Les droits de la communauté LGBT sont aujourd'hui bafoués en Tchétchénie, une petite république russe située aux portes de l'Europe.

En Tchétchénie, la purge continue

Le 1er avril 2017, le journal d’opposition russe Novaïa Gazeta révélait au monde entier l’horreur subie par les homosexuel.le.s en Tchétchénie. Confronté.e.s aux menaces, à la torture et aux meurtres, bon nombre d’entre eux.elles sont aujourd’hui contraint.e.s de fuir leur pays pour survivre. Alors que la communauté internationale proteste depuis plus de cinq mois contre ces discriminations, le président tchétchène, Ramzan Kadyrov, continue à démentir toute arrestation de personnes LGBT+ au sein de son pays. Les persécutions, toujours plus violentes, ont pourtant bien repris depuis la fin du ramadan.

L’instauration d’un pogrom anti-gays par un président corrupteur et violent

La Tchétchénie est une république russe nationaliste et très conservatrice, où l’islam sunnite est la religion la plus pratiquée. Toutes les personnes jugées différentes, dont font partie les homosexuel.le.s et les bisexuel.le.s, y sont automatiquement réprimées.

Ramzan Kadyrov, un ancien mufti – c’est-à-dire un interprète de la loi musulmane –, est un fervent soutien et un protégé de Vladimir Poutine. Depuis son arrivée au pouvoir en 2007, il réprime fortement ses opposants et serait même à l’origine de l’assassinat de la journaliste et militante des droits de l’homme Natalia Estemirova. Cela lui a notamment valu l’interdiction de pénétrer sur le territoire de l’Union Européenne. Le dictateur affirme, malgré les révélations de Novaïa Gazeta, que les homosexuels tchétchènes ne sont victimes d’aucune persécution. Son porte-parole, Alvi Karimov, a aussi récemment déclaré à l’agence de presse Interfax que de telles atrocités ne pouvaient pas avoir lieu en Tchétchénie : « vous ne pouvez pas arrêter ou réprimer des gens qui n’existent pas dans la république. L’homosexualité n’existe pas ici ». Le 14 juillet dernier, les déclarations glaçantes de Kadyrov à la chaîne de télévision américaine HBO sèment malgré tout le doute sur son opinion et ses véritables intentions : « Pour purifier notre sang, s’il y a des gays chez nous, qu’ils s’en aillent ». Les purges anti-gays organisées par le gouvernement tchétchène sont en fait bien réelles ; les arrestations et les violences auraient même redoublé depuis la fin du ramadan, fin juin. Selon le président de l’ONG Russian LGBT Network, Igor Kochetkov, 300 à 400 Tchétchènes soupçonné.e.s d’être homosexuel.le.s ou bisexuel.le.s ont ainsi été détenu.e.s depuis fin février 2017, dans des lieux isolés comme des écoles abandonnées, des garages ou des prisons situées non loin de la capitale, Grozny. Les victimes de ces rafles sont harcelées, battues et torturées – notamment à l’électricité – voire soumises « à des “disparitions” forcées » d’après le réseau Human Rights Watch. Des hommes homosexuels ont aussi été assassinés par les membres de la milice de Ramzan Kadyrov ou bien par leurs propres familles, afin que celles-ci « lavent leur honneur par le sang ». Tels sont les mots des policiers tchétchènes qui encouragent les parents à tuer eux-mêmes leurs enfants homosexuels. Poursuivis au-delà des frontières, certains fugitifs n’échappent pas non plus à la purge ; ils sont parfois retrouvés et tués loin de la Tchétchénie.

Dans un pays où être gay ou lesbienne n’est pas expressément criminalisé, faire son coming out est pourtant devenu synonyme de mort.

