La rentrée de Blanquer

Alors qu’il était pressenti pour débarquer Rue de Grenelle grace au candidat de la droite, c’est finalement Emmanuel Macron qui le nommera, ministre de l’Education Nationale. Arrivé depuis moins de 3 mois, Jean Michel Blanquer a déjà apporté des changements à cette rentrée. C’est peu surprenant, au vu de sa détermination – il avait rencontré pratiquement l’intégralité des candidats à la présidentielle – et au vu également, du nombre de ses mesures qui furent reprises par le candidat d’En Marche ! dans son programme.

 

Il se savait déjà écouté, et a donc rapidement initié ses travaux, parus au préalable dans un livre intitulé L’école de Demain. Ce livre amène à penser que son programme pour ce quinquennat est relativement tracé.  Après un premier couac avec une association nommée SOS Education, connue pour son éloge des « savoirs fondamentaux » et un catho-conservatisme affiché, le ministre a depuis bénéficié d’une couverture médiatique abondante, et très curieuse.

 

Une dépolitisation de l’école ?

Car en peu de temps, l’ancien recteur de Guyane a déjà beaucoup tiré à blanc. Il n’a pas dévoilé beaucoup de ses intentions, mais est présent sur beaucoup de médias. Lors de son affectation outre Atlantique, il a récolté des éloges qui le décrivent comme un réformateur hyperactif, et sachant être à l’écoute. Ca pourrait presque confondre avec la tête du gouvernement dans lequel il s’insère ; il affirme que «L’éducation n’est ni de droite ni de gauche».

 

En ce qui le concerne, il estime unifier l’opinion autour d’une «hausse des résultats». Pourtant, il dit être à l’opposé de l’égalitarisme, du moins, il dénonce cette doctrine. Seulement, l’école accroît les inégalités sociales et culturelles en France [1]. L’égalitarisme pourrait peut être être mis à mal dans un pays qui jette l’argent à travers les fenêtre. Le gouvernement peut se rassurer, on a pas grand chose à leur reprocher de ce côté. Va-t-on passer sous silence une attitude aussi belliqueuse ? Les inégalités se cumulent au dessus des têtes de certain.e.s à l’école. Notamment dans certains zones dénomées REP. Le caractères d’urgence des REP laisse place à un aspect d’insalubrité aujourd’hui : lorsqu’un territoire est placée en Réseau d’Education Prioritaire, les familles le pouvant auront tendance à trouver un nouvel établissement à leurs enfants.

“Au départ pensé comme temporaire, le dispositif s’est étendu, les moyens se sont dilués, avec des effets de stigmatisation assez forts : dès lors qu’un établissement passe en éducation prioritaire, il y a une désertion des familles pour scolariser leur enfant dans un autre collège” – Georges Felouzis.

Alors que le Ministre avait dit qu’il ne toucherait pas aux programmes du collège, il a annoncé il y a 2 jours, [2] que certains enseignements allaient être modifiés malgré tout, au primaire et au collège. Il souhaite un enseignement plus chronique de la litérature,  étu         dié par courant et auteur.e.s au lieu d’étudier des textes à travers une notion.

 

Grèves de rentrée

Si nous devons éviter de polariser chacunes de nos opinions, avis et pensées, force est de constater que l’ancien recteur revient sur un mode d’apprentissage de la littérature assez classique et traditionnel… Surtout : il est compliqué à mettre en oeuvre, sans un côté rébarbatif. C’est toujours le problème d’être un adulte : on ne sait généralement plus – depuis bien longtemps – comment se déroule une journée, ou même une heure de cours. Lorsque l’on est éléve, on peut être réticent à ingurgiter des quantités conséquentes de savoirs qui nous transmises au lance pierres pour valider un examen. Il faut prendre le temps de happer l’intérêt des personnes que l’on a en face de soi. Or, si certain.e.s des élèves en ressortiront avec un bagage littéraire solide et précis, d’autres risquent de décrocher bien vite.

