Les Français et la nouvelle convention médicale

Le 1er novembre prochain, les médecins généralistes factureront deux nouvelles catégories de consultations. Une mauvaise nouvelle pour les mineures et les foyers les moins fortunés.

 

Un peu moins d’un mois avant Noël, cette année, le gouvernement compte nous faire un cadeau pour le moins empoisonné : une nouvelle tarification des consultations chez les médecins généralistes. En effet, deux nouvelles catégories, « complexe » et « très complexe », feront leur entrée au menu. Les consultations dites « très complexes » seront facturées pas moins de 60€ et comprendront notamment les malformations congénitales graves, les maladies graves du fœtus ou les annonces de cancer. Ainsi, vous aurez non seulement la joie d’apprendre que vous avez une maladie potentiellement incurable, mais également l’honneur de payer 35€ de plus qu’autrefois pour vous l’entendre dire !

Les consultations « complexes », coûteront aux patients la modique somme de 46€ et concerneront entre autres la santé des jeunes : prise en charge d’enfant en risque avéré d’obésité, des nourrissons qui requièrent un suivi spécifique, ou encore des jeunes filles de 15 à 18 ans qui souhaitent obtenir un moyen de contraception.

Les CPEF ont besoin d’air

En tendant un peu l’oreille, on pourrait presque entendre les centres de planification familiale soupirer à l’unisson en entendant cette nouvelle. Depuis 1974, les médecins des CPEF [centre de planification et d’éducation familiale] sont autorisés à distribuer des moyens de contraception aux mineures, de façon gratuite et anonyme, sans le consentement de leurs parents. Seulement voilà, ce service qui paraît pourtant essentiel pour bien des jeunes filles n’est pas si accessible que ça : la répartition des centres sur le territoire reste très variable, et les grandes villes en bénéficient bien plus que les milieux ruraux. Comme l’indique la carte ci-dessous (fournie par le site officiel www.planning-familial.org), les centres en mesure de délivrer un moyen de contraception – en bleu foncé- sont loin d’être légion.

Seulement voilà, pour une mineure en milieu plus rural, une consultation chez un médecin généraliste sans le consentement de ses parents peut déjà s’avérer délicat, de même que la possibilité d’avancer la somme de 23€, même si celle-ci est remboursée par la sécurité sociale1. L’augmentation des tarifs risque donc d’empêcher une part encore plus importante de cette population d’accéder à un moyen de contraception. L’effet boule de neige peut se mettre en marche très vite : moins de consultations, donc moins de contraception, plus de grossesses non désirées, plus de recours à l’IVG [interruption volontaire de grossesse] et plus de travail pour les CPEF du pays, qui se trouvent déjà bien souvent débordés et en manque de financement.

Un problème plus étendu

Les jeunes filles ne sont pas les seules concernées : bien des foyers moins fortunés pratiquent déjà régulièrement l’automédication pour économiser sur les dépenses médicales. Dans l’édition 2017 de son étude sur la santé des jeunes2, la mutuelle étudiante SMEREP indique que « Près de 90% des étudiants français […] n’effectuent pas de visite régulière ni systématique chez leur médecin. » Un chiffre phénoménal, qui indique bien qu’au vu des tarifs pratiqués par certains professionnels de la santé, cette dernière passe dans la catégorie des « dépenses exceptionnelles » alors même qu’elle devrait être essentielle.

Jeunes filles, étudiants, foyers pauvres… Toutes ces catégories sociales laissées sur le carreau par cette nouvelle mesure seraient-elles le reflet de la mentalité du gouvernement de Macron ? Reste à espérer que non, et à prendre rendez-vous chez son généraliste avant le 1er novembre : quitte à avoir un cancer, autant l’avoir avant qu’il ne nous coûte trop cher.

 

 

[1 ]Les taux de remboursement ne changeront pas au 1er novembre : les remboursements seront toujours pris en charge à hauteur de 70 % par l’Assurance-maladie et à 100 % pour les personnes atteintes d’affections de longue durée.

[2]https://www.smerep.fr/ckeditor_assets/attachments/5954c436756d675f80001a2a/2017-0629_cp_etude_sante_2017_vf-pour_site.pdf?1498727477

Source de l’image : https://www.linkedin.com/pulse/do-you-have-types-fraudulent-claims-your-benefit-plan-matt-fraser

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