, les quatre militants du Groupe Union Défense (GUD) sont déférés devant la justice pour répondre de leurs actes et les chefs d’accusations sont variés : injure raciale, provocation à la haine raciale, violences en réunion susceptibles d’entraîner une infirmité permanente, et pour violences aggravées. L’un d’entre eux s’avère être le fils de Pascal Gannat [2], patron régional du Front National, qui avait affirmé le 5 mai à Angers la suprématie de la race blanche dans un bar. Ils sont depuis la fin du mois de juin 2017 écroués en détention provisoire entre les maisons d’arrêt de Rennes, d’Angers et de Nantes.

Subordination de témoins

La préméditation n’est plus à prouver. Lors des audiences, ils ont reconnu leur appartenance au GUD, ou au moins une sympathie envers celui-ci. On sait également qu’ils projetaient « de retrouver des manifestants pouvant rentrer chez eux pour se venger et régler des comptes », déclare le procureur de la République Pierre Sennès. L’affaire ayant été renvoyée en raison d’un manque de personnel de l’administration pénitentiaire pour effectuer le transfert des détenus, le procès n’a toujours pas eu lieu.

De plus, une nouvelle mise en examen va être prononcée [3] à l’encontre de la petite amie d’un des militants. Début juillet, elle a été accusée d’être entrée en contact par téléphone avec le jeune homme le plus grièvement blessé, alors qu’il était encore à l’hôpital. La conversation aurait duré une heure et elle aurait tenté de faire infléchir les positions du jeune homme hospitalisé. Elle sera jugée au mois de septembre. Elle encourt jusqu’à 3 ans de prison et 45 000€ d’amende.

 

Il est important de rappeler que l’agression pour laquelle les quatre Gudards vont être jugés n’a été avortée que par le passage d’une voiture. La gravité déjà extrême de l’agression aurait pu empirer, et Erwan ne se serait sans doute pas contenté de frôler la mort. Plusieurs faits inquiétants restent non élucidés. La non présence policière après l’agression est déroutante. La similitude entre la panoplie des agresseurs et celle d’un policier de la BAC est plus qu’inquiétante.

Les mouvement d’extrême ou d’ultra droite semblent regagner un brin de terrain en Bretagne, terre la plus hostile au Front National et aux mouvances nationalistes en tous genres. S’il leur faut parcourir 3 villes pour réunir une bande de quatre, ce groupe nationaliste qui prétend agir contre une «décadence » devrait sans doutes balayer devant sa porte, et questionner ses méthodes et agissements.

 

 

[1] http://www.presseocean.fr/actualite/nantesletudiant-dextreme-droite-soupconne-davoir-commis-dautres-violences-08-09-2017-244626

[2] https://www.ouest-france.fr/pays-de-la-loire/angers-49000/nantes-et-angers-des-militants-d-ultra-droite-devant-la-justice-5095861

[3] http://www.francesoir.fr/societe-faits-divers/violence-dextreme-droite-nantes-la-petite-amie-de-lun-des-suspects-mise-en-examen-intimider-victime-justice-gud-antifa-un-an-itt-agression

Image de couverture : http://www.vincentfeuray.com

 

 

 

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