 

Les corps enseignants et directeurs ont donc plusieurs changements soudains à assimiler. Notamment une possible reprise de la semaine de 4 jours dans les établissements ou cette mesure était appliquée par convention. Une logistique qui peut s’avérer monstrueuse pour des raisons organisationnelles et humaines.S’ajoute à cela le souhait de dédoubler les classes de CP dans les ZEP. L’idée semble excellente, et judicieuse à la fois. Dans les faits, le gouvernement a décidé de piocher dans les 4000 emplois qui devaient être crées à la rentrée. Le problème étant que le dispositif “Plus de maîtres que de classes”, apprécié par les professeurs jusque là, en patit. Le dédoublement des classes implique la création de postes, et pour ce faire, une réserve de 1.500 postes semble être sacrifiée pour cette réforme. La prime 3.000€ qui devait sans doutes aider à faire passer la pilule, puisque Jean Michel Blanquer et son entourage ministériel sont restés silencieux sur ce sujet.

 

« Autre difficulté, la mesure n’ayant pas fait l’objet de créations de postes spécifiques, les recteurs ont puisé dans les viviers de remplaçants, gonflé les effectifs dans les autres classes que le CP, ou supprimé des postes de « plus de maîtres que de classes », ces maîtres surnuméraires qui viennent en appui aux équipes dans les écoles. Le ministre assure que ce dispositif, mis en place en 2013, est maintenu à hauteur de deux tiers des postes. Il sera évalué durant l’année 2017-2018, au même titre que le « CP à 12 ».» Extrait d’un article [3] du journal Le Monde.

 

Gel des contrats aidés

La rentrée s’annonce par conséquent un peu perturbée. Jean Michel Blanquer a fait un choix risqué, en s’investissant autant sur une échéance arrivant moins de 4 mois après sa nomination. Le dédoublement des classes pourrait apparaître comme une bonne idée – voire même excellente – si ce gouvernement n’apparaissait pas comptant ses sous comme l’oncle Picsou. En effet, le gel des contrats aidés est déjà effectif sans que personne ne l’ait officialisé.

On réduit de 33% le nombre de contrats aidés de manière brutale. Derrière certains établissement ont été obligées de déclarer des préavis de grève voire même de décaler leur rentrée de quelque jours, car leurs effectifs sont menacés. Le secteur de l’éducation, en emploie près de 100.000 dont la moitié est dediée à l’accompagnement aux personnes en situation de handicap. Si le tandem Macron-Philippe a d’ores et déjà assuré que les emplois concernant les personnes en situation de handicap seraient conservés. Malgré cela, le nombre d’emplois aidés passe de 459 000, à 300.000 et les dégâts sont conséquents, rien que pour le secteur éducatif.

 

On ressort avec un goût amer de cette prémière interrogation sur Mr Blanquer. L’école de la République est devenu un procédé ségréguant, qui accroit les inégalités au lieu de les réduire. L’ancien directeur de l’Essec semble adopter une gestion managériale sans tenir compte des réalités quotidiennes des enseignants. Y’a-t-il réellement besoin de faire de l’égalitarisme son ennemi, dans cette Ecole qui désavantage certain.e.s ? Jean Michel Blanquer se comporte tel un capitaine de navire, et semble espérer aussi sincèrement et naïvement que ses mesures porteront leurs fruits. Peut être aurait il pu d’avantage communiquer avec les enseignants qui croulent désormais sous ses réformes.

 

 

 

[1] https://www.lesechos.fr/27/09/2016/lesechos.fr/0211332027172_pourquoi-l-ecole-francaise-creuse-les-inegalites-sociales.htm

[2] http://www.europe1.fr/societe/education-blanquer-annonce-une-serie-de-bouleversements-dans-les-enseignements-3434702

[3] http://www.lemonde.fr/societe/article/2017/08/29/ecole-les-nouveautes-de-la-rentree_5177899_3224.html#HgUuM8viAsDPLURQ.99

 

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