Le monde en colère

Quelques jours après la publication de l’article controversé de Novaïa Gazeta – dont la co-auteure, Irina Gordienko, a récemment été récompensée durant la Cérémonie des Out d’Or à Paris pour sa prise de position en faveur des droits des homosexuels –, l’opinion publique mondiale prend connaissance de la situation des personnes LGBT+ en Tchétchénie. Sur les réseaux sociaux, la mobilisation prend vite une ampleur très importante. En France, une pétition en ligne lancée par Amnesty International atteint les 650 000 signatures – elle est déposée à l’ambassade de Russie à Paris le 16 juin. Angela Merkel et Emmanuel Macron demandent également à Vladimir Poutine de prendre des mesures pour lutter contre l’homophobie en Tchétchénie. Le président français n’hésite pas à remettre ce sujet délicat sur la table lors de la rencontre avec son homologue russe fin mai à Versailles, en lui rappelant « l’importance pour la France du respect des personnes et des minorités ». Désormais la France, qui comporte la plus grande diaspora tchétchène d’Europe, propose d’ouvrir ses portes aux homosexuel.le.s persécuté.e.s. C’est la décision prise par de nombreux autres pays de l’Union Européenne mais aussi par le Canada, qui leur garantissent un visa humanitaire ainsi que le droit d’asile. Dans le domaine associatif, le collectif Urgence Tchétchénie, fondé par Guillaume Mélanie, permet la collecte de fonds pour financer l’achat de billets d’avion, de vêtements et pour faciliter la venue de ces Tchétchènes en danger sur un territoire enfin sûr.

Même si de nombreux journaux et chaînes de télévision occidentaux ont permis une prise de conscience de la population vis-à-vis du traitement inhumain infligé aux homosexuels tchétchènes au mois d’avril, la reprise des persécutions depuis la fin du jeûne musulman reste peu évoquée dans les médias mainstream français et européens. En Russie, Novaïa Gazeta demeure le seul journal a avoir révélé l’existence de centres de détention pour homosexuel.le.s en Tchétchénie. Le « pogrom anti-gay » lancé par Ramzan Kadyrov n’est pas un thème très médiatisé dans ce pays puisqu’il est source de dangers pour les journalistes. Ces derniers sont encore plus dissuadés d’en parler depuis que des membres du gouvernement tchétchène, comme le ministre Djamboulat Oumarov, qualifient les articles de Novaïa Gazeta de « désinformation ». Kadyrov a lui-même déclaré que ce journal était un déshonneur pour la République de Tchétchénie et qu’il insultait l’islam.

Les homosexuel.le.s aussi discriminé.e.s en Russie

Au début du printemps dernier, de nombreux chefs d’État ont fait part de leur écœurement et de leur inquiétude à Vladimir Poutine. Ce dernier a tenté de rassurer la communauté internationale en affirmant avoir ouvert une enquête pour mettre la lumière sur les actions des autorités tchétchènes envers les homosexuel.le.s. Mais cette enquête s’est finalement conclue sur un non-lieu, et le gouvernement Kadyrov n’est pas officiellement tenu pour responsable des tortures subies par les centaines de personnes arrêtées dernièrement en Tchétchénie. Dans son entretien accordé au journal 20 minutes le 29 juin dernier, Irina Gordienko déclare : « Je pense que Poutine a ordonné à Ramzan Kadyrov de cesser cette persécution qui a fait passer la Russie pour un pays moyenâgeux ». Pourtant, la Russie est une nation dans laquelle les droits des personnes LGBT+ sont aussi bafoués. L’homosexualité masculine n’y a été décriminalisée qu’en 1993 mais elle y reste toujours taboue, et ne pas être hétérosexuel est parfois considéré comme un crime par certains Russes. La majorité de la population est homophobe mais aussi très attachée aux valeurs chrétiennes. Dans les médias, la chaîne de télévision conservatrice TsargradTV – l’équivalent de Fox News en Russie – ne cache pas son hostilité à l’égard de la communauté LGBT+. Elle a dernièrement fait parler d’elle en se voyant offrir aux « pervers russes » – les hommes gays du pays – des billets d’avion en aller simple pour l’étranger afin de les chasser du territoire.

Les mentalités doivent donc évoluer partout en Russie, tout comme la législation qui doit s’assouplir vis-à-vis de l’orientation sexuelle des individus. Soixante-dix-sept pays condamnent toujours les actes homosexuels à travers le monde, surtout en Afrique et au Moyen-Orient, mais la situation critique à laquelle sont confrontées les personnes LGBT+ en Tchétchénie confirme la montée du populisme et montre quelles peuvent être ses pires conséquences – ceci aux portes de l’Europe.

[1] Les réseaux sociaux s’enflamment sur le sort des homos en Tchétchénie

[2] En Russie, une chaîne veut payer pour que des homosexuels quittent le pays

 

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