Littérature française : Où sont les femmes ?

Les auteures françaises d’hier et d’aujourd’hui vivent une histoire tumultueuse avec le monde de l’édition. Mais les femmes ont leur mot à dire, et pas qu’à l’oral. Retour sur un petit pan de l’histoire des femmes écrivains en France.

 

Poser la question de l’égalité hommes-femmes en France en 2017 peut faire grincer bien des dents : les femmes ont les mêmes droits que les hommes, l’inégalité salariale est un mythe, les plaintes de harcèlement un caprice, nous crie-t-on à longueur de journée ! Par « on », comprenez « toute femme qui ose ne serait-ce que murmurer son mécontentement envers la société dans laquelle elle évolue ». Elle ne fait d’ailleurs pas qu’y évoluer, dans cette société, elle y participe aussi ; elle rapporte de l’argent à son gouvernement en travaillant (avec, encore récemment, l’accord de son mari bien sûr), elle prend soin de sa famille, elle protège son pays lorsqu’elle part en guerre aux côtés des hommes…

 

La question de la représentation

La moitié du poids de l’histoire humaine ait été portée par des femmes, pourtant celle-ci n’a été racontée en grande majorité que par des hommes. Dans sa Revue de l’Histoire Littéraire de la France, Christine Planté nous dit que les femmes sont bel et bien présentes dans l’histoire culturelle de la France, mais presque inexistantes dans son histoire littéraire, « comme si, dans la culture occidentale, les femmes avaient occupé toutes les positions sauf celles de créatrices à part entière, ou du moins très rarement. »

Christine Planté, a mené l’enquête pour la rédaction de son œuvre, et a découvert que dans l’index final de l’Histoire littéraire française du XIXe siècle1, seuls 18 noms de femmes sont noyés dans un flot de 400 à 500 auteurs. Et pourtant, l’anthologie Femmes poètes du XIXe siècle, publiée la même année, ne recense pas moins de 70 noms, sans pour autant se prétendre exhaustive !

Les femmes écrivains existent donc, mais leur représentation se fait on ne peut plus discrète.  Pourquoi ces 70 femmes, et toutes les autres, ne sont-elles pas admises au panthéon des gens qui ont fait l’ « histoire littéraire française » ? La raison principale vient d’une croyance implantée dans notre société : les femmes ont moins de talent que les hommes. Là où les hommes écrivent pour le monde, les femmes n’écrivent que pour les femmes. C’est un manque de prise au sérieux qui entache dès ses débuts l’entrée des femmes dans le monde de l’édition : les éditeurs rechignent à publier leurs œuvres, ou, le cas échéant, à imprimer leur nom sur la couverture de ce qu’elles, et elles seules, ont créé.

Des femmes dans l’ombre des hommes

C’est pourquoi on connaît de nombreuses auteures sous des noms de plumes masculins : George Sand, figure emblématique de la littérature féminine française, s’appelle en réalité Amantine Aurore Audoin-Rouzeau. Victoire Béra, romancière et journaliste militante féministe, publie ses œuvres sous le nom d’André Léo. Quelle ironie pour des femmes aux idées féministes de devoir se cacher sous des noms d’hommes pour être capables de diffuser les revendications de leur propre sexe ! Et quand bien même un certain talent leur est reconnu, certains y voient encore l’influence de l’homme; Edmond de Goncourt lui-même a écrit, à propos de George Sand : « Si on avait fait l’autopsie des femmes ayant un talent original, comme Mme Sand, Mme Viardot1, etc… on trouverait chez elles des parties génitales se rapprochant de l’homme, des clitoris un peu parents de nos verges ».

L’évolution dans le temps

Christine de Pisan, philosophe et poétesse française, première femme de lettre ayant pu vivre de sa plume (en France), s’en défend dans son œuvre La Cité des Dames (1405). Pour elle, l’inégalité intellectuelle entre hommes et femmes est à attribuer non pas à la nature, mais à l’éducation et aux représentations d’elles-mêmes fournies aux femmes par le discours misogyne dominant. Pas moins de six siècles plus tard, il est tristement toujours difficile de la contredire !

La situation de la femme auteure a-t-elle donc si peu évolué ? Certes, pas moins de cinq femmes – J.K. Rowling, Danielle Steel, Nora Roberts, Veronica Roth et Paula Hawkins – font partie du Top 10 des auteurs les mieux payés en cette année 2017, ce qui prouve que le succès ne se conjugue plus qu’au masculin. Pourtant, en contrepartie de leur succès et de leurs revenus, le statut d’auteure, autrice ou écrivaine ne leur est toujours pas accordé par l’Académie Française (qui, rappelons-le, a été fondée en 1635 et n’a accepté sa première membre qu’en 1980. Seules 8 femmes sont devenues Académiciennes depuis). En attendant, elles doivent se contenter du terme de  « femme auteur », comme un appendice à l’œuvre principale.

 

 

 

1Publié chez Nathan en 1998.

2Cantatrice et compositrice française, 1821-1910.

Crédits photos :

https://www.emaze.com/@AFFLOTIO/Women-Meet-Literature

http://diglee.com

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